Élections au Canada : Maxime Bernier entre libéralisme et populisme

Maxime Bernier, candidat aux élections canadiennes, cherche à combiner libéralisme et populisme. Une stratégie particulière.
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Maxime Bernier by Parti conservateur du Québec (Creative commons CC BY 2.0)

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Élections au Canada : Maxime Bernier entre libéralisme et populisme

Publié le 12 septembre 2021
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Par Alexandre Massaux.

Le 20 septembre 2021, les Canadiens vont être appelés aux urnes dans le cadre d’une élection fédérale anticipée dans un contexte politique et sanitaire tendu. L’affrontement va se dérouler entre le Parti libéral de Justin Trudeau et le Parti conservateur dirigé par Erin O’Toole. Néanmoins d’autres forces politiques montent telles que le Parti populaire canadien (PPC) de Maxime Bernier. Ce dernier a des positions de libéral populiste plutôt singulières sur la scène politique canadienne. Positions qui seraient aussi peu communes en France.

Maxime Bernier a fait parler de lui ces derniers mois pour son opposition aux restrictions sanitaires comme le passeport vaccinal ou les confinements.

Avoir organisé des manifestations non autorisées contre les confinements lui ont d’ailleurs valu une (courte) arrestation par la police.


Dans les sondages de début septembre, le PPC avoisinait les 4 % d’intentions de votes. Une position certes bien derrière les libéraux (31 %) et les conservateurs (34 %). Mais le parti de Bernier créé en 2018 arrivait à dépasser les Verts (3,5 %) et se rapproche du score du Bloc québécois (6 %). Ces deux derniers ayant été créés respectivement en 1983 et en 1991. Néanmoins, certains sondages plus récents mettent désormais le PPC à plus de 10%. Plaçant ce parti en 4ème position derrière les Conservateurs, les Libéraux et le Nouveau Parti Démocratique. Il ne faut pas sous-estimer le poids politique qu’il pourrait avoir dans le futur.

Dès lors qui est Maxime Bernier et quelles sont ses idées ?

Un passé libéral classique

Maxime Bernier n’est pas un novice de la politique. Il a passé la large majorité de sa carrière politique au sein du Parti conservateur. Sous les mandats de Stephen Harper, il a été ministre de l’Industrie en 2006, ministre des Affaires étrangères en 2008. Une expérience qui le différencie d’autres politiciens, comme Donald Trump, auquel il est parfois comparé.

Néanmoins, il a tenu des positions qui le démarquaient du reste des conservateurs. Ainsi, il fut l’un des rares membres du parti à être ouvert à la légalisation de la consommation de la marijuana. Il a aussi exprimé son rejet du plan de sauvetage de l’automobile de 2008 décidé par son propre camp.

Sa défaite lors de l’élection à la présidence du Parti conservateur en 2017 face à Andrew Scheer l’amène à quitter le parti et à fonder le PPC en 2018. Il justifia son choix de la manière suivante dans le Financial Post :

« Pour comprendre mes véritables motivations, les gens qui me critiquent devraient s’informer sur la « théorie des choix publics ». Développée par James Buchanan, qui a remporté le prix Nobel d’économie en 1986, elle explique comment les groupes d’intérêts prennent en otage les débats politiques et les politiciens pour en tirer d’énormes bénéfices sous forme de subventions, de protection commerciale, de privilèges fiscaux ou juridiques et de mesures réglementaires qui leur sont favorables. »

La plateforme du parti permet de prendre connaissance du programme dont la plupart des points apparaissent être des positions libérales. Par exemple :

En matière de liberté d’expression :

« Limitera la définition des propos haineux dans le Code criminel à ceux qui préconisent explicitement le recours à la force contre des groupes identifiables ou des personnes en fonction de critères protégés tels que la religion, la race, l’origine ethnique, le sexe ou l’orientation sexuelle. » « Veillera à ce que les Canadiens puissent exercer pleinement leur liberté de conscience conformément à la Charte et ne fassent pas l’objet de discrimination en raison de leurs convictions morales. »

En matière d’économie :

« Éliminera toutes les subventions aux entreprises et autres interventions gouvernementales inefficaces… Supprimera progressivement au cours d’un mandat l’impôt des particuliers sur les gains en capital en réduisant le taux d’inclusion de 50 % à 0 % »

Une position anti-restrictions dans la crise sanitaire

Comme le précise Martin Masse, porte-parole du PPC, la liberté la plus importante actuellement est :

 » la liberté de vivre normalement, d’avoir accès à tous les endroits et les services privés et publics auxquels nous avions accès il y a deux ans, et de ne pas subir de discrimination sur la base d’une décision personnelle de recevoir ou non un vaccin.

La première chose que nous ferions si nous étions élus serait de mettre fin à toutes les mesures visant à encourager les provinces à adopter des confinements, passeports vaccinaux et autres mesures qui empirent la situation. »

De plus, il décrit l’approche de Maxime Bernier et du parti pris sur la crise sanitaire comme :

« Une approche rationnelle et fondée sur la science de la pandémie qui met l’accent sur la protection des plus vulnérables, garantit la liberté des Canadiens de prendre des décisions fondées sur un consentement éclairé, et rejette la coercition et la discrimination. »

Le choix du populisme par Maxime Bernier : une stratégie à démontrer

Néanmoins, plusieurs points du programme nuancent le libéralisme de Bernier. Le choix du populisme pousse des gens de divers horizons à se rallier au PPC. Une situation donnant du grain à moudre aux médias qui lui sont hostiles.

Partisan d’un « populisme intelligent », Maxime Bernier n’hésite pas à utiliser un discours très direct qui tend à choquer une partie de la classe politique et médiatique canadienne. Si ses propos passeraient pour modérés en France et aux États-Unis, la mentalité canadienne est différente.

Pour Martin Masse :

« Notre approche populiste est ‘intelligente’ dans le sens où il ne s’agit pas simplement de rejeter l’élitisme, de réagir contre les consensus des élites et de promouvoir n’importe quelle idée populaire qui nous ferait gagner des appuis au sein de la population. Dans l’histoire, plusieurs politiciens populistes ont adopté des politiques autoritaires, étatistes et interventionnistes sur le plan économique qui étaient populaires mais se sont avérées désastreuses. Nous ne versons pas dans la démagogie. Nous tentons aussi d’informer nos supporters. Nous n’allons pas adopter n’importe quelle idée. « 

Mais c’est la position sur l’immigration qui sera la plus débattable. Le PPC souhaite réduire l’immigration légale :

« la réduire considérablement et nous concentrer sur une immigration qui sert d’abord les intérêts économiques du Canada, tout en nous assurant que les immigrants seront mieux intégrés à la société. « 

Martin Masse épingle la politique du Premier ministre Trudeau en la matière :

 » La logique post-nationale de Trudeau est de voir le Canada comme une collection de tribus ethniques dépendantes de l’État et vivant côte à côte dans des ghettos, sans culture ni valeurs communes. Il se sert aussi de l’immigration pour des raisons électorales, parce que les immigrants ont plus tendance à voter pour son Parti libéral. »

Reste à savoir si cette politique sera applicable dans un pays qui est une destination d’immigration importante.

Certes, toutes ces idées sont des propositions électorales. L’avenir nous dira si elles permettent à Maxime Bernier et au PPC d’être des forces politiques sur lesquelles il faudra compter.

 

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