Le Moi-Soleil : un culte du soi nihiliste

Le Moi-Soleil, démiurge de lui-même, est condamné à l’insatisfaction, à la souffrance, et aux aberrations .
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Le Moi-Soleil : un culte du soi nihiliste

Publié le 12 septembre 2021
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Par Drieu Godefridi.

Qu’ont en commun le woke qui considère ses émotions comme des arguments — « Tu m’offenses ! Tais-toi ! » — et l’antivaxx — 20 % des Américains se définissent comme tels — qui exige que l’on respecte son opinion, même contre-factuelle, même basée sur des arguments démontrés faux, car telle est sa souveraine opinion et on a quand même le droit d’avoir une opinion ?!

De prime abord, pas grand-chose, surtout que le woke soutient des idées fort à gauche, tandis que l’antivax se recrute souvent parmi les populations les plus à  droite du spectre politique !

Pourtant, à y regarder de près, on assiste dans les deux cas à la même radicalisation du Moi, ce moi qui ne souffre plus guère la contradiction, que ce soit au nom de ses émotions ou de ses opinions.

Au-delà du woke et de l’antivax, peut-on généraliser le propos ? Discernera-t-on, dans le bruit et le grand fracas des réseaux sociaux, une structure, des récurrences et comme une nouvelle ontologie ?

J’en formule l’hypothèse. Je soutiens que nous contemplons l’exaspération d’un mode d’être, d’une ontologie née au XXe siècle — le Moi souverain — qui récuse toute hiérarchie et se révolte face à la contrainte, quelle qu’en soit la nature — sociale, familiale, interpersonnelle, biologique — pour affirmer le primat, la monarchie absolue du Soi. Ma thèse est forte, elle est donc aisément réfutable.

Le développement de la civilisation des hiérarchies

Depuis le surgissement d’homo sapiens, l’homme a connu trois cent mille ans de nécessité. On l’oublie volontiers, juchés sur notre promontoire d’abondance, parce que l’histoire n’intéresse plus personne, mais notre aisance est à l’échelle des siècles un miracle, un prodige minuscule dans son empire temporel, et récent. L’abondance n’a rien de naturel. La nature se fiche de l’homme comme d’une guigne ; ce qui est  naturel, pour l’homme, est la précarité, la subsistance, le struggle for life brutal et darwinien.

Dans sa magistrale Histoire de l’Europe, Henri Pirenne rappelle que la féodalité n’est pas née d’un esprit abstrait ou de la malfaisance des seigneurs ; la féodalité est fille de la nécessité. Prise dans l’étau des doubles invasions, scandinaves au nord et islamiques au sud, l’Europe économique des VIIIe et IXe siècles se brise, et sa démographie s’effondre.

Bientôt, l’Europe n’est plus qu’une complainte, un grand manteau de misère. Les échanges s’arrêtent ; il n’y a plus de monnaie, partout s’immiscent la violence, le meurtre, la rapine et la peur. On voit s’abriter dans ce qui fut le cirque romain (à Nîmes) ou l’ancien palais impérial (à Trèves) les lambeaux de cités qui furent romaines puis carolingiennes.

Les guerres privées et vendettas familiales qui saccagent l’Europe ne sont guère embarrassées que par les « paix de Dieu » décrétées par l’Église, seule institution subsistant dans les décombres de la civilisation. Il n’est pas jusqu’au pape Léon qui, à Rome, pourtant mieux préservée, ne dût se résoudre à enclore les parties habitées de la rive gauche du Tibre pour préserver son résidu de population, transformant en forteresse ce qui n’était que le tombeau de l’empereur Hadrien.

Comment ces masses anéanties auraient-elles pu ne pas se tourner, pour implorer leur protection, vers les seigneurs dont persistent les domaines, les potentats locaux et autres chefs de guerre ? Sur les ruines de l’État carolingien, dans le terreau de la nécessité, éclot la féodalité : je suis ton obligé, tu protèges les miens. L’idéologie est un luxe ; quand on a faim, on n’a pas d’idées.

Au XIXe siècle s’associent en Occident, partis par dessein, surtout par hasard, deux instruments neufs : la démocratie libérale et le progrès technique appuyé sur la recherche scientifique. Contrairement à la légende, les siècles précédents ne sont pas exempts de progrès techniques. En tant que purement techniques — ne s’appuyant pas sur la recherche scientifique — ces progrès bien réels ne furent pourtant que ponctuels, non cumulatifs. Motif par lequel le progrès technique avant le XIXe siècle paraît si anecdotique. Ingénieux bricolages !

Par la mise en résonance de la démocratie libérale et du progrès technique, le XIXe siècle émancipe l’Homme de sa « seconde nature » : l’indigence, la pression, la dépendance personnelle, l’angoisse du lendemain. Croissent les populations européennes dans des proportions inconnues jusqu’ores. Partout, la faim recule à mesure que monte la divine marée de l’abondance.

Quand les flots de la prospérité commencèrent à lui chatouiller les doigts de pied, l’individu entreprit de secouer le joug des hiérarchies consubstantielles à l’état d’avant. C’est ainsi qu’advint celui que Ortega y Gasset nomme l’homme-masse ou « homme-moyen »[1. La révolte des masses, 1926. L’homme-moyen du XXe siècle, explique Ortega, « a les ‘idées’ les plus arrêtées sur tout ce qui arrive et sur tout ce qui doit arriver dans l’univers ».] , qui n’a de cesse de lutter contre les contraintes héritées des siècles et pour qui l’idée de noblesse, désormais odieuse, n’évoque que la figure dégénérée de l’aristocrate français en 1789 [2. Faible et pusillanime, le gentilhomme de France revendique hautement des privilèges qu’il sait dépassés, pourtant s’y cramponne, en attente de son expulsion par l’histoire. Qu’on leur coupe la tête ! Précurseur de la terreur en politique, la révolution de 1789 l’est encore du rejet de toute hiérarchie héritée — mais elle venait trop tôt, car les hommes vivaient encore dans la pénurie.] . À cet Icare, la noblesse est devenue impensable.

La Première Guerre mondiale est le chant du cygne de la civilisation des hiérarchies. Le poilu ne meurt pas pour des idéologies, ses idées ou ses opinions ; il meurt en servant des transcendances séculaires ; il monte au front sur la foi d’enchevêtrements diplomatiques et politiques westphaliens qui le dépassent et auxquels personne n’a songé à le convier.

Le XXe siècle et la croissance du Moi-Soleil

Dès 1918, s’affirme le Moi souverain ; le monde d’avant n’existe plus ; il est dévasté et il n’en reste rien. On soutiendra qu’il est mort par ses hiérarchies, leur brouillamini. Dans cette aube ontologique émerge le Moi, l’individu-solaire, ce bâtisseur de mondes qui s’y active sans délai. Pourtant, l’expulsion de toute tradition, la rupture de tous les contrats [3. Nietzsche, La volonté de puissance, livre IV, 3.], aussi violente et furieuse fut-elle, est encore imparfaite. Renverser les hiérarchies, les détruire, anéantir le passé, soit ! Mais, après ? On songe immanquablement au triptyque nietzschéen. S’étant affranchi du joug d’autrui, le chameau se fait lion : il veut, désormais sa volonté sera la matrice et l’emblème de son existence, et malheur à celui qui se dressera sur son chemin avec des exigences périmées ! Mais le lion n’est pas encore un enfant ; sa volonté n’est que le décalque du collier de servitude. Elle sonne creux. L’homme-moyen du XXe siècle va se donner des idéologies, certes, mais pour s’en abriter. Mariant sa volonté toute-puissante à celle de ses semblables, il lancera sur le monde ses colonnes infernales.

National-socialisme, communisme et fascisme sont des idéologies de la volonté de puissance [4. On a souvent nié la proximité doctrinale de Nietzsche, pourfendeur au XIXe siècle de deux mille cinq cent années de hiérarchies héritées, et du national-socialisme, Triumph des Willens au XXe siècle. Laissons ce débat aux experts, car il ne peut être tranché, mais relevons que pour son soixantième anniversaire, en 1943, Benito Mussolini fut ému de recevoir de Adolf Hitler les vingt-quatre volumes des œuvres complètes de Friedrich Nietzsche (Rachele Mussolini, Ma vie avec Benito, 1948, p. 194).], qui tiennent le passé pour une insulte ; des entreprises collectives de destruction. Fossoyeurs des hiérarchies héritées, Hitler et Mussolini n’eurent de cesse d’accabler de haine et de mépris ces traditions — aristocratie, bourgeoisie, Église [5. L’Église, « plus vieille des formes politiques européennes » : Nietzsche, La volonté de puissance, livre II, 495.], morale, droit, « pouvoirs intermédiaires » — dont ils moquent la péremption face à l’Homme-nouveau du Neuordnung ![6. On retrouve, de nos jours, la même prétention dans le chef du régime chinois ; et la même crédulité béate dans le chef d’un grand nombre d’intellectuels occidentaux.] Pour Marx, il n’y a de hiérarchie que féodale et ce sont les élites capitalistes et bourgeoises venues s’y substituer, sorties toutes mouillées des eaux glacées du calcul égoïste, qu’il faut à présent abolir. La Volksräche dont Marx fait l’éloge ne doit connaître ni répit ni limite, car il faut lessiver la société des souillures du passé.

Implosent en 1945, puis 1989, les idéologies de la volonté pure. Demeure le Moi-Soleil. Eh quoi, reviendra-t-on à la féodalité, sa « paysannerie agenouillée » [7. G. Duby, Le temps des cathédrales, 46.], ces sottes subordinations et transcendances que plus aucun besoin ne justifie ?

Sur la nature des idéologies au XXIe siècle règne une grande confusion. Tandis qu’à gauche on voit partout renaître la menace d’un fascisme pourtant inexistant, à droite tout est marxisme. Ainsi l’écologisme ne serait-il qu’une sorte de marxisme vert — la métaphore de la pastèque — et l’idéologie woke ne serait qu’une novation de l’École marxiste de Francfort.

La fin des idéologies et le culte du Moi-Soleil

Les idéologies du XXIe siècle ont leur identité ; elles ne sont ni le fascisme ni le marxisme [8. On ne sache pas que le matérialisme dialectique fasse la Une des journaux de gauche ; que les états-majors des partis de gauche se préparent activement à la dictature du prolétariat ; que la réconciliation de l’individu avec son être générique soit le nouvel horizon de la gauche occidentale. Ah mais, nous dit le Moi-Soleil qui philosophe, c’est parce que le marxisme contemporain est seulement culturel. Étrange idée que ce marxisme culturel qui servirait d’étai à des politiques — telles la perpétuation de l’économie de marché —antithétiques de la doctrine marxiste.] ; leur structure est originale et distincte de leurs devancières. Domine, à  droite, un conservatisme modéré, plutôt sur la défensive, qui renonce à fixer quelque limite que ce soit à l’empire de l’État et se range le plus souvent aux revendications de la gauche, notamment dans les matières dites éthiques (avortement, euthanasie, mariage homosexuel, primauté du sexe culturel, idéologie du genre). À gauche, l’idéologie woke, l’écologisme et les variantes contemporaines de la social-démocratie se laissent assembler sous la bannière du « real-libertarianisme d’extrême gauche » (Philippe Van Parijs) [9. Qu’est-ce qu’une société juste ? 1991.], plus simplement libéralisme d’extrême gauche, ou progressisme.

La caractéristique prépondérante des idéologies du XXIe siècle est de n’en avoir aucune. Quelle est la grande idée du marxisme ? L’abolition de la propriété privée ! Du national-socialisme ? La suprématie de la race aryenne. Du fascisme ? « Tout dans l’État, rien contre l’État, rien hors de l’État » ! Quelle est la principale revendication, l’objectif et l’ultima ratio de l’idéologie woke ? On serait bien en peine de le deviner. L’horizon de l’idéologie politique écologiste, son objectif final, sa structure théorique ? Bien malin qui pourrait le dire. Quelle est la grande idée de ce conservatisme béant sur sa gauche ? Il n’y en a pas, sauf à considérer la gestion opportuniste des affaires courantes comme une idée.

C’est que les idéologies du XXIe siècle doivent se concilier ce Moi « plein de lui-même tel un joli petit paquet » (William Thackeray). Le Moi du XXIe siècle ne se contente pas de récuser et refuser toute espèce de hiérarchie héritée — dont il pourchasse inlassablement jusqu’au dernier vestige dans le droit, la morale, la langue et jusqu’à la biologie [10. On n’aurait jamais imaginé, avant Judith Butler, qu’un homme biologique se revendique femme, même sans aucune intervention chirurgicale ni hormonale, et exige d’être traité et nommé comme femme, jusqu’à participer à des compétitions sportives féminines, accéder aux vestiaires et toilettes pour femmes, si le désir — souverain car n’étant soumis à aucune condition — lui en prend. Cette négation de la biologie au profit de la culture signe l’une des plus éclatantes réalisations du Moi-Soleil au XXIe siècle.] — il se revendique seigneur et maître de son univers, si et quand le fantasme lui en prend. L’enfant nietzschéen ne connaît ni ne reconnaît d’autres hiérarchies, toujours révocables, que celles dont il est l’auteur.

C’est pourquoi je soutiens que les idéologies du XXIe siècle, dans leur pauvreté doctrinale, leur souplesse et leur éticité théorique, ne sont que des figures du Moi-Soleil ; son reflet idéel, jusque dans leurs fluctuations [11.Les idéologies du XXIe siècle apparaissent, de ce point de vue, comme de modestes agrégateurs opportunistes d’opinions, toujours révocables et mouvantes. Le progressisme  n’avance jamais que vers la pureté et la perfection de l’Un.]. Le polymorphisme des idéologies du XXIe siècle est à l’image de l’enfant capricieux qu’elles doivent se concilier.

Entendons-nous, cet enfant de la civilisation, qui en ignore les causes ; ce Moi-Soleil héritier sans le savoir, qui se figure que la liberté et l’abondance sont naturelles, ne mérite aucun mépris et n’est en rien stupide ; il se trouve mieux formé et à maints égards plus savant qu’aucune génération précédente. Toutefois, son jugement s’étend au-delà du champ de ses connaissances, car il est sans limites et porte sur des choses qu’il ne conçoit qu’avec « obscurité et confusion. » [12. Descartes, Méditations métaphysiques, quatrième méditation.] Opinionated est un mot anglais sans équivalent français. Le monarque de lui-même est opinionated sur tout et constamment. Motif par lequel sa catégorie-reine est l’amalgame, qui lui permet de légiférer sur les choses qu’il ne comprend pas au départ de celles qui lui sont vaguement familières. Il exige le respect de son opinion, non en vertu de son contenu, de sa rationalité ou par les motifs dont il la soutient — mais parce qu’elle est son opinion. Le Moi-Soleil refuse expressément de soumettre son opinion et son émotion à la censure de l’analyse rationnelle, car il sent la menace [13. L’opinion qui refuse de se soumettre à la raison n’est bien entendu, en toute rigueur analytique, qu’une filiale de l’émotion.]. Magnanime, Louis XIV ira régulièrement quérir l’aval de sa Cour, dont les petits cœurs le conforteront dans la perfection de la Sainte-Opinion.

Bien sûr, le débat public qui mobilise des émotions comme arguments, et des opinions qui ne souffrent aucune justification, sans la reconnaissance de normes extérieures qui permettent de trancher la contradiction, un tel débat n’est qu’une figure de la violence [14. J. Habermas, De l’éthique de la discussion.] ; sa généralisation, une modalité de la barbarie. Ne nous leurrons pas. [15. La crise de la représentation souvent diagnostiquée dans nos démocraties n’est pas seulement ni principalement le fait d’élites qui auraient tourné le dos au peuple. Depuis l’abolition du vote par correspondance (1975, en France), ces élites sont élues, en la plupart des pays européens, dans des conditions de régularité irréprochables. Par conséquent, elles représentent le peuple — collection d’Unités souveraines — aussi parfaitement qu’il est possible de le faire en démocratie. Toutefois, le Moi-Soleil ne souffre, par définition, aucune représentation. L’idée d’une volonté souveraine qui serait « représentée » est une contradiction dans les termes. Sitôt élus, dès qu’ils prennent une décision ou attitude qui disconvient à l’opinion du Moi-Soleil, ses représentants sont rejetés, moqués, vilipendés, haïs, menacés. La représentation est contraire à l’essence de la posture intellectuelle et psychique du Moi-régnant.]

Ce nonobstant, rien n’arrêtera le nouvel Adam dans sa course offusquée vers le plein accomplissement de son opinion panoramique. Le Moi-Soleil est le tyran du siècle. Personne ne fera renaître les allégeances et transcendances du passé ; aucune idéologie, nulle concentration de pouvoir, aussi remarquable fût-elle, n’y suffirait. Car on ne fait jamais revenir le passé, pas plus qu’on ne peut le nier. Déjà, la technique offre à l’Un-régnant d’augmenter ses capacités — si c’est encore possible — qui le lui refusera ?

Le Moi-Soleil, démiurge de lui-même, est condamné à l’insatisfaction, à la souffrance, aux aberrations des âmes sans passé qui n’en veulent rien connaître. [16. Comme au XXe siècle, le risque est réel de voir le Moi-Soleil redonner son assentiment, quand le bateau de la civilisation commencera à tanguer, à des idéologies collectivistes. Car s’il est vociférant, le Moi-Soleil est aussi par définition très seul, comme le sont tous les architectes d’univers.]

 

Son hypertrophie causera sa chute. Car même si l’on augmente à l’infini ses capacités, même si la technique lui promet l’immortalité d’un dieu grec, le Moi-Soleil ne sera jamais qu’un mauvais infini au sens hégélien : l’infinité d’un être limité et imparfait, qui ne trouve son sens qu’en dehors de lui-même. En somme, un homme.

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  • Excellent article issu d’une analyse fine de nos contemporains. La référence à Ortega y Gasset me réjouit

  • Les anti-libéraux qui liront ceci en diagonale ne vont pas voir le point capital, trois paragraphes avant la fin : « Entendons-nous, cet enfant de la civilisation, qui en ignore les causes  (…) ». C’est là que se trouve une partie de ce qui pervertit l’homme et le transforme en « moi-soleil », à savoir son manque d’esprit scientifique (ignorance) et son manque d’objectivité qui le rend sujet à n’importe quel propagande pourvu qu’elle aille dans le sens qui lui convient.

    Le jour où on aura des citoyens avec un minimum de formation scientifique et un minimum d’objectivité, la société aura fait un grand pas.

    Enfin Monsieur Godefridi n’aborde pas un point important de la problématique : une autre raison du succès du moi-soleil est que ce n’est pas lui qui paiera la facture de ses errements. Notre société est toujours prête à excuser les comportements aberrants et irresponsables.

  • Article extrêmement décevant, enchaînant concepts abstraits détachés de toute réalité dans un pseudo raisonnement qui n’en est plus pour finir par confiner à l’absurde.
    Le tyran n’est pas celui qui exige le respect de son opinion mais celui qui impose sa volonté par la force. Les choix aberrants ne peuvent être faits que par ce dernier, car lui seul peut s’exonérer d’une partie des conséquences de ses choix (il reste malgré tout mortel) en les faisant supporter par ceux sur qui il exerce sa contrainte.
    Loin d’être un moi-soleil, l’homme moderne sans pouvoir est soumis à d’innombrables contraintes de la part ce ceux qui en ont. Le concept ne peut que s’appliquer à l’élite, ce qui n’a rien de nouveau.

  • Quel goubli-bougla ! Raccourcis historiques, approximations, interprétations hasardeuses de la pensée d’autrui (Ortega-y-Gasset), conséquences mises avant des causes (dire que le système féodal existait parce que les paysans en avaient besoin c’est comme expliquer la lumière par la photosynthèse, ou, comme me disait mon vieux prof de philo, expliquer le génie de Bach par les mécanismes du pianoforte…). Rien que pour faire du « moi soleil » – joli jeu de mot au passage, la seule chose à sauver dans tout l’article ? – une ontologie née au XXI° siècle, il faut avoir une connaissance limitée du passé ! C’est une pensée qui traverse l »histoire de l’humanité – est-ce qe j’existe pour moi en tant que tel ou dans mon seul rapport aux autres ? Le qui suis-je qui fonde toute réflexion philosophique (le romantisme en est une apogée, les Lumières aussi, et le protestantisme d’une certaine manière et le catholicisme avant lui d’une autre. Ne parlons pas de Platon, ni de Kant, Spinoza, Nietzsche, Schopenhauer, etc…). Notre époque apparaît à cette aune au contraire comme particulièrement moutonnière. Nous sommes dans l’ère du troupeau, le règne de la quantité (cf Guénon) et certainement pas dans celui de l’affirmation du moi et de l’individualité. Mais c’est sans doute une des grandes réussites des idéologies de tout temps de faire croire au pékin moyen qu’il s’affirme alors qu’il ne fait qu’ânonner. Quand aux périodes d’abondance et de sécurité, elles ont alterné avec celles de disettes et de fragilités au cours des siècles, et les crises actuelles nous rappellent à quel point notre soit-disant bien-être est lui-même momentanée. Désolant de voir la pensée libérale tomber si bas. Comme disait l’autre : « protégez moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge. »

  • Très jolie analyse. Peu réjouissante mais c’est ainsi.

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