« Intellectuels et Race » de Thomas Sowell

Thomas Sowell parle des idées qu'ont émises les intellectuels, l'intelligentsia, au cours du XXe siècle, au sujet de la race, plus précisément aux États-Unis où elle est née.
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« Intellectuels et Race » de Thomas Sowell

Publié le 22 août 2021
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Par Francis Richard.

Thomas Sowell[1. Thomas Sowell, économiste né en 1930 en Caroline du Nord, est noir. Ou Afro-américain, comme on dit au pays de Malcolm X. Il dispose ainsi d’une sorte de pass sanitaire, pour aller au fond d’un sujet dont nul académicien blanc ne pourrait même esquisser les contours de manière honnête, sans y perdre carrière et réputation. (Préface de Laurent Obertone)] définit les deux termes du titre de son livre, qui, comme l’écrit Laurent Obertone dans sa préface, sent bon la mort sociale :

La race […] constitue un concept social avec une base biologique.

Les intellectuels sont des gens exerçant une profession particulière : à savoir, des gens dont le travail débute et prend fin avec des idées.

Une des caractéristiques des intellectuels est qu’ils ne paient aucun prix pour avoir tort, quel qu’il soit et quelles que soient les conséquences catastrophiques pour des millions d’autres gens.

(les hommes politiques partagent ce privilège…)

Dans ce livre, donc, l’auteur parle des idées qu’ont émises les intellectuels, l’intelligentsia, au cours du XXe siècle, au sujet de la race, plus précisément aux États-Unis où il est né.

L’ÈRE PROGRESSISTE

Au début du siècle passé, ces intellectuels, qui n’étaient ni des incultes, ni des excentriques, promouvaient le déterminisme génétique pour expliquer les disparités entre les groupes raciaux et étaient adeptes de l’eugénisme.

Pour affirmer une telle chose, ces progressistes se basaient sur des données empiriques telles que taux de criminalité, taux de maladies, résultats aux tests d’intelligence et performances scolaires.

Seulement, ces intellectuels eurent tendance à ignorer le vieil avertissement venu des statisticiens que corrélation n’est pas causalité.

Seulement, ces intellectuels ne tinrent pas compte des nombreuses raisons historiques, géographiques et démographiques, qui font que des groupes diffèrent les uns des autres dans leurs compétences, expériences, cultures et valeurs.

Thomas Sowell a donc beau jeu, par exemple, de montrer, faits à l’appui, que ce que nous savons, concernant race et intelligence, est un petit îlot de savoir dans un vaste océan d’inconnu.

L’ÈRE LIBERAL

Si l’hérédité était l’orthodoxie régnante de l’ère progressiste, l’environnement devint l’orthodoxie régnante de l’ère liberal.

Cette ère commence surtout au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Par environnement, il faut entendre l’environnement extérieur contemporain plutôt que l’environnement culturel interne des minorités elles-mêmes :

Si les minorités étaient considérées comme le problème avant, la majorité était considérée comme le problème désormais.

Aux États-Unis, la discrimination que la majorité blanche exercerait sur les minorités, notamment la minorité noire, expliquerait les résultats économiques et autres de celles-ci.

Ces idéologies de la doléance et de la victimisation proviennent des médias, des institutions éducatives et d’autres institutions imprégnées de la vision de l’intelligentsia.

Seulement l’intelligentsia ne voit pas que les résultats économiques et autres de la minorité noire n’ont pas de rapport avec l’évolution du degré de racisme dans la société américaine.

Ces résultats ont, au contraire, par exemple, un rapport avec l’évolution dans le temps du salaire minimum, institué pas le Fair Labor Standards Act1, qui a un impact vérifiable sur le taux de participation et de chômage de la force de travail noire.

L’ÈRE MULTICULTURELLE

Thomas Sowell voit dans cette nouvelle ère de la fin du siècle précédent une extension de la précédente parce que l’adoption des lois et politiques des droits civiques n’a pas permis les avancées économiques et sociales escomptées.

L’intelligentsia réfute sans arguments, sinon d’autorité, que les cultures particulières des minorités puissent être accusées des disparités de revenus, d’éducation, de taux de criminalité ni de désintégration familiale.

Ce faisant, elle incite ceux qui composent celles-ci, plutôt que de changer, c’est-à-dire de chercher à s’améliorer, à se figer là où le hasard de la naissance les a mis et à mettre en cause le système externe plutôt que leur culture interne.

Ce n’est pas propre à la minorité noire des États-Unis. Thomas Sowell donne l’exemple des Blancs de classes inférieures en Grande-Bretagne qui sont poussés par l’intelligentsia à cultiver l’envie et le ressentiment :

Lorsqu’une race de gens ayant produit Shakespeare et Sir Isaac Newton produit désormais un grand nombre de jeunes gens qui sont fonctionnellement analphabètes et incapables d’arithmétique simple, est-il besoin d’invoquer les gènes ou la discrimination pour expliquer cette dégénérescence ?

L’ÉTAT-PROVIDENCE ET L’INDUSTRIE RACIALE

Ce qui a intensifié ces types de comportement, c’est l’État-providence :

Une fois mis en place, l’État-providence peut subventionner des comportements contre-productifs, qu’il excuse ou encourage, mais qui seraient impossibles à voir perdurer sans l’argent des contribuables.

Ce qui n’a rien arrangé, c’est l’industrie raciale, avec sa justice sociale (et l’excuse préconçue), sa discrimination positive (et ses effets négatifs) et son dogme de l’effet disparate de certaines normes (sur le taux de réussite de différents groupes) :

La question des races est plus qu’une catégorie biologique ou une catégorie sociale. Elle est devenue une industrie, avec sa propre infrastructure, ses secteurs, ses incitations et ses ambitions.

L’ÉGALITÉ

Parmi les idées en vogue chez l’intelligentsia, il y a enfin le concept d’égalité, avec ses multiples significations, qui peut être une source fertile de danger pour les individus, les races et les sociétés entières :

L’égalité de traitement par la loi, par exemple, est très différente de l’égalité des résultats économiques, et l’égalité des potentialités est très différente de l’égalité des capacités développées.

Or ce ne sont pas les moyens préconisés par l’intelligentsia qui ont permis, permettent et permettront l’ascension de groupes, de l’extrême pauvreté à la richesse, mais des moyens banals et souvent ardus :

Les réalisations méritées, qu’elles soient modestes ou spectaculaires, apportent un respect de soi, ainsi que le respect des autres, que l’on peut rarement obtenir en jouant même avec succès un rôle de parasite au nom d’une égalité factice.

Intellectuels et Race, Thomas Sowell, 184 pages, Éditions Résurgence (traduit de l’anglais par Stéphane Geyres, Daivy Merlijs et Pascal Boutingorry)

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Voir les commentaires (6)

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  • Thomas Sowell est LE leader intellectuel aux USA de nos jours!

  • Una analyse très intéressante. Merci.

  • Etant donné qu’il n’y a qu’une seule race d’homme nous disent les politiques, toute personne qui critique son voisin est raciste

  • Thomas Sowell enfin traduit en français. Il était temps! Il reste que ce qu’écrit Obertone en préface, à savoir qu’il faut être noir pour écrire ce genre de livre sous peine de mort sociale fait froid dans le dos…

  • @Virgile
    Vous avez tout à fait raison, Thomas Sowell est de loin l’intellectuel américain le plus intéressant de nos jours (économiste et philosophe). C’est aussi un homme remarquable, témoin sa biographie. Mais le plus remarquable, c’est qu’il est attaché aux faits et complètement imperméable au « politically correct ». Etant noir il peut se permettre de dire des vérités qui font bondir d’horreur les wokes, BLM … et autres habitués des médias bien-pensants démocrates type NYTimes. C’est très dommage qu’il soit aussi peu traduit en français, peut-être d’ailleurs n’est-ce pas un hasard dans la France médiatique « politically correct » que nous connaissons …

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