Violences conjugales : Darmanin plus fort que Dupond-Moretti ?

Screenshot_2021-02-02 Gérald Darmanin Plus de 600 000 contrôles ont été effectués depuis la mise en place du couvre-feu - DailyMotion — BFM on Dailymotion ,

Que reste-t-il du Livre blanc sur la Sécurité intérieure ? Qu’en est-il du projet de lutte contre le trafic de drogue que nous avions qualifié de gadget dans un précédent article ?

Par Laurent Sailly.

Dans une interview au journal Le Parisien diffusée en ligne dimanche soir, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, a dévoilé le bilan 2020 des morts violentes au sein du couple. C’est un chiffre noir que ce dernier a dévoilé : 102 femmes et 23 hommes ont perdu la vie en 2020 sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint.

À huit mois de la présidentielle, Gérald Darmanin durcit le ton.

Comment et avec quels moyens ?

Ce lundi, le ministre de l’Intérieur va fixer un objectif aux policiers et gendarmes :

Les plaintes pour violences conjugales doivent être traitées devant toutes les autres.

Le ministre met l’accent sur la consigne donnée aux policiers et aux gendarmes de faire « un signalement au procureur », l’objectif étant que « 100 % des constatations se transforment en plainte ou signalement ». Les mains courantes sont en outre proscrites « définitivement ».

Pour faire face à un nombre accru des procédures (193 000 l’an dernier), Gérald Darmanin promet un officier spécialiste de ces violences dans chaque commissariat et chaque brigade de gendarmerie, tirant les leçons du meurtre (je refuse le terme de féminicide) de Mérignac à la suite duquel il avait demandé une mission d’inspection.

Il souhaite que dans chaque département il y ait « des équipes spécialisées dans la lutte contre les violences conjugales » (brigade de protection des familles en zone police ; maison de protection des familles en zone gendarmerie) et que le fichier des personnes mises en cause pour violences intraconjugales soit connecté à ceux des possesseurs d’armes et d’interdits de port.

Quel sera le budget affecté et comment favoriser le recrutement d’officiers de la police judiciaire ? Le ministre n’en dit pas un mot. Actuellement, le nombre d’officiers de police judiciaire (OPJ) est de 17 000. Il doit augmenter de 25 % au moins pour assurer le fonctionnement quotidien.

Violences conjugales : prioritaires par rapport à quoi, par rapport à qui ?

Dès le 2 août :

Elles devront être traitées devant toutes les autres : devant les cambriolages, devant les stupéfiants, devant les vols à la tire… En un mot, remonter tout en haut de la pile.

Les victimes de ces actes délictueux apprécieront.

Que reste-t-il du Livre blanc sur la Sécurité intérieure ? Qu’en est-il du projet de lutte contre le trafic de drogue que nous avions qualifié de gadget dans un précédent article ? Face à l’échec du gouvernement dans ses politiques de lutte contre la violence, contre les cambriolages ou contre le trafic de stupéfiants, le ministre de l’Intérieur cherche une nouvelle cible plus porteuse électoralement. Quel cynisme !

Nous défendons depuis longtemps des mesures simples qui permettraient d’une part l’augmentation des effectifs de police sur le terrain et d’autre part une motivation retrouvée des équipes :

  • le paiement des heures supplémentaires et la reconnaissance hiérarchique des efforts fournis,
  • la suppression des gardes fixes devant les bâtiments officiels avec retour de ces effectifs dans les commissariats ou casernes de gendarmerie,
  • l’allègement de la procédure pénale,
  • l’arrêt immédiat des contrôles de mesures liberticides liés à la Covid-19 (confinement, passe sanitaire…).

Darmanin vs Dupond-Moretti

En juin dernier, nous écrivions déjà dans ces colonnes :

Comme à chaque fois, alors que la chaîne bureaucratique judiciaire n’a clairement pas fonctionné, on ajoute des intermédiaires, on multiplie les fausses mesures de protection, et face à l’horrible, on se rassure en regardant des chiffres et en oubliant le visage de chaque victime…

En juin dernier, le Premier ministre, Jean Castex, et son ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti (qui ne manquera pas de se mettre en scène) annonçaient la mise à disposition des juridictions de 3000 téléphones grave danger pour les femmes menacées par leur conjoint ou ex-conjoint. Nous ne partagions pas l’optimisme des autorités à propos de ce dispositif.

La campagne désastreuse et les résultats calamiteux de Dupond-Moretti (sans oublier sa mise en examen) font que celui-ci n’est pas le plus qualifié pour porter ce projet.

Nos conclusions restent les mêmes.

Il est odieux que de tels actes deviennent un enjeu politique et électoral. L’État doit se recentrer sur le régalien et assurer une cohésion police-justice. Chaque citoyen doit être sensibilisé dans la lutte contre les violences faites aux femmes en se considérant responsable par son silence.

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