Nucléaire : une énergie sans couleur politique

Le nucléaire n’a peut-être pas de couleur, mais les positions antinucléaires de nos responsables politiques français sont plus que critiquables.
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Nucléaire : une énergie sans couleur politique

Publié le 24 septembre 2021
- A +

Par Michel Gay.

« Le nucléaire n’appartient à aucun parti et n’a pas de couleur politique » clame dans Le Point, la porte-parole de La République en Marche (LREM), Maud Bregeon. La production d’électricité nucléaire décarbonée est même « une chance pour la France » comme l’a de nouveau souligné le Président de la République en juillet 2021 après son discours au Creusot en décembre 2020.

Nucléaire ou EnR : il faut choisir

Dans l’intérêt supérieur de la France, tout responsable politique devrait s’attacher à défendre l’industrie nucléaire française alors que les prochaines années seront décisives pour le renouveau de la filière.

Cette tribune de Maud Bregeon écrite sous l’étendard de LREM pourrait presque faire croire que le Président Emmanuel Macron se positionne comme chef de file pour défendre le patrimoine industriel nucléaire dans la campagne présidentielle qui se profile déjà.

Mais alors :

— Pourquoi ce même Président de la République n’a-t-il pas engagé « en même temps » son gouvernement à revenir sur la loi dite de transition énergétique (LTECV) engagée par la majorité politique précédente (dans laquelle il était le ministre des Finances) et qui limite la puissance nucléaire installée ?

— Pourquoi a-t-il laissé fermer la centrale de Fessenheim produisant annuellement plus de 10 milliards de kWh décarbonés et pilotables sans aucune justification technique, économique ou de sûreté ?

— Pourquoi nomme-t-il des ministres antinucléaires (la énième étant Barbara Pompili) à la tête du ministère de l’Écologie toujours responsable de l’énergie, et donc aussi du nucléaire ?

— Pourquoi a-t-il propulsé l’antinucléaire Pascal Canfin en tête de sa liste aux élections européennes, puis à la présidence de la Commission environnement du Parlement européen ? Ce dernier déclare pourtant, contre les intérêts de la France, que le nucléaire ne sera jamais considéré comme une énergie verte ?

— Pourquoi repousse-t-il sans cesse la décision de construire de nouvelles centrales ?

— Pourquoi a-t-il enterré le projet de quatrième génération de réacteurs nucléaires (ASTRID) ?

— Pourquoi s’entête-t-il à sous-estimer les besoins futurs de la consommation d’électricité (estimés à 650 TWh en 2050) alors que les académies des sciences, des technologies, et, récemment, le directeur général de l’énergie et du climat (Laurent Michel, DGEC au sein du ministère de l’Écologie) disent que ce chiffre est notoirement insuffisant ?

Les discours de La France Insoumise (LFI) et des partis écologistes (EELV) sont clairement antinucléaires, mais LREM pourrait balayer devant sa porte…

Le nucléaire a le vent en poupe

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a dernièrement relevé ses projections de production mondiale d’électricité nucléaire. Elle prévoit désormais un doublement de la puissance nucléaire installée d’ici à 2050 dans le scénario le plus favorable. Dans son hypothèse haute, elle table sur une capacité de production de l’énergie nucléaire de 792 gigawatts (GW) en 2050, contre 393 GW l’an dernier. Elle misait auparavant sur 715 GW.

« Cette amélioration des perspectives ne marque pas encore une nouvelle tendance, mais elle survient alors que le monde veut s’éloigner des énergies fossiles pour lutter contre le changement climatique ».

Dans son rapport, le directeur général de l’AIEA (Rafael Grossi) indique « une sensibilisation croissante au fait que l’énergie nucléaire est absolument vitale dans nos efforts pour combattre le réchauffement climatique ».

L’industrie nucléaire s’intéresse aujourd’hui également aux petits réacteurs modulaires ou SMR (small modular reactors) et aux réacteurs de quatrième génération utilisant 100 fois mieux l’uranium (qui devient durable et disponible pour des milliers d’années), et dont l’un des objectifs est de minimiser les déchets.

En 2020, l’énergie nucléaire a fourni environ 10 % de l’électricité mondiale (autant que l’hydraulique), contre encore 37 % pour le charbon.

Complémentarité ou supercherie ?

Nicolas Couderc, directeur France « d’EDF Renouvelables » critique les débats nationaux sur le mix énergétique dans « Vivre EDF l’hebdo » du 17 septembre 2021, et plaide pour la « complémentarité des moyens de production bas carbone ». Il renforce ainsi paradoxalement la conviction des écologistes antinucléaires sur les bienfaits des énergies intermittentes du vent et du soleil. Il est surprenant de voir comment la fonction crée l’organe contre les propres intérêts de la maison mère EDF.

Cette pseudo « complémentarité des moyens de production bas carbone » peut parfois se révéler judicieuse dans des pays qui produisent leur électricité majoritairement avec du gaz et du charbon comme l’Allemagne ou la Pologne. L’introduction d’éolien et de solaire intermittents diminue alors les émissions de CO2. Mais ces productions erratiques conduisent toutefois à une impasse, les productions aléatoirement variables et intermittentes d’électricité ne pouvant pas dépasser 40 % du mix pour la stabilité du réseau.

Mais pour la France, qu’apporterait donc le solaire et l’éolien à un parc déjà décarboné par le nucléaire et l’hydraulique ?

Au contraire, ces deux moyens se révèlent nuisibles. Leurs productions subventionnées reviennent de plus en plus cher, réduisent l’indépendance énergétique de la France et déséquilibrent sa balance commerciale, les éoliennes étant importées des pays européens voisins et les panneaux photovoltaïques provenant essentiellement de Chine.

Et l’argument éculé de la « diversification du mix » est de la poudre aux yeux pour ceux qui n’ont pas compris que la fiabilité d’une production ne s’améliore pas en la remplaçant, même partiellement, par une autre moins fiable…

Quel intérêt ?

Le seul intérêt potentiel dérisoire (et illusoire ?) des éoliennes et des panneaux solaires serait qu’EDF se « fasse la main » en France afin de pouvoir ensuite vendre cette technique subventionnée à l’international, là où les bénéfices sont juteux afin de les réinvestir ensuite dans le nucléaire en France.

Mais l’Union européenne antinucléaire en est consciente. C’est même la raison pour laquelle elle voudrait séparer la partie « Verte » de la partie « Bleue » de la gouvernance d’EDF afin d’interdire des subventions croisées.

L’objectif caché étant de faire enfin exploser EDF qui fait de l’ombre aux autres concurrents européens !

Le nucléaire n’a peut-être pas de couleur, mais dans le domaine de l’énergie les positions de nos responsables politiques français sont plus que critiquables face aux manœuvres de l’Allemagne et de l’UE pour détruire EDF, un concurrent européen « trop performant » grâce à ses centrales nucléaires.

 

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  • Je vous rappelle que le président est élu, pas compétent ,intellectuellement honnête ou je ne sais quoi.

    Education nationale, sécu… les gens ont appris à « respecter » sinon à refuser de penser hors cadre.

    Pourquoi la production électrique doit être contrôlée par l’état? parce que c’est « important? vital? essentiel comme dirait l’autre? un droit????? car il faut faire en sorte que les prix soient bas? pour de l’egalitarisme territorial? social? pour de l’indépendances? ou parce quels gens n’arrivent plus à concevoir un réseau de distribution autrement que « centralisé »?

    et cessez donc de me parler de climat.. comme si vous me refusiez l’idée de m’en foutre.. sinon de penser que l’idée d’un consensus sur un « bon climat ou climat acceptable fait sens..comme si vous me refusiez l’opinion pourtant simple que si les gens veulent se passer d’emettre du CO2 , ils PEUVENT faire ce choix..individuellement.

    et si un gouvernement veut émettre moins de CO2 il lui suffit de l’interdire ou le taxer, pas de décider du mode de vie des gens..

    les verts n’ont jamais boycotté l’électricité, les verts n’ont jamais boycotté l’essence..mais il faut bien dire qu’effectivemenet nul n’a le choix de le faire… en premier lieu on doit reconnaitre qu’un système centralisé permet la critique déraisonnable… il empêche de voir la déraison, ou plus simplement demettre en action la responsabilité des choix devant leur choix.

    Vous êtes dans un impasse, .vous n’avez pas d’autre choix que de dire qu’un gouvernement non pro nucleaire est » illégitime »..ça ressemble furieusement aux opposants étatistes de trump..

    quand c’est contrôlé par l’etat ça devient TOUJOURS idéologique.

    • @ Jaques
      La difficulté avec l’électricité c’est que le réseau de distribution est nécessairement partagé car placer autant de réseaux que de fournisseurs serait désastreux à tous points de vue. Garantir la fourniture électrique 365/365 emmène d’autres spécificités.

      Organiser une vraie concurrence avec une vraie relation client fournisseur dans ces conditions est assez compliqué. ( La situation actuelle est un véritable foutoir, une farce ou la concurrence n’est que virtuelle. Le bilan: plus personne ne construit de centrales et au final les pénuries pointent leur nez…)

      Bien que dans son ensemble le système libéral est supérieur au système collectif, il y a des cas de figure ou c’est moins évident, l’électricité en fait partie.
      L’art dans ce cas est d’éviter les dérives monopolistiques. Dans ce domaine EDF avait partiellement limité la casse en sous traitant à peu prés tout.

      Factuellement, la « libéralisation » actuelle conduit à une baisse de qualité et une hausse de la pollution et des couts, soit exactement l’inverse des buts recherchés.

      • non pas désastreux plus couteux…voire beaucoup plus couteux…

        vous pourriez aussi bien expliquer aux gens que c’est plus couteux d’avoir différents type de voitures. que deux boulangers dans le village c’est deux fours..

        et la fiabilité ça a aussi un cout…

        non il ya une approche libérale..

      • Une solution libérale: conserver le réseau aux mains de l’état, mais privatiser tous les moyens de production. La règle: chaque producteur doit produire à l’instant t la consommation de ses clients à cet instant t. S’il en produit moins, alors la différence lui est facturée au prix du marché à l’instant t. S’il en produit plus, il peut la vendre (si c’était prévu d’avance), récupérer de l’argent si cette production compense celle d’un autre (mécanisme ci dessus), et sinon la production est perdue. Si un client n’est pas fourni à cause d’un black out partiel, le client doit pouvoir réclamer dédommagement.
        Le réseau est financé par une taxe sur les abonnements (inutile de l’inventer, elle existe déjà…).
        Pour éviter une affaire comme celle au Texas, les contrats au prix du marché peuvent proposer par défaut une coupure lorsqu’un prix maximum défini a été atteint.
        Ce n’est pas parfait car les fournisseurs vont essayer de profiter du réseau gratuit pour construire dans des lieux moins cher, et il faudrait un mécanisme pour compter les pertes en lignes.

        • Je suis d’accord avec vous mais avec quelques bémols:

          1) le cout réel du réseau est assez énorme, le financer par l’abonnement va finalement ramener a ce qu’on a déjà, une facture TTC composée pour l’essentiel d’étatique.

          2) Si on applique ça sans compensation , EDF vont éliminer tous leurs concurrents car leur outil est bien plus performant, surtout si on taxe les GES.

          3) Les investissements lourds ( barrage, centrale nucléaire) nécessaire à la production à bas cout se rentabilisent sur le très long terme ne peuvent être financés par l’emprunt, ce qui exclu la naissance de nouveaux concurrents, base du système libéral.

          • 1)Si le cout du réseau représente la majeure partie du cout de l’électricité, alors c’est qu’on a un vrai problème. Cela signifie qu’un grand réseau n’est pas optimal. Si c’est le cas, c’est un argument massue en faveur de l’autoconsommation…
            2) On aurait un EDF exceptionnellement bon? Si c’est le cas, j’en suis content, qu’il écrase la concurrence en faisant baisser les prix. La concurrence n’est qu’un moyen pour pousser les entreprises à apporter un meilleur service moins cher. Sans protection, le monopole d’EDF ne peut être éternel.
            3)Les investissements lourds sont plus bloqués par l’état que par le manque d’argent. Emprunter 1MM€ sur 50 ans c’est possible avec le système bancaire actuel. Par contre construire une centrale nucléaire contre l’avis de l’état, ça c’est vraiment impossible…

  • Acheter un groupe électrogène, dans ces conditions, est la meilleure option.

  • L’honnêteté serait de différencier les Coût du kW en fonction de sa production. Par exemple on pourrait demander à un client : de quelle Source d’énergie voulez vous avoir votre électricité ?
    Le kWh serait alors facturé en fonction de ce choix. Je pense que même les plus pastèques de nos écolos à 2 balles choisiraient le kWh nucléaire 4 fois moins cher et sans coupures.
    Quand il s’agit du porte monnaie des autres, on trouve plein d’écolos éoliens. Quand il s’agit de son argent personnel, alors là, tout change.
    Messieurs les fournisseurs d’électricité montrez de cette façon à nos dirigeants quelle Source d’énergie veut le peuple français !

    • mais comment fixez vous le prix??? non la logique est une logique d’offre et de demande;. vous ne pouvez pas compenser’ intermittent signifie parfois pas d’lectricté..

  • Acheter un groupe électrogène est effectivement « la solution ». c’est d’ailleurs celle utilisée massivement dans un grand pays riche en ressources fossiles et en potentiel hydroélectrique où la production d’électricité quasi étatisée est très peu fiable, le Nigeria.
    Après, il faudra pouvoir acheter du gazole ou de l’essence.
    La France a (avait) une bonne industrie des groupes électrogènes avec des sociétés comme SDMO, qui appartient désormais au groupe Kohler (US).
    Tout ça (déliquescence promise de la fourniture électrique et désindustrialisation) va dans le sens de notre transition vers un pays en voie de développement.

    • Remarque: si le pays s’enfonce, alors il ne sera jamais un « pays en voie de développement »

      • Ce qui me fait peur, c’est que tôt ou tard, malgré le génie humain et les ressources à dévouvrir, l’énergie fossile vienne à manquer. Dans une France qui aurait abandonné le nucléaire, qui se serait encore appauvrie et qui ne serait plus capable d’en construire…c’est criminel.

  • La norme ISO définit la Qualité d’un produit comme « l’ensemble des propriétés et caractéristiques qui lui confèrent l’aptitude à satisfaire les besoins des consommateurs ».
    L’énergie solaire et éolienne sont intermittentes, elles ne peuvent donc satisfaire la demande, car la probabilité que la météo varie comme la consommation est quasi nulle.
    Conclusions : ces énergies intermittentes sont de « mauvaise qualité », il est surprenant que Bruxelles encourage à subventionner la médiocrité et il n’est pas normal que l’on compare les coûts de produits (intermittents et pilotables) qui ne rendent pas du tout le même service.

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