Pass sanitaire ou reconfinement, la fausse alternative de Macron

manifestation pass sanitaire trocadero (credits FMas)

Emmanuel Macron propose une fausse équivalence entre deux termes visant à trivialiser un outil de surveillance plus dangereux qu’il n’en a l’air.

Par Frédéric Mas.

Serions-nous vraiment obligés de « refermer » si aujourd’hui nous n’avions pas le « pass sanitaire » comme l’a déclaré Emmanuel Macron ?

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le président de la République a répondu aux opposants au pass sanitaire qui font de la mesure une menace pour la liberté individuelle. « Si nous n’avions pas le pass sanitaire aujourd’hui, on serait obligé de refermer, c’est-à-dire de faire porter la contrainte sur tout le monde. Avec le pass sanitaire, on la fait porter uniquement sur celles et ceux qui ne se sont pas encore fait vacciner. »

Pass sanitaire ou confinement : fausse alternative

Seulement, l’alternative se pose-t-elle vraiment entre confinement et adoption du pass ? N’oublions pas que ce sont les pouvoirs publics qui posent d’emblée les termes du débat, interdisant se faisant d’imaginer une autre alternative possible (sans intervention autoritaire de l’État) : ni confinement, ni pass.

Sur le confinement, Yves Bourdillon observait déjà dans les colonnes de Contrepoints :

« Quand bien même les infections augmenteraient très rapidement, un reconfinement n’aurait, contrairement à la vérité établie du moment, rien d’automatique, puisqu’il n’est instauré dans aucun des pays qui ont déjà affronté la vague Delta, ni même de légitime, ne serait-ce que parce que son efficacité ne saute pas aux yeux ; les trente-deux pays ayant imposé un lockdown strict au printemps 2020, interdiction sous peine d’amende de sortir de chez soi sauf motif impérieux, figurent presque tous parmi les cinquante à plus forte mortalité Covid en proportion de leur population. »

L’efficacité des confinements pour freiner la mortalité liée au Covid est discutable mais ses effets sur la démoralisation du pays, la mise entre parenthèses de la liberté individuelle et l’extension de la pauvreté sont bien réels par contre. Le think tank GenerationLibre a même observé que le confinement aurait détruit plus de vies qu’il n’en a sauvé.

Mais surtout, à quoi sert exactement le pass sanitaire ? Dans l’alternative posée par Emmanuel Macron, il se substitue aux mesures sanitaires restrictives prises jusqu’à présent pour contenir la crise en cours. Il y a là une fausse équivalence entre les deux termes qui vise à trivialiser un outil de surveillance plus dangereux qu’il n’en a l’air.

Le pass menace multiple

Le pass sanitaire étendu est dangereux pour la vie privée, il remet en cause le secret médical, institue la citoyenneté à deux vitesses et cela au nom d’un utilité contestable : si les personnes vaccinées peuvent transmettre le virus, à quoi bon organiser la ségrégation numérique des non-vaccinés ?

Par effet de cliquet, l’outil covid pourrait vite s’étendre à d’autres usages comme il s’est étendu bien au-delà de son périmètre prévu en seulement deux mois d’existence…

Pour Mathieu Slama dans Marianne, à la menace macronienne répond le caractère raisonnable des opposants au pass : « Le passe sanitaire est le contraire de la rationalité politique. C’est une mesure gravissime qui ouvre la voie à une société dans laquelle n’importe qui, parce qu’il ne respecte pas certaines règles fixées arbitrairement, peut être déchu de sa citoyenneté. »

Ajoutons à cette somme de problèmes l’effet désincitatif sur le plan économique d’une énième attestation qui vient se loger dans les gestes les plus ordinaires de la vie quotidienne. Les cinémas en sont hélas les premières victimes. L’argument de la « reprise de la vie normale » ou de l’incitation à la reprise de la vie économique ne tient donc pas non plus.

Alors, reconfinement ou pass ? Dans les deux cas, l’exécutif hystérise le débat, prend en otage les libertés publiques en se focalisant sur l’épouvantail « antivax » pour aboutir à des fins qu’il semble le seul à avoir clairement en tête.

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