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EDF : la fin d’Hercule

Publié le 21 juin 2021
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Par Greg Elis.

La fin prochaine du projet de réforme d’EDF, baptisé « Hercule », sera moins violente que celle du héros antique, poussé sur son bûcher par la tunique empoisonnée de Déjanire. Elle aura lieu dans un silence d’enterrement. Pas d’annonce publique, pratiquement rien dans les médias. Mais que sera le nouveau projet baptisé « Grand EDF » ? Pourrait-il à la fois satisfaire les syndicats, combler son déficit de 42 milliards et construire pour l’avenir ?

Pour satisfaire à de complexes autant qu’ineptes directives européennes, le projet prévoyait la scission du groupe EDF en trois entités : EDF bleu, pour les centrales nucléaires, EDF vert pour la distribution d’électricité et les énergies renouvelables, EDF azur, pour l’hydraulique.

Seul le nucléaire resterait une entreprise publique, EDF vert devant être mis sur le marché boursier et EDF azur bradé au privé, au grès des cessions des centrales hydrauliques, amorties  depuis des années et hyper-rentables.

Le projet s’est bien évidemment heurté à une vive opposition des syndicats ouvriers, essentiellement inquiets sur leur statut, au point d’obtenir le report des concessions d’exploitation des centrales depuis le décret du 23 mars 2008 prévoyant leur mise en concurrence à l’échéance des dites concessions.

La lente agonie d’Hercule

Depuis le début et en se basant sur les seul articles du journal Le Monde (rare média à suivre le projet), on peut suivre la lente agonie du projet « Hercule » au travers de manifestations syndicales, de déclarations de diverses autorités ou de tribunes de spécialistes. Extraits dans l’ordre chronologique :

–   28 janv. 2021 — Le contenu de la réorganisation d’EDF n’est toujours pas connu en détail, mais les opposants s’organisent de plus en plus. Le mercredi 27 janvier, le Comité social et économique central (CSEC) du groupe a annoncé le lancement d’une campagne de communication de grande ampleur contre le plan « Hercule ».

–   10 févr. 2021 — Jean-Bernard Lévy a soutenu, devant les sénateurs puis les députés, son projet de division des activités de l’entreprise en trois parties.

–   4 mars 2021 — Le ministre de l’Économie reconnaît désormais que la méthode mise en œuvre pour promouvoir le plan « Hercule » n’était pas la bonne.

–   25 mars 2021 — Opposants syndicaux et politiques se sont réunis devant la centrale nucléaire de Penly pour protester contre le projet de réorganisation de l’énergéticien.

–   6 avr. 2021 — La réforme d’EDF est-elle en train de sombrer ? Le projet de la direction du groupe et du gouvernement, … n’est pas officiellement abandonné, mais il est désormais en grande difficulté,…. Pour tenter de sauver le projet « Hercule », le gouvernement a proposé, mardi 6 avril, aux syndicats, de modifier ses contours.

–   10 avr. 2021 — Après les sénateurs et les députés en février, c’est devant les auditeurs de France Inter que Jean-Bernard Lévy a soutenu son projet de division des activités en trois parties.

–   12 avr. 2021 — L’exécutif estime que seul son plan « Hercule » – qui n’est désormais plus appelé ainsi, le nom ayant suscité plus d’oppositions qu’autre chose – peut répondre aux défis auxquels fait face EDF, tout en respectant les exigences de la Commission européenne.

–   10 mai 2021 — Interrogé par Ouest France le 23 avril, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, affirme en effet que celui-ci est « oublié » et que le gouvernement ne démantèlera pas EDF en trois sociétés indépendantes.

–   11 mai 2021 — Ce grand projet de réforme, porté depuis près de deux ans par la direction du groupe, est désormais en passe d’être discrètement enterré par le gouvernement, qui fait face à un calendrier intenable et à une forte pression syndicale.

–   14 mai 2021 — Depuis plus de deux ans, les négociations avec Bruxelles se sont enlisées, et les rares échanges avec les syndicats n’ont pas permis d’avancer. Prenant acte de cet échec, Bruno Le Maire vient de décider de mettre fin au plan « Hercule » et plaide désormais pour un « grand EDF », dont l’intégrité serait préservée.

Et maintenant …

Exit Hercule, bonjour Grand EDF. Mais quoi de neuf ?

Tout est encore flou, pas de plan, pas déclaration d’une quelconque autorité donc pas de réaction des syndicats; l’attente. L’intégrité d’EDF semble vouloir être préservée. On ne peut empêcher personne de penser que la proximité des prochaines présidentielles soit pour beaucoup dans le souci de cette intégrité. La question du nucléaire comme celle des énergies vertes (notamment avec la montée de l’anti-éolienisme) s’inviteront dans la campagne.

Le déficit de 42 milliards d’euros est un boulet que traîne le groupe et qui lui ôte tout moyen de peser dans la transition énergétique. EDF est en limite capable de soutenir la maintenance du parc nucléaire français et  totalement incapable d’investir dans son renouvellement pourtant inéluctable. Ne parlons même pas de l’activité dans les énergies renouvelables.

Pour le président d’EDF, Jean-Bernard Lévy « sans Hercule, EDF risque de devenir un acteur de second rang ».

Rien n’est donc décidé sur l’avenir d’EDF. Un fleuron de technologie que les politiques, notamment européenne sur les réglementations absurdes, ou française pour son apathie envers l’agressive Allemagne, auront réussi à démolir.

L’absence de renouvellement du parc nucléaire français depuis 1998 a été le point de départ de cette faillite. Les soi-disant écologistes français ont enfoncé le clou pour parvenir au résultat (un des plus polluants d’Europe) qui fait la fierté leurs confrères germaniques.

[Mise à jour 21/06/2021 : Correctif : une version précédente de cet article précisait à tort que les compteurs Linky seraient facturés dès 2022. Cette information, du Parisien début juin 2021, a été démentie récemment officiellement. Pour plus d’informations sur ce sujet, nous invitons nos lecteurs à consulter cet article.]

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  • Donc Jupiter sacrifie Hercule pour amadouer les syndicats qui gouvernent à leur guise depuis un demi-siècle?

  • EDF doit être maintenue et protégée car c’est notre garantie de nucléaire civil et d’énergie bon marché. Par contre ce sont les statuts de ses employés qui doivent être mis au même niveau que ceux du privé.

    • amusant de voir sur un site liberal une telle ode a une entreprise nationalisée monopolistique qui se comporte comme un etat dans l etat.
      Quant a mettre les status au niveau du privé bon courage !
      EDF est un quasi monopole. Autrement dit, si vou stouchez au statut vous allez avoir des coupures de courant massive

      PS: pour le nucleaire, ca risque de pas etre si bon marché. EDF s est engagé dans un gros projet en GB. Et si ca cafouille (comme en Finlande ou a Flamanville) c est soit le contribuable francais soit le client d EDF (le meme) qui passera a la caisse

      • Pas forcément, car en surfant sur l’effet ENR, ils ont très bien négocié le prix de vente du MWH. Si le chantier ne traine pas trop,ça peut aussi finir en succès.

      • EDF est certes en position de monopole mais ce n’est pas a coup de liberalisation potemkine qu’on le démantèlera, en l’obligeant a vendre a ses pseudos concurrents son électricité en dessous du prix du marché, aucun d’entre eux ne produit l’électricité qu’il vend. Ce joli tour de passe passe masque les interets allemands a l’oeuvre pour la destruction d’EDF.

      • Sur le fond, il est étrange d’utiliser le terme « monopole étatique » pour une entité (EDF), qui est officiellement en concurrence depuis 20 ans pour la fourniture d’électricité (son activité principale), avec des concurrents bien soutenus par de multiples mesures pas du tout « libérales », pas bien vaillants sous l’aspect parts de marché, qui ne font que pleurer pour obtenir qu’elle leur revendent de l’électricité pas chère, pour pouvoir faire du beurre sans aucun risque ni investissement, qui ne proposent pas du tout de reprendre les centrales nucléaires et la dette associée (les 42 milliards de « déficit », c’est en fait une dette liée en grande partie à des investissements), mais seulement de racheter pas cher des centrales hydrauliques hyper-rentables (comme Engie ex-Suez a racheté à vil prix les centrales hydroélectriques de la SNCF vers 2000/1, privant sans justification celle-ci d’une électricité pas chère pour son propre usage, notamment en pointe), d’autant que la notion de « monopole » sur une seule forme d’énergie n’a pas de sens sur de nombreux marchés où il y a plusieurs sources d’énergies possibles (chauffage, nombreuses industries, etc.).
        Et sur la forme, s’il est interdit de dire sur ce site « libéral » que, parfois, plus ou moins souvent, il y a des problèmes avec le libéralisme, c’est que le libéralisme ressemble à une secte qui interdit de critiquer le dogme.

  • Le dernier mot revient à la commission , macron ne peut que s’exécuter ou retarder l’execution

  • Ne jamais acheter des actions d’une société dont l’état est actionnaire, c’est toujours gérer par des copains, ça sert les intérêts du pouvoir en place, vision à court terme, ça pleurniche pour se faire ré capitaliser en cramant le pognon des autres, bref c’est de la me**e hormis la FDJ. Sauf que cette dernière est toute seule sur son marché ce qui est une aberration sauf pour Bercy…

  • Après Airbus et Alstom, maintenant c’est Edf et bientôt Dassault que Macron va donner aux allemands pour continuer à avoir de l’argent gratuit.

  • jacques lemiere
    21 juin 2021 at 13 h 10 min

    imaginez lire un article sur la gestion d ‘une épicerie et les enjeux… ou la gestion d’une entreprise qui fabrique des automobile..

    le débat a tenir est POURQUOI un controle étatique..

    l »a priori indépassable des gens qui ont travaillé dans le secteur est que le système a été « optimum »… sans jamais dire exactement pourquoi.. pas du point de vue libéral…en tous les cas , pas du point de vue du respect de la propriété privées et pas du point de vue de la vérité des prix…

    premier point…est il sain que un usager ne paye pas le prix réel de l’elcricité et de son acheminement faussant …d’autres marchés tels le marché du logement.. d’autant que d’avoir connecté la maison isolée du papy par solidarité ne prévoyait pas que le papy pourrait devenir producteur …d’electricité…

    le prix de l’egalitarisme tarifaire est une perte de liberté de construire..entre autre…

    démêler tout ça me fait C..ier.. regarder un point de détail est aussi vain…

    • Le cas d’EDF est un peu spécial car s’il y a effectivement un contrôle étatique, l’objectif était clair et ils avaient pas mal laissé les rennes aux ingénieurs des mines, ce qui au final n’a pas beaucoup de différence avec le privé.

      L’entreprise dans son ensemble a été relativement performante tout en ayant des réalisation de qualité (Comparativement à l’etat des compagnies américaines ou communistes, EDF était au dessus).

      Certes il reste un paquet d’improductifs chez EDF (en sus des retraités) mais quasiment tout est privatisé . Ils sous traitent même la pose des compteurs…

      Ce qui détruit EDF actuellement, en plus de la déstructuration totale du marché de l’électricité, c’est que des incompétents (politiciens et autres fonctionnaires) ont voulu se substituer aux ingénieurs… La marche de cette entreprise n’a actuellement ni queue ni tête…

  • Erreur grossière sur la nature d’EDF « azur » (l’hydraulique) : en effet, le projet du gouvernement était d’en faire une filiale du Groupe et une quasi-régie, donc aucune privatisation même partielle, contrairement aux renouvelables, et même à la distribution (Enedis). Une variante du projet envisage même de laisser Enedis au sein d’EDF, donc de ne mettre que les renouvelables dans la filiale Verte ouverte aux investisseurs privés, ce qui semble plus logique (Enedis et les renouvelables sont de nature très différentes, sanas synergie, leur seul point commun et pas des moindres étant de dégager de juteux bénéfices pour les investisseurs !).

  • Jerémy Lapurée
    22 juin 2021 at 11 h 31 min

    S’inviter dans la campagne, j’en doute.
    Ce qui s’invite dans une présidentielle, c’est ce qui touche à la vie quotidienne des gens. Qu’EDF soit tronçonné comme ci comme ça ou pas du tout, ils s’en moquent.
    En revanche qu’on leur interdise de pénétrer en ville avec leur vieille bagnole, que le politique entende leurs inquiétudes sur la sécurité ou sur l’immigration, qu’il se préoccupe de leur pouvoir d’achat… voilà ce qui occupera leurs esprits…

  • Quelqu’un connaît-il l’origine de cette dette faramineuse de 42 Mds € ?

    • L’origine est multiple, mais le problème est commun: EDF est une entreprise dont les prix de vente sont réglementés par l’Etat. Sa gestion est soumise à des contraintes politiques. L’Etat actionnaire (quel grand stratège !) a choisi de la laisser s’enfoncer plutôt que d’affronter les obstacles.

      • En effet, je me souviens de toutes les fois où le gouvernement refusait à EDF ses demandes d’augmentation des tarifs…
        On voit le résultat.

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