Pegasus, nouvel avatar d’une société de surveillance généralisée

Les journalistes se plaignent de l'existence de Pegasus mais adoubent ePrivacy et le pass sanitaire en toute incohérence.
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Pegasus, nouvel avatar d’une société de surveillance généralisée

Publié le 21 juillet 2021
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par h16

Surprise et consternification : alors que la France s’entortille un peu plus dans une version de plus en plus corrodée de la démocratie et du respect des droits fondamentaux, on apprend (discrètement) dans la presse qu’un logiciel – nommé Pegasus – a été massivement utilisé par des gouvernements partout dans le monde pour espionner des politiciens, des journalistes, des avocats, des activistes, des personnalités religieuses et des militants de diverses organisations. Oh, quelle émotion !

Pegasus, c’est le petit nom d’une application d’espionnage qui s’installe sur le smartphone de la cible (Android ou iOS, même combat) de façon complètement transparente et indétectable pour l’utilisateur : utilisant des failles du système pour s’introduire sur la machine sans demander la moindre manipulation suspecte de la part du propriétaire, le programme a été développé par une société israélienne, NSO Group, qui a depuis quelques années fait fructifier son produit en le vendant à de nombreuses organisations gouvernementales qui se sont empressées de s’en servir, en toute illégalité cela va de soi.

Toujours avec le même étonnement (millimétré, nous sommes en France), on apprend que ce même logiciel est utilisé par de vibrantes démocraties comme les monarchies du Golfe qui, en l’espèce, ne rechignent pas à utiliser une technologie israélienne pour mieux surveiller leurs ennemis… et leurs amis. Et dans le tableau de ces monarchies au respect fluctuant des Droits de l’Homme, on pourra ajouter le Royaume de Macron dans lequel plus de 1000 Français ont été ainsi espionnés.

Eh oui : pour ceux qui en doutaient encore, le fait pour certaines personnalités d’intérêt de disposer d’un tel appareil infecté veut essentiellement dire que leur vie privée ne leur appartient plus et qu’ils sont de fait soumis à un espionnage constant. Le logiciel permet en effet de récupérer toutes les données stockées sur le téléphone, depuis les photos et vidéos ou documents stockés sur l’appareil jusqu’aux conversations téléphoniques en passant bien évidemment par les flux de données (e-mail, SMS et géolocalisation pour ne citer que les plus évidents).

Tout ceci est évidemment assez effrayant, mais soyons réalistes : des États qui épient des journalistes, qui pistent ces citoyens ordinaires dans leurs moindres faits et gestes, c’est très moche mais finalement ce n’est que ça : une surveillance active, intrusive, poussée, de certaines cibles aisément identifiées par le pouvoir, pour le profit personnel des politiciens et de leur caste…

Et même si on peut raisonnablement imaginer que cette affaire Pegasus va faire un peu parler d’elle, ce n’est finalement qu’une nouvelle illustration de la société d’espionnage permanent qui s’est progressivement mise en place ces dernières années.

Il serait en effet fort naïf d’imaginer que cela n’est limité qu’à ces citoyens : on pourra aisément se souvenir des précédents révélés par Edward Snowden qui avait exposé en 2013 l’existence de programmes de surveillance massive d’individus (PRISM, XKeyscore, Boundless Informant, Bullrun, Optic Nerve, Tempora…) partout dans le monde de la part des États américains et britanniques.

Dans ce cadre, Pegasus ne reste qu’une partie finalement congrue de ces programmes et de ces agissements dont on peut garantir qu’ils ont, depuis 2013, beaucoup évolué : ils se sont forcément améliorés, étendus, et ont profité de toutes les innovations possibles, tant dans le big data que dans l’intelligence artificielle ou les traitements de données, le hacking et l’exfiltration de données…

Appliqués dans notre cadre quotidien, cela revient à rappeler qu’on n’a pas arrêté, ces dernières années, d’étendre toujours plus la surveillance du citoyen, depuis l’extension des caméras de surveillance partout sur le territoire jusqu’à la reconnaissance faciale qui ne cesse de progresser, y compris en France, jamais en retard d’une idée pour pister son peuple.

cctv bucoliques - caméras de surveillanceDe la même façon, doit-on vraiment évoquer à nouveau l’extension de plus en plus importante de l’État dans tous les domaines de l’analyse des flux de données de communication et de surveillance, y compris jusque dans l’acquisition de drones qui seront sans nul doute utilisés pour mieux canaliser les mouvements de foule ?

Et puis, tant qu’on y est, faut-il s’apesentir sur la loi européenne « ePrivacy » qui instaure de manière dérogatoire une surveillance automatisée de masse des échanges numériques sur internet en Europe ? Est-il utile de préciser que cette nouvelle possibilité offerte aux exécutifs européens d’espionner massivement leur population n’est évoquée quasiment nulle part dans la presse, et que l’arme ainsi remise dans les mains des gouvernants sera utilisée bien au-delà des raisons évoquées initialement (« lutter contre la pédopornographie ») ?

Et puis, reconnaissons-le : ce serait dommage, pour le pouvoir en place actuellement, de se faire à nouveau déborder comme il y a deux ans avec quelques Gilets jaunes ou maintenant par une bande de complotistes-extrémistes un peu trop épris de liberté, n’est-ce pas…

Et dans ce schéma, le pass sanitaire devient une brique, que dis-je, un pan entier de plus dans l’édifice de contraintes que le gouvernement s’évertue à construire autour des citoyens pour les surveiller (pour leur propre bien, cela va de soi !), le tout dans la plus parfaite évaporation du contrôle de l’exécutif, tant le conseil d’État semble avoir abdiqué toute velléité de faire croire à son indépendance, tant l’Assemblée nationale n’est plus qu’une chambre d’enregistrement sans intérêt, et tant les journalistes, ceux-là même qui couinent qu’on puisse les espionner via leurs smartphones, se refusent à combattre ce qui se met en place pour tous les autres citoyens…

Avec ces révélations sur Pegasus, avec la loi ePrivacy, avec le pass sanitaire, la société qui se dessine ces dernières semaines devient véritablement cauchemardesque : on monte à dessein les citoyens les uns contre les autres. On étend chaque jour un peu plus la surveillance de l’État sur ceux-ci et, mieux encore, on pousse les uns à surveiller les autres, ce que – au passage – certains feront avec une délectation jouissive.

De plus en plus se met en place, sous prétexte de sécurité et d’égalité maladive, un véritable système carcéral panoptique, sous les applaudissements d’une phalange de naïfs et d’abrutis qui croient encore qu’ils seront du côté des gardiens.

De plus en plus, avec cette société de surveillance constante, les citoyens ne sont plus considérés en adultes : gamins turbulents auxquels on peut raconter tout et son contraire un mois plus tard, ils sont placés sous le regard pas toujours attendri d’une maman-État de plus en plus vicelarde qui s’occupe d’absolument tous les aspects de sa vie, depuis ses couches jusqu’à son cercueil, et qui entend bien policer cette marmaille à coups de trique s’il le faut…

De plus en plus, ce pays est foutu.


—-
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  • Ce logiciel est connu depuis le début… Ca m’étonne que cela sorte seulement maintenant…
    Au moins, avec la Chine, ce « pays totalitaro-dictaturalo-communiste », la surveillance est clairement annoncée par ses dirigeants, alors que dans les « démocraties bisounours », c’est en coulisse, et bien caché… Du coup, je me demande qui est le plus honnête et transparent avec son peuple… 🙂

  • Avec tout ces pays qui nous espionnent, m’étonne pas que je suis toujours à court de mémoire…. C’est quoi encore que cette comédie de l’été , Google la Cia la nsa les juges rouges voilà que même le Maroc nous espionne espionne nos plus grands hommes, le mathématicien fou, de rugy….. Ou de ruby, sans importance sauf pour les homards.

  • Rien de bien nouveau sous le soleil ; l’espionnage est aussi vieux que l’organisation socialisée des peuples !!! Donc la seule question qui se pose est pourquoi aujourd’hui on s’en inquiète ??? Pour les journalistes çà fait vendre du papier ; pour nos politiques au pouvoir çà détourne l’attention ; et pour ceux de l’opposition çà permet d’accuser Israël ( fabricant du logiciel ) en épargnant le Maroc ( l’espion utilisateur ) dans la tradition antisémite viscérale qui l’anime et en pensant aux futures élections avec l’espoir de drainer les voix musulmanes !!!! donc juste un épiphénomène !!!

  • question bête : n’y a-t-il rien d’autre que iOS ou Androïd sur les smartphones ?

  • Et parmi les innombrables conseillers du chef de l’Etat, pas un pour lui dicter une conduite et des choix responsables en matière de sécurité ? Il mériterait que son téléphone lui refile une bonne gifle…

    • Certains téléphones explosent…. Rêvons que cela arrive rapidement avant la cata qui se profile devant nous.
      Ce pass existe uniquement pour justifier leurs précédents confinements stériles, ce pass est totalement inutile comme les masques et autres précautions.
      (je gèle dans mon frigo, pourrait on ouvrir la porte, j’aime mon pseudo)

  • Bah alors les choupinous journalistiques, on n’aime pas trop que des gens mal intentionnés viennent mettre le nez dans vos communications privées et puissent suivre tous vos déplacements ? On n’apprécie pas de se faire suivre à la culotte comme un terroriste alors qu’on mène sa vie dans son coin et qu’on ne fait rien de mal ?
    Et bien maintenant, vous comprenez pourquoi je préfère rester chez moi que prendre cette saleté de pass sanitaire que vous passez votre journée à encourager (encenser ?) dans vos articles sans intérêt.

  • Mis à part les bisounours (et les democrates ) tout le monde sait que ce qu’on a, ce qu’on écrit, et maintenant ce qu’on dit ou regarde via un PC Smartphone… est espionné, mouliné…

    Donc à chacun de s’adapter en connaissance de cause…

  • le problème n’est pas tant cet espionnage que l’état d’urgence et les lois liberticides qui accompagnent !

  • Est ce que le Maroc a espionné des Français pour le compte du Maroc ? Parce que vu que normalement c’est assez mal vu et rarement légal d’espionner ses propres ressortissants alors l’astuce c’est de demander à un état avec lequel on a de bonnes relations de le faire notre place.
    Le coup que Macron aurait été aussi espionné, ça sent le contre feu bidon. D’ailleurs la boite qui a mis au point le logiciel à l’air de démentir.

  • Le gouvernement souhaitait revenir aux pigeons voyageurs, vu qu’il y a près de 70 millions de pigeons en France cela devait s’avérer facile.
    Or avec les restrictions de circulation Covid et le 80 km/h, le projet a du être abandonné. D’où s’est entrouverte la voie libre de l’explosion de l’espionnage. Quelle bande d’incapables, toujours à s’emmêler les pinceaux.

  • Espérons qu’avec ce pégasus nous saurons tout sur les donneurs de leçons au quotidien. Sur tous les non vaccinés mais aussi sur les experts en modélisation pour l’avenir C’est juste un rêve , il y a un énorme troupeu de moutons dans ce pays

  • Les commentaires sont fermés.

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