Pourquoi le prix du gaz ne risque pas de baisser

Prix du gaz : en France, nous sommes passés de 55 à 80 euros/ MWh entre 2007 et 2020. Tout indique que ce n'est pas fini.
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Pourquoi le prix du gaz ne risque pas de baisser

Publié le 7 septembre 2021
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Par Michel Negynas.

Au premier juillet, le gaz en tant que combustible de chauffage augmentera de 10 % d’un coup. Il y a des raisons de fond et des raisons conjoncturelles à ce coup de massue sur les consommateurs.

L’avenir du gaz

Si l’on est antinucléaire, le gaz est la seule énergie pouvant permettre de baisser les émissions de CO2, si elle se substitue au charbon, qui est encore la première source dans le monde. L’exemple caricatural est l’Allemagne, qui mise sur un mix d’énergies intermittentes et de gaz. Ses arrêts de centrales à charbon (et à lignite ? l’Allemagne est assez floue là-dessus) seront entièrement compensées par des constructions de centrales à gaz.

La pression sur la question climatique sera donc un élément puissant de l’augmentation de la consommation de gaz en Europe, aux États Unis et, dans une moindre mesure, dans le reste du monde.

Parallèlement, si heureusement certains pays se fichent des COP et autres accords de Paris, dans les pays occidentaux il sera de plus en plus difficile d’investir dans les forages.

Tout cela milite pour des prix du gaz à la hausse, à long terme.

Et n’augure rien de bon non plus pour la géopolitique européenne : nous serons encore longtemps gênés pour défendre des Navalny en Russie ou critiquer la charia au Qatar.

Des éléments conjoncturels…

La période actuelle est de plus perturbée doublement :

Après un arrêt brutal lors de la crise Covid de 2020, les chaînes logistiques peinent à redémarrer et à répondre à une forte demande, en particulier les transports maritimes. Et l’Asie est de plus en plus gourmande.

Les Russes modèrent les livraisons pour faire monter les prix : c’est un signal à l’Union européenne dans le cadre de l’achèvement du projet Nord Stream. Celui-ci consiste à doubler le gazoduc venant des gisements russes via la Baltique et atterrissant directement en Allemagne.

Ce projet a de nombreux détracteurs :

    • Les États-Unis s’y sont longtemps opposés, craignant (à juste titre) une perte de souveraineté de l’Allemagne vis-à-vis de la Russie. Ils ont finalement cédé pour garder  leurs relations privilégiées avec l’Allemagne et peut être après avoir obtenu des concessions sur d’autres sujets…
    • En Europe, pour les pays de l’Est, c’est la même chose, et cela ressemble à un camouflet pour l’Ukraine, qui perdra une partie de ses royalties et de son influence sur l’Europe pour le passage de l’autre gazoduc. D’une manière générale, les pays du Sud voient aussi d’un mauvais œil une très grande partie de leur approvisionnement venir du Nord. Source : https://tradingeconomics.com/commodity/natural-gas

Pour les Russes, organiser la pénurie c’est nous faire bien comprendre notre dépendance.

Aux conséquences dépassant le domaine de l’énergie à long terme

L’Allemagne se construit ainsi une position clé en Europe : par sa politique d’abandon du nucléaire, qu’elle essaye clairement d’étendre à l’Europe, elle conforte le gaz et se met en mesure d’en contrôler une bonne partie des approvisionnements.

Paradoxalement, elle se met (et peut être l’ensemble de l’Europe) dans une position doublement fragile sur un plan géopolitique. Pour conserver ses relations avec les États-Unis (elle n’a en fait jamais vraiment coupé le cordon ombilical depuis le plan Marshall) tout en préservant celles qu’elle devra avoir avec la Russie, elle n’aura de cesse de faire des concessions à l’un  pour faire passer celles accordées à l’autre.

En France, un autre facteur est avancé

Ce qui précède expliquerait, selon Philippe Chalmin  8% de hausse du prix du gaz.

Selon ENGIE, les 2 autres pour cent sont la répercussion sur le prix de vente des dépenses liées aux certificats d’économie d’énergie, une astuce suprême des fonctionnaires français pour créer un impôt masqué.

Rappelez-vous : les grandes sociétés de distribution d’énergie doivent remplir un carnet d’actions conduisant à des économies d’énergie chez eux ou chez leurs clients ; c’est ce qui donne souvent lieu en même temps à des escroqueries diverses basées sur de la fausse isolation, par exemple, comme toujours lorsqu’il y a des distributions d’argent sans réel contrôle. Tout ça n’est pas gratuit et en cas de manquement il y a de lourdes amendes.

Au final, c’est évidemment le consommateur qui paye. Et l’État augmente la contrainte chaque année, sans considération des possibilités réelles…

Quel avenir pour les prix du gaz en France ?

On voit sur ces graphiques que l’Allemagne a presque réussi à maintenir un prix constant pour les consommateurs. Ce n’est pas pour rien qu’un chancelier est passé directement de son poste au conseil d’administration de Gazprom. Et la transition énergétique y est financée surtout via l’électricité.

En France, nous sommes passés de 55 à 80 euros/ MWh entre 2007 et 2020. Certes, la différence provient en partie des coûts moins maîtrisés en raison de conditions géographiques d’approvisionnement, mais aussi de l’inflation des taxes : 22 euros pour un coût hors taxe de 55 euros ; et encore, dans ces 55 euros, il y a les fameux surcoûts des certificats d’économie d’énergie.

Et surtout, l’avenir semble compliqué. L’État ayant masqué la taxe carbone en l’intégrant aux taxes préexistantes sur les produits énergétiques, elle avance sournoisement. À ce jour, pour le gaz, elle est à un peu plus de 8 euros/MWh.

Voici ce que l’État prévoyait initialement, visant un « prix du carbone » de 100 euros/t à 2030 :

Source : https://www.sage-energie.fr/single-post/2018/02/08/Comprendre-la-TICGN-et-son-%C3%A9volution

On grimperait à 18 euros/MWh en 2030 ! (en fait, 21,6 euros car le fisc français ne reculant devant rien, la taxe carbone est elle-même taxée par la TVA !)

À la suite du mouvement des Gilets jaunes, pour l’instant, la taxe carbone est gelée. Que feront les futurs gouvernements ? Renier l’objectif de 100 euros/t de carbone enlèverait toute crédibilité au discours de la France…

Le gaz, un avenir incertain

Le gaz gouvernera la géopolitique européenne. Son prix sera constamment soumis à une volatilité dépendant autant de l’état de la ressource que des jeux politiques des États. Il ne pourra qu’augmenter, par les lois du marché et les besoins de financement de transitions dont, en France, il n’était nul besoin.

Avec le nucléaire et l’hydraulique, nous pouvions nous passer des Russes, des Qatari, des taxes carbone et avoir des prix de l’énergie non volatils, puisque le prix de l’uranium est négligeable dans le coût total.

Un jour nous dirons : qu’allions-nous faire dans cette galère !

 

Article mis à jour le 7/09/21 à 14h00

 

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  • Je ne sais pas si on peut accuser les russes d’organiser la pénurie de gaz. Certes ils ont intérêt a ce que les cours mondiaux montent, mais pas de se mettre à dos leurs clients.

    Les raisons sont plutôt d’ordre pratique: taxes carbone, limite des gisements en mer du nord, remplacement du charbon et du nucléaire par le gaz pour la production électrique.
    Dans ce contexte, le retard de nordstream2 n’arrange pas les choses.

    • C’est l’avis de Philippe Chalmin et il est généralement bien informé. Le jeu des Russes serait d’en « rajouter » sur les difficultés logistiques, pour bien montrer l’utilité de NordStream2.

      • Bien sur que les Russes sont dans une bonne position pour profiter de la stratégie actuelle de l' »Energie Wende », mais un pipe supplémentaire n’y change rien. Les ressources européennes de gaz sont limitées (Mer du Nord, quasiment plus rien de Groningue, un potentiel en Méditerranée). Pour compenser, à part la Russie, il n’y a que le GNL (avec beaucoup de projets prévus), mais il faut des terminaux additionnels, le gaz des pays de l’ex bloc soviétique (Kazakhstan, Azerbaidjan etc..), si les pipes finissent par être construits, l’Algérie (en déclin). Mais il reste aussi une solution qui de manière surprenante n’est jamais mentionnée, c’est l’utilisation du fuel plus ou moins lourd. Certes, c’est moins décarbonant que le gaz par rapport au charbon (CnH2n contre CH4 vs. C), mais c’est abondant (surtout les fuels lourds avec les menaces sur le transport maritime), et les centrales à cycle combiné peuvent fonctionner aussi bien avec des liquides que du gaz , et donc on bénéficie de l’amélioration de rendement par rapport aux centrales à charbon. C’est sûr que ce ne serait pas très politiquement correct, mais des pays le font, parce que ce fuel lourd et peu cher.
        Pour l’instant, en terme de coût de combustible pour les centrales électriques, il n’y a pas photo: Le charbon reste de loin le plus économique au kWh d’électricité.

  • Si la situation devient intenable, il y a toujours les gisements de gaz de schiste en France, les plus importants d’Europe.
    Imaginons une crise de la dette française, que l’on résorberait en vendant du gaz de schiste aux allemands, ce n’est pas imaginable dans le contexte politique actuel, mais quand on sera à court d’argent des autres…

    • En réponse à titi, il n’y a pas de « gisement de gaz de schiste en France », il y a seulement des « ressources prospectives », c’est à dire peut être du gaz de schiste, mais pour cela il faudrait faire des forages d’exploration pour le prouver, ce qui est légalement interdit en France. Et si jamais c’était positif, il faudrait démontrer que c’est économique, ce qui est loin d’être évident, avec des coûts qui seraient inévitablement plus élevés que ceux des USA, qui ont une culture et une infrastructure industrielle dans ce domaine particulièrement efficiente. Pas pour rien que ce sont les seuls producteurs significatifs de ce « gaz de schiste », qui est du « gaz de roche mère », c’est à dire présent dans une roche non perméable (contrairement au gaz « classique ») qu’il faut donc fracturer pour lui créer une perméabilité permettant l’écoulement du gaz et donc sa production.

      • Ah mince, en France le gaz part et on n’a pas d’idées…
        Remarquez, j’aurais pensé que le principal concurrent serait les gisements en mer du nord, le gaz est assez couteux à transporter par méthanier.

      • J’ai lu un exploitant pétrolier Francais (oui ça existe!!!), il disait qu’il y a du gaz c’est sur car ils l’ont détecté lors de prospections pétrolières et il y en a beaucoup.
        Pour le reste son message correspondait a ce que vous écrivez: il faut faire des tests pour voir s’il est possible de le sortir et si c’est économiquement intéressant.

  • Lorsqu’on supprime le charbon, le gaz oil, les centrales nucléaires, on n’a plus que le gaz, donc, son prix va exploser.. En plus ils veulent le transformer en hydrogene…. Il va sans doute en manquer.

  • Avant même les taxes, l’énergie, quelle que soit son origine, va coûter de plus en plus cher.
    La première décision politique concerne les taxes (et nous sommes fixés: c’est du « toujours plus »).
    La deuxième est celle du choix ou non d’une plus grande indépendance de la France (même si elle n’est jamais totale -uranium-).
    Ce n’est pas un choix de facilité, ce ne l’était déjà pas quand le programme nucléaire a été lancé. Mais cela reste la voie qui offre les meilleures possibilités dans bien des domaines.

  • Le pire des scénario est en Espagne ou le prix de l’ electricité a battu tous les records.

  • Les choix « écolos » font grimper la note. Des choix aberrants : éolien et solaire, qui par leur intermittence implique qu’il faut leur substituer une énergie fiable et répondant à la demande, et le choix a été rapidement fait ! c’est le gaz ! A solution idiote réponse idiote. Bien sûr le gaz, pour les Allemands est moins polluant que le charbon ou la lignite, mais on en revient toujours au mauvais choix de départ ! Pourquoi avoir misé sur des solutions incertaines, aléatoires, capricieuses ? Des énergies que les « écolos » (sauf A. Waechter = jamais sûre de l’orthographe, mais qu’il ne s’en offusque pas, il a droit à toute mon admiration pour son honnêteté !) disent durables mais soit, on n’arrêtera ni le vent, ni le soleil (encore que… voir le ciel en Chine !) mais nécessitant des installations provisoires et horriblement coûteuses, en plus d’être horribles et polluantes et ne résolvant aucun problème ! (merci de souffler ceci à Y. Jadot, toujours perché sur son petit nuage rose !)
    Je rapelle que nous pourrions nous éclairer, et peut-être nous chauffer, si les choix de départ (Edison) n’avaient pas été d’abord le profit. Et le pire a été de continuer dans cette voie. Engrenage infernal.
    Entendu ce matin aux infos que l’Etat envisagerait de racheter les barrages vendus ! (plus cher on le suppose…)

    Tesla, de là-haut, rit-il de ces sottises ?

    • Pour l’instant, les Allemands donnent largement la préférence au charbon. Voir plus haut electricitymap.

    • Oui, les choix écolos font grimper la note et aussi les émissions de CO2. Je ne sais pas pendant combien de temps on va écouter ces escrocs.

  • Le cœur (du réacteur) a ses raisons, que la raison ignore. Plus sérieusement, comment voulez-vous que la France sorte d’un accord dont le nom est « accord de Paris », si ce n’est pour nos dirigeants un peu limites du cerveau, de reconnaître leurs erreurs et éventuellement voir s’abattre une honte sur eux. Bien entendu ils ne le feront jamais et préféreront foncer dans le mur avec notre pays, en se disant que ce mur n’existe pas comme d’habitude.

  • Bon, vu que le fioul, le gaz, le bois sont maintenant interdits pour le chauffage, ne reste que l’électricité. Qui a doublé en 10 ans avec son corollaire de taxe sur la TVA ou l’inverse, aucune importance, Bercy sait. Les aspects gaz russe ou pas n’ont que peu d’influence sur le propos.

  • si l’ensemble de l’article est digne d’intérêt je reste interrogatif sur le fait que la combustion du gaz ne produirait pas de CO2 ??? peut-on m’expliquer par quel miracle autre qu’idéologique ce serait possible ????

    • J’ai écrit:

      « Si l’on est antinucléaire, le gaz est la seule énergie pouvant permettre de baisser les émissions de CO2, si elle se substitue au charbon, qui est encore la première source dans le monde.  »

      En aucun cas je n’ai dit que le gaz n’émettait pas de CO2. Simplement, il en émet moins que le charbon, le fioul ou l’essence.

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