OSS 117, Nicolas Bedos et les habits neufs de la morale antiraciste

OPINION : le OSS 177 de Hazanavicius était une abstraction. Nicolas Bedos assume d’en faire un repoussoir : stupide, inefficace, impuissant.
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OSS 117, Nicolas Bedos et les habits neufs de la morale antiraciste

Cet article en est un d’opinion. Il ne représente que le point de vue de son auteur
Publié le 19 août 2021
- A +

Par Vilfredo Burgess.

Le dernier volet des aventures de OSS 117 a été fraîchement accueilli par les critiques. À raison, puisque le film est nul. Mais au-delà d’une énième comédie franchouillarde, d’un film qui n’est pas bien écrit, pas bien joué, pas bien réalisé, pas bien filmé, pas bien rythmé (en bref, pas bien), les spectateurs woke ont dénoncé un film « politiquement incorrect ».

Bien au contraire, Alerte rouge en Afrique noire est le film le plus consensuel et le plus platement en accord avec la doxa ambiante qu’on ait vu depuis Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? La raison pour laquelle d’aucuns sont mis mal à l’aise par les blagues sexistes et racistes de l’agent secret n’est pas à trouver dans l’ambivalence de Nicolas Bedos, mais nulle part ailleurs que dans leur profonde vacuité.

Comment un échec artistique est-il devenu une faute politique ?

Nicolas Bedos, le nouveau pape du politiquement correct

Nicolas Bedos n’a jamais eu l’intention d’écrire un film politiquement incorrect. Il a eu l’intention d’écrire un film politique : OSS 117 confronté à la colonisation et à la Françafrique. Comme on pourrait s’y attendre, Nicolas Bedos pense que la colonisation et la Françafrique, grosso modo, ce n’est pas bien.

C’est à peu près tout ce qu’on retirera de la démonstration politique, si l’on inclut l’intéressante notion que la dictature est mal et que la démocratie est bien, sans parler de la fine satire de l’anticommunisme qui se profile dans le dialogue entre OSS et son supérieur, qui aboutit plus ou moins à la surprenante conclusion que ce n’est pas bien non plus.

Nicolas Bedos l’a dit lui-même :

OSS 117 est un personnage qui a mentalement moins de 7 ans, en dessous de l’âge de la conscience. Il peut enfiler les clichés comme un crétin, mais sans aucune haine. Ces films ne sont jamais politiquement incorrects. Au contraire, ils sont politiquement corrects car on sait à qui on a affaire : un candide, un crétin.

Voilà donc exprimée en quelques mots l’idée générale que Nicolas Bedos se fait de l’humour, sa théorie du comique, son art poétique et son objectif artistique : une enfilade de crétineries. La notion, pourtant élémentaire, que Nicolas Bedos ne semble pas parvenir à intégrer, est que les films de Hazanavicius ne se réduisaient pas à une suite de plaisanteries racistes. La présentation du racisme tout nu ne devient pas hilarante sous prétexte que les injures sont prononcées par un imbécile.

Les plaisanteries de Hazanavicius ne reposaient pas toutes sur le racisme du personnage (« Hitler ! je déteste ce type ! »), parce que Hazanavicius avait le bon goût de laisser la politique en dehors de l’affaire, mais il avait inclus dans son film des dialogues où les personnages se répondent, échangent autour d’une idée, articulent les phrases les unes aux autres en faisant usage de connecteurs logiques (« Je suis ravi d’avoir une secrétaire aussi jolie. – Mais je ne suis pas votre secrétaire. – Vous êtes la secrétaire de qui alors ? »).

Nicolas Bedos, lui, est bien trop incapable de trouver une idée suffisamment comique pour qu’elle tienne plus d’une phrase sans s’épuiser. Résultat : les dialogues enfilent les imbécilités comme des perles, les juxtaposant les unes sur les autres avec la cohérence des rédactions d’un collégien. Finalement, quand Nicolas Bedos est épuisé par la puissance de son effort créateur, il se rabat sur la répétition poussive des plaisanteries des films précédents. C’est sans doute là que d’énervante et consternante, son absence totale de talent en devient pathétique.

Une rupture avec le OSS 177 d’avant

Si je m’attarde sur les raisons pour lesquelles ce film est complètement raté, c’est tout d’abord parce qu’il rompt en cela avec l’esprit des précédents films, auxquels il ne peut être dès lors comparé.

Les films de Hazanavicius utilisaient la France des années De Gaulle comme un accessoire esthétique, un support artistique, qui permettaient notamment au cinéaste de parodier, avec souvent beaucoup de talent, les films de James Bond. OSS 117 lui-même était une abstraction, un symbole. Personne ne pense qu’on pourrait créer un pays rien que pour les nazis, comme Israël pour les juifs. La blague est drôle parce qu’elle est pour le moins incongrue, provocatrice pour son rapprochement, absurde quand on imagine sa réalisation, et encore plus absurde vu la situation dans laquelle elle est prononcée. En tout cas, elle n’est pas drôle purement parce qu’elle manifeste l’antisémitisme du personnage.

Le OSS 177 de Nicolas Bedos est totalement différent. Son comportement et ses blagues racistes sont celles de n’importe quel plouc réel. Son anticommunisme reprend à la lettre les lieux communs d’avant 1981. Il n’a pas plus d’épaisseur narrative qu’il n’en avait avec Hazanavicius (quoique Rio ne répond plus nous offrait des détails sur son passé dans le cirque) mais il a maintenant une fonction politique : il incarne la France que nous n’aimons pas, c’est-à-dire la vieille France, celle dont Libération aime à dire qu’elle est « rance » et « nauséabonde ».

Le OSS de Hazanavicius était une abstraction. Nicolas Bedos assume d’en faire un repoussoir : stupide, inefficace, impuissant et vieux.

La peur du racisme

À la fois le fait que Alerte rouge en Afrique noire ait pu passer pour un film drôle ou pour un film politiquement incorrect voire raciste est révélateur de l’attitude délétère qui domine les esprits quand il s’agit de racisme.

Nous vivons dans un État où le racisme est, comme on nous le serine, « un délit » (par opposition à « opinion »). Les deux mots sont équivalents, ne veulent rien dire ni l’un, ni l’autre, et quand bien même, l’idée même que « le racisme n’est pas une opinion » est aussi une opinion, peut par conséquent être fausse, et n’a donc ni queue ni tête.

Mais le fonctionnement est bien commode : une fois qu’on a changé l’étiquette de certaines opinions pour appeler ces opinions des « délits », autant mettre un maximum d’opinions dans cette case pour les exclure du débat public. Le seul endroit où ces opinions se retrouvent exprimées est dans le domaine de la fiction, pour ceux qui n’y sont pas confrontés dans leur vie (et je ne parle pas des opinions cette fois, mais des délits et des agressions véritables). Dans Alerte rouge en Afrique noire, le spectateur est confronté aux clichés les plus éculés du racisme, et ne rit pas des blagues, parce qu’elles sont objectivement consternantes, mais rit satisfait de ne pas être ce Français d’il y a trente ans.

Beaucoup de personnes ne sont pas à l’aise au sujet du racisme. Elles peuvent avoir peur de s’exprimer, par crainte de passer pour racistes. C’est pourquoi on laisse de préférence les noirs parler de colonisation, les juifs parler de Shoah et les homosexuels parler d’homophobie, en leur laissant le privilège de raconter tout ce qu’ils veulent.

En faisant du racisme un « délit », on a fait de ses victimes autant d’idoles. Le racisme décomplexé, et mis à distance de sécurité par le décalage temporel, que OSS étale, produit donc un effet cathartique, sans être rien de plus ou de moins qu’une succession ennuyeuse de clichés sur les femmes et les noirs. C’est justement parce qu’il n’y a rien de plus là-dedans que du racisme à l’état pur que certains se sont inquiétés, croyant y voir un film lui-même raciste. Sans doute ont-ils peur de passer pour racistes en ne dénonçant pas le potentiel racisme de Nicolas Bedos.

On a envie de leur donner raison : qu’y a-t-il donc de si plaisant ou comique dans cette série d’âneries dégradantes ? Le film paraît raciste parce qu’il est simplement trop mauvais, et une blague pas drôle sur les noirs finit toujours par être suspecte. La blague peut ne pas faire rire parce qu’elle est raciste. Mais sans être raciste, elle peut aussi tout simplement être nulle. C’est le cas ici.

Ce que les spectateurs « choqués » semblent réclamer, c’est une rétribution. Il serait choquant que le gentil et respectueux 1001 (Pierre Niney) meure alors que le méchant et stupide 117 survive. Des années de cinéma victimaire nous ont habitué à une vision théologique du récit où tout le monde reçoit son dû, où les racistes sont punis et les victimes canonisées. Il est vrai que le film réserve une mort complètement gratuite, invraisemblable et sans le début d’une justification d’aucune sorte à 1001, mais c’est sans compter tout ce qui rend 117 méprisable dans le film : contrairement à 1001, il est incapable de faire jouir Micheline (c’est la critique par Nicolas Bedos de la « masculinité toxique »), contrairement à 1001, il ne résout aucun des problèmes de l’enquête et il est aussi beaucoup moins efficace, sportif… À peu près toutes les femmes ont le beau rôle, dans ce film « sexiste ».

Je ne sais pas pourquoi Nicolas Bedos a fait mourir 1001. Mon idée est qu’il était trop paresseux pour écrire une fin où celui-ci avait une place parce que c’était trop compliqué pour lui, donc il l’a éliminé purement et simplement. Une erreur artistique devient une faute politique. Le film se fiche intégralement de ses personnages : ils remplissent chacun une fonction dans la satire politique de Nicolas Bedos, et une fois cette fonction remplie, ils disparaissent, tels les sosies du président Bamba. 1001 avait fini d’incarner la France de demain face à 117. Il n’est plus d’aucune utilité.

C’est probablement parce que le film est si mauvais qu’il est accusé de racisme. C’est probablement parce que le racisme est l’objet de tant de paranoïa et de phobie qu’un film si mauvais peut faire rire. Mais ce rire n’est pas autre chose qu’une expression de relâchement physiologique de voir enfin du vrai, bon et gros racisme, sous n’importe quelle forme. Loin d’éliminer la catharsis en éliminant 1001, Nicolas Bedos a signé un film très cathartique en empêchant qu’on attache la moindre qualité à OSS, y compris le comique, même si c’est dommage pour ce qui se prétend une comédie.

Mais cela ne suffit pas : le public n’est pas content de ne pouvoir s’identifier à personne. Il lui manque sa victime, c’est-à-dire son héros. Nicolas Bedos ne le lui donne pas. Et on ne peut que donner raison à ceux qui se plaignent de devoir regarder un film de 2 heures qui, du coup, ne montre qu’un personnage raciste être raciste avec des gens. Parce qu’en vérité, c’est épouvantablement ennuyeux. Ils ne s’en plaindraient pas, et nous non plus, si le film était drôle.

Le sens de la transgression

Il est donc très étonnant que des éditorialistes comme ceux, certes limités, de CNews, y voient un film « incorrect ». Toutes les blagues racistes ou sur le racisme sont maintenant « incorrectes ». Par extension, la moindre cucuterie, du moment qu’elle est dénoncée par une boule de nerfs sur Twitter comme « raciste », les fait baver. Cette alternative absurde, cette injonction vide de sens d’« incorrection », est révélatrice d’une société qui a perdu le sens de la transgression.

La transgression consiste à trouver un moyen de remettre en cause des préjugés. La plupart des films comiques sur le racisme, tous des succédanés poussifs des Aventures de Rabbi Jacob, ne font qu’entériner les préjugés que nous avons formulés à propos des préjugés racistes : que le racisme n’est pas une opinion, que toutes les religions se valent et se ressemblent parce qu’elles sont toutes un peu folles sur les bords mais pleines de sens en même temps, que tous les hommes sont égaux, que les races n’existent pas et que le racisme n’est qu’une question d’ignorance de la culture d’« autrui ». Ce sont des films de propagande. Ils ne sont pas particulièrement nocifs, ils ne sont que mauvais. Ce ne sont pas ces films qui affaiblissent graduellement le sens critique et ironique des masses, c’est plutôt le manque de véritables comédies.

Les plaisanteries sur le racisme ne sont en fait autorisées que si l’on se moque des racistes, et pas des noirs. C’est d’ailleurs exactement ce que fait le film de Nicolas Bedos : les rebelles africains sont irréprochables, le président Bamba, quoique présenté comme un « méchant », n’est pas un ressort comique, pas plus que les autres personnages outre OSS et les Français avec lesquels il est en contact, comme son supérieur. Pourtant, il n’y a pas de raison a priori pour que telle catégorie de personnes soit drôle et pas telle autre.

Si on peut faire une bonne comédie sur les antisémites, on doit pouvoir en faire une bonne sur les juifs. C’est méconnaître le but propagandiste des comédies, qui est de jeter le discrédit du rire sur son objet. C’est le gros rire gras de la moquerie infantile. La France manque d’esprit.

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  • jacques lemiere
    19 août 2021 at 6 h 06 min

    je n’ai pas souvent pout BUT d’etrepolitiquement incorrect, parfois c’est juste necessaire..
    je vais rarement voir un film pour son message politique mais comme un simple divertissement bien souvent..

    je ne crois d’aillerus pas que regarder un film est un bon moyen de s’édifier.. il faut du recul et analyser.. ça ne se fait pas en regardant le film où on se laisse aller.

    ça pourrait être un bon film.. avec un mauvais message..
    par ailleurs..
    criminalisons les opinions.. à quoi cela conduit il?
    eh toi …tu penses une chose répréhensible ,direction prison, où curieusement tu vas continuer à commettre ton crime..
    si on criminalise les opinions il sera necessaire de creer des centre de rééducation..sinon…

    en pratique on ne peut punir qu’un acte.. donc à la rigueur la question qu’on aurait pu se poser est de criminaliser des paroles clairement jugés inacceptables.. sauf qu’il faut doubler l’expression par l’intention…

    pourquoi quelque chose d’aussi absurde comme la criminalisation des opinions ou des intentions peut elle être exprimée sans controverses par même des ministres de la justice..

    la liberté d’expression est sans doute la plus importante sans elle pas de justice reposant sur la preuve possible, pas de pluralisme politique ou religieux..incroyable..

    si on ajoute le projet derrière cela..la criminalisation a pour OBJET demettre en place des politiques où tous les citoyens n’ont pas les même droits!!! je n’iame pas les juif je n’aime pas les noir , je n’aime pas les blancs, ou je ne sais quoi, n’est pas sinon quasiment jamais associé chez celui qui le dit de la volonté de nier à ces gens leurs citoyenneté et l’égalité de droit..

    • aujourd’hui je préfère dire ,pour diverses raisons, je suis raciste . en premier pour m’eviter un procès d’intention, en second lieu pour prouver que l’affirmer ne signifie rien ..

      • Ce Vilfredo Burgess ne sait pas ce qu’est le « politiquement incorrect ». Etudiant à Henri-IV, il se permet de casser N. Bedos sans rien comprendre à ce qu’est l’humour, surtout quand celui-ci est manié au 2ème degré.

  • Bonjour, je ne sais comment signaler les erreurs. Je me permets de le faire en commentaire. Voici la petite coquille : « les films de Hazanavicius ne se réduisaiENt pas ».

  • (Oups désolé je viens de voir le mail de signalement d’erreurs à la fin de l’article)

  • Mais qu’attendre d’autre de la part de quelqu’un dont la ‘carrière’ se résume à être le fils d’un militant socialiste ?

  • Je n’ai jamais compris comment on pouvait être raciste alors que la race n’existe pas. je parlerais plutôt culturisme( différence de culture), ou ethnicisme,( différentes ethnies),ou climatisme ( origine climatique différente) De toutes façon , on est tous différents, et on est pas obligé d’aimer toutes les différences

    • Il n’y a plus de races humaines mais des « clusters ». On pourra donc toujours vous accuser de clusterisme.

      • Ceux qui font de la discrimination positive ou négative font l’éloge de la consanguinité (et d’autant plus qu’on définit des « clusters » étroits).

        Je me demande toujours s’ils réalisent que la consanguinité est contre-nature.

    • les races existent… mais toujours arbitraires..

      on peut imaginer des races à partir des gènes, _ça ferait plus « objectif » et mesurable..

      mais la question n’est pas là… les races existent donc ( ou pas) puisque on les crée…
      c’est la prétention à aller plus loin..
      mais ça ne s’arrete pas aux races.. les boomers…sont responsables de ceci ou cela..

      les races de chiens existent bel et bien. les races de chiens n’interessent que ceux que les races de chiens intéressent..

      il y a les êtres humains et les autres..

      • Ben… si on en reste à la définition selon laquelle les races sont des produits d’une sélection génétique très précise, qui fait que les individus d’une même race ont une distance génétique très limitée, ben non il n’y a pas de race chez les humains. Ainsi si on prend 2 personnes de groupes ethniques différents, il est possible de trouver au sein d’un même groupe ethnique des gens qui auront une différence génétique plus importante.

        • Les races n’existent pas comme les espèces n’existent pas. Il n’existe que des individus. C’est juste un classification commode. Vous avez l’ours polaire et l’ours brun qui sont deux espèces différentes alors qu’elles sont interfécondes.

          • elles existent , ce ne sont que des classification..

            et existerait il des groupes humains distincts aurait il existé à vrai dire, à un moment dans l’histoire..avec des distinctions héréditaires transmissible, la folie commence quand on commence à les hiérarchie en valeur pure..

            il ne faut pas avoir peur du concept de race ou de se faire traiter de raciste..

          • Je ne sais pas pour les ours bruns et polaires, j’imagine que si discussion il doit y avoir, alors discussion il peut y avoir.
            Sur les races j’ai l’impression que jusqu’à présent cette classification est inopérante. Il ne faut pas avoir peut du concept de race, mais c’est pas pour ça que le concept devient tout à coup intéressant. J’imagine qu’il est possible de travailler dessus pour qu’il serve à quelque chose.

    • Non, le culturisme c’est Schwarzenegger dont le nom en français est un pléonasme (nègre noir).
      Et là pour le coup, c’est très politiquement incorrect.

  • Jerémy Lapurée
    19 août 2021 at 9 h 13 min

    Cet article est à l’image du film. Ennuyeux. Sans queue ni tête. Propos répétitifs. Ligne idéologique douteuse.
    Seul une petite vérité y trouve son chemin : « le public n’est pas content de ne pouvoir s’identifier à personne ». Je me fais toujours cette réflexion au visionnage des films des frères Coen : leurs héros y sont le plus souvent bêtes ou méchants, quand ce n’est pas les deux !

    • C’est vrai qu’on a besoin de s’identifier à un personnage mais aussi (ou à cause de cela ?) les héros parfaits (ou négativement parfait) sont simplement ch.iant.

      J’aimais bien l’idée que par chance « surnaturelle » ou capacités physiques et mentales (comme lire les hiéroglyphes) OSS117 compensait son incommensurable bêtise et n’était donc pas totalement négatif.

      • Je ne sais pas… toutes les fictions ne fonctionnent pas sur l’auto-identification. Game of Thrones me semble en être un exemple réussi avec un petit jeu de subversion des attentes lors de la première saison notamment ; et même si sur la fin la série se recentre sur certains personnages il me semble difficile de s’identifier à tel ou tel.

        • Quand il y a de nombreux personnages, on est forcé de s’identifier au groupe. Et c’est plus difficile.

          Par exemple j’ai du mal avec les romans où on suit divers personnages en changeant toutes les 30 pages.

          • Je n’ai aucune difficulté avec ça. Le bouquin au moins chaque chapitre est POV, la série pour le coup me semble encore plus neutre.
            En livre pour le coup je n’arrive pas à lire les bouquins conjugués à la seconde personne du singulier, je trouve ça beaucoup plus dérangeant.

            • « conjugués à la seconde personne du singulier » ?

              San Antonio ?

              • Je n’ai jamais lu San Antonio, j’avoue… mon grand père aimait beaucoup.
                Alors mon expérience la plus désagréable a été « Si par une nuit d’hiver un voyageur », on est d’accord que y a pas que le « tu » qui soit gênant dans ce livre, ok. Mais déjà quand l’auteur me dis « tu ceci, tu cela » moi je lui réponds « ben non mec ! juste non », alors en plus quand il m’explique ce qu’est le lecteur idéal et qu’il n’a pas envie de me parler à moi… le gars commence son bouquin en me suggérant d’arrêter tout de suite quasiment.

                • Frederic Dard insulte son lecteur, mais par la voix de son personnage fictif. Et il ne se prenait pas au sérieux dans ses romans de gare.

                  (F. Dard est une bonne cible pour les « Woke » si on prend tout au premier et même au second degré.)

                  • Je n’ai rien contre San Antonio, je ne l’ai juste jamais lu.

                    Juste sur l’écriture, le POV ne me pose aucun problème, le fait de s’adresser au lecteur de manière exceptionnelle non plus, par contre faire du lecteur le personnage principal du livre en lui faisant faire et penser des choses… ben je ne marche pas, je ne me sens pas concerné.

            • Pour les matchs de foot, il me semble que peu de gens sont « neutre ».

              Même pour un combat de Sumo, sans m’identifier à un gros bébé joufflu, je finis par avoir un favori.

              • Il y a le dispositif de l’affrontement au foot en effet, qui pousse à la prise de position du spectateur. Mais d’une part toutes les disciplines physiques ne sont pas basées sur ce principe (mais dès que c’est le cas il me semble qu’on peut parler de sport), d’autre part ce n’est pas forcément le dispositif d’un film.
                Enfin même au niveau du foot, de l’affrontement on en trouve au premier match de poussins de son quartier : malgré ce qu’en disent les supporters historiques français (parce que bon, la France me semble être en retard sur cette dynamique comme sur d’autres) quand on assiste à un match entre joueurs professionnel de très haut niveau, je pense qu’on y trouve d’autres choses.

    • Oui, sauf que les frères Coen font de bons films.

  • Belle diatribe ; j’espère qu’elle vous aura soulagé !

  • Les gens qui n’assument pas qu’ils se moquent en même temps d’eux-mêmes et des autres ne peuvent en aucun cas puiser en eux et exprimer avec finesse des idées comiques.

    Idem pour le public (et les critiques !). Celui qui est parfait ou le Tartufe qui se prétend parfait n’a aucun sens de l’humour car il ne comprend pas ou comprend trop bien (qu’il est l’objet de la blague).

  • Je ne vais pas m’attarder sur la critique du film de Bedos mais écrire « Hazanavicius avait le bon goût de laisser la politique en dehors de l’affaire, » est complètement grotesque.
    Les deux premiers films sont profondément politiques, de manière peut-être plus subtile.
    OSS y est déjà un repoussoir (il est inculte, bourré de préjugés, raciste, misogyne, anti-sémite, etc.) et tend à faire croire que le Français moyen des années 50/60 est comme lui. La fameuse « France moisie » évoquée dans l’article.
    Par ailleurs, deux autres exemples de cette vision très politiquement correcte.
    La façon dont « Rio ne répond plus » montre la France comme un pays de collabos qui veut à tout prix cacher son passé (« le général de Gaulle n’a-t-il pas dit que tous les Français avaient résisté ? »), ce qui est archi-faux (et de Gaulle n’a jamais prononcé cette ineptie) et reprend la doxa imposée depuis Paxton.
    Il ridiculise également avec beaucoup de talent tout ce qui pourrait s’apparenter au « patriarcat » et désamorce même la critique éventuelle (la scène dans laquelle OSS gifle le gamin qui a honte de son père).
    Bref, les deux premiers films sont profondément politiques ; Bedos ne fait que reprendre ce parti-pris.

  • Mouais…
    Merci pour cette critique qui me conforte dans mon envie de ne pas le voir. Cependant j’ai l’impression que s’il ne mérite pas d’en déduire une critique du racisme, il ne mérite sans doute pas non plus d’en déduire une critique du wokisme, même si toutes les critiques sont bonnes de toutes façons.
    Peut-être plutôt serait-ce l’occasion de faire une critique de la production cinématographique, peut-être avec un tableau international avant de souligner les spécificités françaises ? Ici on est dans une exploitation « classique » d’une licence, où à la base il y avait une ambition artisanale avec des gens qui y voyaient du sens, et reprise par l’industrie qui met à la tête d’une suite quelqu’un qui n’a aucune idée particulière et qui est dans une démarche de reproduction, de reprise de poncifs, un « yes-man » comme on dirait à Hollywood il me semble. La spécificité française pouvant être alors (mais je n’ai pas vu le film, désolé pour mes erreurs éventuelles) une orientation télévisuelle poussée par notre exception culturelle qu’on a à nous, une linéarité des trames allant jusqu’au prévisible, une recherche d’authenticité allant jusqu’à l’absence de cadre et de construction des images en général, une ambition de montrer de l’esprit allant jusqu’à afficher des prétentions disproportionnées, une recherche de reconnaissance rendant le propos fébrile, un mépris pour le public empêchant tout second degré et toute ambition de superposition de niveaux de lecture, une paresse dans la direction d’acteurs trop payés… etc.

    Personnellement je crains que ce billet critique ne surestime de l’influence une idéologie politique sur la pourriture de nos productions.

  • Ce film là ou un autre, peu importe.
    Le cinéma français n’existe plus depuis bien longtemps.
    Ce n’est que de la propagande subventionnée par l’Etat.

  • L’agent 1001 n’est pas mort. Comme dans un Marvel ou beaucoup d’autres films, si vous attendez quelques secondes après le générique de fin, vous verrez une scène où il s’en est sorti. Et il est vénère. Donc comme dans un John Wick 3, cela appelle une suite.

  • Après, ayant pu voir le film sur invitation de mon cousin Justin Fichierpointcom, je m’attendais à bien pire. Au final, je ne le trouve pas pire que les précédents; ce qui veut dire qu’il se laisse regarder, si on n’a rien de mieux. J’ai toujours eu du mal avec « l’humour Canal », cela dit (les films sur Asterix, quelle tanasse; certains autres se laissent regarder, selon son degré d’alcool du moment).

  • Vilfredo Burgess
    20 août 2021 at 2 h 33 min

    On a signalé que le film n’était pas écrit mais seulement réalisé par Nicolas Bedos. C’est exact. Cela dit, ça ne change rien. 1001 n’est pas mort à la fin, mais il est arbitrairement éliminé de l’intrigue. Là encore, cette précision est inutile. Les films de Hazanavicius n’étaient pas politiques au sens où ils ne défendaient pas une thèse. Ce que j’écris dans l’article. Plus généralement, je n’ai pas à suivre une ligne idéologique ou une autre. Je ne sais même pas ce que cela veut dire. Quant à ceux qui ne veulent pas lire des exégèses de films de divertissement parce qu’ils les trouvent ennuyeuses, je suggère qu’ils ne lisent pas les articles sur des films de divertissement et ne commentent pas les articles qu’ils ne lisent pas.

  • Ce n’est pas Nicolas Bedos qui a écrit ce film, c’est Jean François Hallin. Comme tous les précédents.

    • Peut-être que Hallin était fatigué de ce personnage, où que ça reste le studio qui a donné les lignes directrices.

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