Violences conjugales : l’urgence de réformer la bureaucratie judiciaire

Il est nécessaire que chaque citoyen se sensibilise dans la lutte contre les violences conjugales, se tenant responsable par son silence...
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Violences conjugales : l’urgence de réformer la bureaucratie judiciaire

Publié le 12 juin 2021
- A +

Par Laurent Sailly.

Le gouvernement a annoncé mercredi soir de nouvelles mesures suite aux conclusions d’une mission d’inspection diligentée après l’assassinat de Chahinez, la jeune femme brûlée vive dans la rue par son mari, à Mérignac (Gironde), le 4 mai 2021.

Comme à chaque fois, alors que la chaîne bureaucratique judiciaire n’a clairement pas fonctionné, on ajoute des intermédiaires, on multiplie les fausses mesures de protection, et face à l’horrible, on se rassure en regardant des chiffres et en oubliant le visage de chaque victime…

Violences conjugales : on rapporte…

L’inspection générale de la justice et l’inspection générale de l’administration dressent un tableau navrant du manque de cohésion entre les différentes institutions, une série de défaillances dans le suivi du conjoint violent multirécidiviste et la protection de la victime. Le rapport commun donne le sentiment que si, entre le 7 août 2020 et le 4 mai 2021, un seul acteur avait rectifié le tir, la machine infernale aurait pu être stoppée. 

Ce rapport a fait l’objet mercredi soir d’une réunion à Matignon présidée par le Premier ministre Jean Castex à laquelle ont participé Éric Dupond-Moretti (Justice) et Gérald Darmanin (Intérieur), Élisabeth Moreno (Égalité femmes/hommes) et Marlène Schiappa (Citoyenneté).

Le gouvernement a repris les propositions de la mission d’inspection : renforcement de la détention d’armes, un fichier de suivi des auteurs de violences conjugales ou encore l’augmentation du nombre de téléphones « grand danger ».

On communique…

Dans son communiqué mercredi soir, Jean Castex a affirmé que 1324 terminaux étaient actuellement actifs, sur plus de 1800 disponibles. Face à un dispositif qui a « [fait ses] preuves », il a annoncé que 3000 téléphones « grave danger » seraient mis à disposition des juridictions d’ici début 2022, soit une augmentation de 65 %. Sans donner de précision, il a également fait part de son souhait d’« élargir encore davantage les situations dans lesquelles ces téléphones sont attribuables ».

Le téléphone grave danger (TGD) est, en France, un dispositif de protection pour les femmes menacées par leur ancien conjoint ou compagnon : il s’agit d’un téléphone équipé d’une touche qui alerte immédiatement un service d’assistance et dont l’attribution est décidée par un procureur de la République. Expérimenté depuis 2009 et généralisé par la loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes en 2014.

Malheureusement, il est difficile de suivre l’optimisme du Premier ministre. Ces dernières années, plusieurs victimes de féminicides étaient ainsi en possession du dispositif lorsqu’elles ont été tuées par leur compagnon ou ex-compagnon. En 2017, 8376 appels ont été passés, entraînant 282 interventions des forces de l’ordre.

On dénonce…

D’ailleurs, cette semaine, le Haut Conseil à l’égalité (HCE) dénonce l’impunité des agresseurs et les hébergements d’urgence ne sont pas assez nombreux pour mettre à l’abri leurs victimes.

Pour en arriver à cette conclusion, le HCE a comparé deux chiffres : 125 000 femmes victimes sont « parvenues à se déclarer auprès des forces de sécurité intérieure » en 2019, mais seulement 52 000 agresseurs conjugaux ont fait l’objet cette même année d’une réponse pénale, et parmi eux 33 000 de poursuites judiciaires.

Quant au nombre de condamnations, il n’est pas connu pour 2019 mais n’a atteint que 18 600 en 2018. Le haut Conseil conclut :

La très grande majorité des violences conjugales restent impunies.

Outre l’alerte concernant l’« impunité » des conjoints violents, l’instance consultative estime que les « possibilités de mise en sécurité des femmes victimes sont très en deçà des besoins ».

En 2019, seule une femme sur dix a pu «effectivement avoir accès à un hébergement et encore, sans garantie qu’il s’agisse d’une structure spécialisée, hébergeant exclusivement des femmes victimes de violences. »

On se rassure…

En matière de violences conjugales, « les choses progressent », a estimé samedi 5 juin sur Europe1 Élisabeth Moreno, ministre déléguée chargée de l’Égalité hommes-femmes :

Si un féminicide est un féminicide de trop, les choses progressent en France. 

Elle a affirmé :

[Les évènements récents] peuvent faire peur, et laisser à penser qu’il y en a plus, mais ce n’est pas le cas.

Et pourtant elles meurent de violences conjugales…

Il faut rapidement que la police et la justice apprennent à travailler ensemble.

Il est urgent que l’État s’occupe du régalien en appliquant le droit et essentiel d’augmenter de manière significative le nombre de places en prison.

Il est nécessaire que chaque citoyen se sensibilise dans la lutte contre les violences faites aux femmes en se considérant responsable par son silence.

Ce n’est qu’à ces conditions que les femmes seront effectivement protégées de la violence et qu’elles ne mourront plus sous les coups de leur conjoint.

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  • Que l’auteur parle de « féminicide » parce que meurtre sonne un peu trop brutalement concret à ses oreilles, passe encore.
    Mais insinuer en conclusion que chaque « citoyen », donc chaque homme bien sûr, soit coupable de garder le silence et donc responsable de la mort des femmes battues, c’est un peu fort de café !
    Et cela revient à attribuer aux hommes la responsabilité d’un phénomène un petit peu plus compliqué que la présentation woke binaire, pour ne pas dire stupide, qui en est faite ici.
    Savez-vous que la majorité des femmes battues restent avec leur bourreau, malgré les avertissements de leurs proches, amis, et policiers ? Mr Sailly devrait se documenter plus sérieusement sur ses sujets avant d’avoir de telles saillies.

    • Il n’y a aucune insuniation en conclusion Dr Slump ni wolkisme, la colère vous aveugle.
      « Il est nécessaire que chaque citoyen se sensibilise dans la lutte contre les violences faites aux femmes en se considérant responsable par son silence ».
      Bah oui, quand on sait qu’on être humain se fait frapper et qu’on ne dit rien, on est un salaud. Si ça fait de moi un woke en plus si je dénonce un crime, bah temps pis.
      Sinon ca insinue quoi qu’une femme battue reste avec son mari ? Qu’elle aime ça ?

      • Je maintiens le soupçon d’insinuation, ou sinon de maladresse. Quand l’auteur utilise le terme de féminicide récemment inventé par les woke, ce n’est pas innocent.
        Quand ensuite il dit « Il est nécessaire que chaque citoyen… » je pense qu’il vise les hommes, ou sinon pourquoi ne dit-il pas, de façon neutre « il est nécessaire que les citoyens se sensibilisent… » ? Ou mieux, puisqu’il semble vouloir faire preuve de bonne volonté inclusive avec son féminicide (ce qui est son droit), pourquoi n’a-t-il pas écrit « il est nécessaire que chaque citoyen.nne ou citoyen et citoyenne ?

        Et enfin je n’insinue pas que les femmes battues aiment cela, au contraire je dis bien que « c’est un petit peu plus compliqué que la représentation woke binaire » qui en est faite, et c’est bien pour ça que je souligne ce fait.
        La preuve: les faits montrent qu’il ne suffit pas à ces femmes d’avoir un bouton d’urgence pour être sauvée. Mais vous croyez qu’il suffit de dénoncer les violences pour qu’elles s’arrêtent? Et en plus vous croyez que ce n’est pas ce que font déjà les citoyens, contrairement à ce qui est affirmé implicitement dans cette caricature d’analyse? Vous savez, j’ai déjà été moi-même conduit à signaler un fait de cette nature à la police. Que pensez-vous que cela changea? Rien, sinon être en accord avec ma conscience. Que croyez que la police put faire? Rien!

        Si c’était aussi simple, il y a longtemps que ce serait réglé. Donc je persiste et signe: ce problème des violences faites aux femmes mérite un meilleur traitement que celui qui est fait ici, et ne se résoudra pas à coups de programmes politiques et de déclarations idéologiques woke caricaturales.

        • Bah oui ça suffit.
          Il suffit de faire une campagne pour dire que tuer sa femme c’est mal, et ça s’arrêtera (si on rajoute en plus une loi ou deux et des peines « exemplaires » là c’est sûr ça passera crême).
          D’ailleurs c’est comme ça qu’il y a 3 ou 4 millénaires les meurtres, les vols, les viols ont disparu… On a fait des lois, mis en place des peines « exemplaires » (et soyons honnêtes, en matières d’exemple, la roue ou le gibbet ça marche mieux qu’une peine de sécurité incompressible de 10 ans) et tadam….

          Ou pas. En fait…

          • jacques lemiere
            13 juin 2021 at 7 h 14 min

            100% d’acord avec slump et au delà de cela, la criminalisation de tous les hommes pour les violences de certain laisse à penser que ce qui est dans la tête de certain est de traiter la masculinité comme une maladie.. et la testostérone comme matière à régulation.

            et pour mon exemple personnel , il est clair que être battue ne suffit pas à une femme pour quitter son conjoint, amour , peur d’etre seule peur de ne pouvoir assurer financièrement, honte vis à vis de la famille d’avoir choisi un type « non approuvé  » etc etc;.

        • Moi je trouve rigolo de demander au clampin de base de faire un signalement alors que ceux faits par la victime même n’ont aucun effet… alors celui fait par le clampin je vous dis pas…

  • S’il faut bien sûr traiter le crime un fois commis et le punir sévèrement nous ne faisons qu’agir en aval de l’acte. Une voie pourrait être explorée : le traitement en amont. Celle de l’éducation et mettre ainsi parents et enseignants à la tâche.

    • « éducation, parents » : ces termes sont en voie de disparition depuis mai 68…
      forcément, cela produit des effets…

    • Le traitement du crime en amont… Ca a un petit coté minority report et arbitraire qui risque de passer de l’éducation à la détention préventive (voire l’exécution préventive).

  • Féminicide: terme hideux, qui tend à établir une hiérarchie des victimes, un gradient dans l’inadmissible, comme si le meurtre d’un porteur de testicules c’était moins grave que celui d’une porteuse d’ovaires. Comme si la nature humaine s’effaçait devant le sexe (pardon , le « genre ».) C’est quoi la prochaine étape? Albicide? Islamicide? LGBQWERTYcide?

    Bon alors on remet les pendules à l’heure:
    Un homicide c’est un homicide, terme qui s’appliquera à tout spécimen de l’espèce homo sapiens, quelle que soit sa couleur, son sexe, sa religion. Ce n’est pas parce que la presse woke diffuse un terme erroné, que nous devons l’accepter.

    En marge, je note avec amusement que la basse-cour gouvernementale songe à « durcir la détention d’armes »; je suis bien certain que cela vise moins à améliorer le sort des épouses battues, qu’à protéger ladite basse-cour des petites colères populaires.

    • La hiérarchisation des victimes est hélas une perversion très répandue :

      « justice pour Adama » : ah bon ? Et les autres on s’en fout ?

      « Black Lives Matter » : les esquimaux et les japonais peuvent crever, alors ?

      « là, c’est intolérable !  » : Chevènement après l’assassinat du préfet Erignac. Les attentats précédents étaient quant à eux tout à fait tolérables.

      « il laisse une femme et 3 enfants, il était apprécié de ses collègues et du voisinage, c’était un type formidable,… » : les célibataires antipathiques peuvent donc crever sans émouvoir quiconque.

      Autre chose qui n’a rien à voir, mais je ne résiste pas à l’envie de le mentionner : « un lâche attentat » : avis aux meurtriers : prière de commettre des attentats courageux, sous peine d’amende !

    • Durcir la détention d’arme est très efficace : en Belgique il faut un permis, avec toutes sortes de preuves et garanties plus sévères qu’en France, pour détenir même une arme à feu d’époque napoléonienne pour participer aux reconstitution et commémorations historiques.

      Vous aurez constaté à quel point ces mesures sont efficaces en voyant ce que firent les terroristes venus de Belgique au soir de l’attentat du Bataclan, ou encore dans le Thalys.

      Ce ne sera évidemment pas différent en France, mais il ne faut jamais manquer une occasion de réduire davantage les libertés de ceux qui tentent de respecter l’incroyable foutoir législatif.

  • Pour la responsabilité je suis déjà très occupé avec les benglédois, le continent afrowat, les ours, les abeilles, les escargots, les carottes, la forêt, l’air, le climat, la tectonique des plaques mais dès que j’aurais fini de battre ma couple et de payer je serais évidemment présent.
    .
    Je ne bats pas ma femme et éduque mes enfants dans le respect.
    Pour le reste, je ne peux que me plaindre de la totale immoralité des socialistes dont l’idéologie (Cf: harangue de Baudot) a renversé les valeurs entre victimes et criminels. La justice française est classée 37ème sur 43 pays par le CEPEJ, son financement ne coûte que 0.7% du budget et il manque au minimum 100’000 places de prison.
    .
    Je ne peux que me plaindre de la terrible immoralité des socialistes qui ont fait venir chez nous des gens qui ont une vision rétrograde de la femme (cf: liste des noms des femmes tuées) tout en coupant les ailes de la véritable justice.
    .
    Je ne peux que déplorer le classement des individus en über et untermenschen par la justice gauchiste et les mafieux de la classe dirigeante; un maire, un policier, une femme ne devraient pas avoir des lois qui traitent différemment leur agresseur.
    .
    Responsable ? Pas une seconde, pour un libéral il n’y a que des individus et une idéologie qui transforme nos états et nos sociétés en monstre froid et sans âme. Il faut la combattre avec la dernière des énergies.

  • Puisque l’époque est friande en néologismes à la con, en voici un autre : Masculinicide.

  • L’article commençait bien : « violences conjugales », et puis il n’y en a plus que pour les femmes, alors qu’une victime sur cinq des violences conjugales est un homme ( et sans doute plus, mais comme on ne fait pas d’autopsies, beaucoup d’ « erreurs » de médicaments doivent passer inaperçues )

  • rassurez-vous, si c’est Macron qui reçoit une gifle, la punition est sévère !

  • Les femmes qui sont confrontés à ce genre de situation, ne doivent pas trop compter sur les policiers ou les juges mais uniquement sur leurs capacités à survivre

  • Un meurtre est un meurtre, que son auteur soit un homme, une femme, ou tout autre genre que la république du bisounoursland veut reconnaître, et que la victime soit une femme ou autre chose, avec ou sans relations avec l’auteur des faits.
    Si au lieu d’inventer des crimes sans victimes partout, et des traiter les affaires de violences en général avec un laxisme cruel, on avait une police (et une justice) centrée sur la protection des droits (à commencer par la propriété de soi même) et une reconnaissance nette du droit à l’auto défense (avec ou sans armes, qui devraient être disponibles facilement) on aurait pas d’articles fumeux comme celui ci.
    Un « féminicide » est un meurtre. Point. FINAL. Et tout meurtre doit être puni, et la prévention ou la défense contre un meurtre devrait être accepté.

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