Grandes écoles : des points bonus pour les boursiers

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Pourquoi accorder des points bonus aux candidats boursiers aux concours des grandes écoles de commerce est contre-productif et injuste.

Par Elie Blanc.

Cela faisait plusieurs années que des rumeurs circulaient mais cela devrait être officiel pour l’année 2022 : les candidats boursiers aux concours des grandes écoles de commerce se verront accorder des points bonus.

Une mesure contre-productive et injuste

Le constat d’une sous-représentation des étudiants boursiers, qui représentent 37 % des étudiants français mais seulement 12 % des étudiants en école de commerce, devenait insoutenable pour des écoles de commerce en mal de redorer leur image. Malheureusement, et même si l’idée de départ est louable, la méthode interroge et s’avèrera sans nulle doute inutile et contre-productive.

En effet, il existe un risque de voir ces étudiants boursiers stigmatisés du fait d’un concours devenu objectivement plus facile pour eux. Quand on connait l’éternelle petite rivalité qui existe entre les étudiants issus de classes préparatoires et ceux venus de la faculté (les AST, pour Admis Sur Titre) simplement parce que les étudiants issus de prépa jugent le concours AST plus facile, on imagine sans mal les réactions que susciteront l’instauration de point bonus au concours.

Il est d’ailleurs compréhensible pour quiconque sait le travail et l’investissement exigé pendant deux voire trois années de classes préparatoires que le moindre sentiment d’injustice au niveau du concours provoque rapidement des réactions épidermiques.

Malheureusement, tous les étudiants boursiers pourraient souffrir de ce rejet, y compris ceux qui auraient intégré l’école même sans l’instauration de points bonus.

Pire encore, il est extrêmement probable que ce changement dans les concours ait des répercussions dans le comportement des recruteurs et donc dans les carrières de ces futurs étudiants. En effet, si les étudiants des top écoles de commerce sont recherchés par les recruteurs, c’est bien davantage pour les capacités de travail qu’ils ont démontré en réussissant un concours très sélectif que pour la qualité des enseignements reçus, qui ne sont pas très différents d’une école à l’autre. Dès lors, si les étudiants boursiers ont un concours plus facile, ils seront moins demandés par les entreprises, peu importe que le bonus les ait aidé ou non. Non seulement ces mesures n’aideront donc pas les étudiants boursiers à accéder à des carrières plus intéressantes, mais elles auront aussi un effet néfaste pour ceux qui n’en auraient pas eu besoin pour intégrer ces écoles.

Grandes écoles : l’État et l’Éducation nationale premiers responsables de cette situation

Ces mesures sont d’autant plus malvenues que les grandes écoles de commerce ne sont pas responsables de cette situation et que le problème doit être traité à la racine. En effet, si l’on retrouve si peu de boursiers dans les grandes écoles, c’est d’abord parce qu’ils sont assez peu présents dans les classes préparatoires et en particulier dans les plus sélectives d’entre elles.

La raison en est simple : l’enseignement supérieur français est un système obscur pour le lycéen moyen et les politiques d’orientation sont souvent catastrophiques. Le système de classes préparatoires et de grandes écoles est absolument unique au monde et bon nombre d’étudiants n’ont pas la moindre idée de ce qui différencie une grande école de commerce d’une faculté publique ou d’une école de commerce privée hors contrat.

La conséquence logique est que bon nombre de boursiers se dirigent plus naturellement vers des facultés publiques parce qu’elles sont gratuites ou tout simplement parce qu’ils n’ont jamais entendu parler d’HEC ou de Polytechnique. Inversement, certains lycées de centre-ville à Paris ou Lyon envoient l’écrasante majorité de leurs étudiants vers les formations les plus prestigieuses (classes prépas très sélectives, médecine, droit…).

Puisque les boursiers sont moins nombreux dans les meilleures classes prépas, il n’est pas étonnant d’en trouver moins parmi les meilleures écoles. Avant même le concours d’entrée, les dés sont ainsi déjà pipés.

À ce problème d’asymétrie d’information s’ajoutent des différences objectives de niveau. Là où les meilleurs lycées que nous évoquions commencent les programmes de classe prépa dès la terminale, les autres se contentent de préparer au baccalauréat. Évidemment, étant donné le niveau d’exigence actuel pour les épreuves du baccalauréat, il ne constitue en rien une préparation adéquate à l’entrée en classe préparatoire.

Pour ces raisons, il est fréquent d’avoir de fortes disparités de niveau en début de première année en fonction de l’origine des étudiants. Heureusement, ces disparités ont tendance à disparaître à mesure que l’année avance mais ce handicap peut expliquer une part des différences de réussite au concours.

Quoi qu’il en soit, le classement Pisa révèle année après année que le système scolaire français est dramatiquement inégalitaire, la sous-représentation des boursiers dans les grandes écoles n’en étant que le symptôme. Il est grand temps que la France s’inspire de pays qui performent en matière éducative.

Comme nous l’avions montré dans une précédente vidéo, les pays les plus performants se sont engagés sur la voie de la décentralisation et s’appuient au moins en partie sur le système privé. Les points bonus et autres quotas ne sont que des mesures absurdes et injustes qui ne visent qu’à masquer l’incompétence de l’État dans les fonctions éducatives qu’il s’est attribuées.

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