Le problème, ce n’est pas d’être au chômage mais d’y rester 

Pour libérer l'accompagnement des demandeurs d'emploi, une solution serait le “Chèque de Retour vers l’Emploi” qui fonctionnerait comme le le chèque éducation.
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Le problème, ce n’est pas d’être au chômage mais d’y rester 

Publié le 25 septembre 2021
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Par Daniel Pigeon-Angelini.

Depuis 40 ans, les politiques publiques de l’emploi tentent en vain de lutter contre le chômage en essayant d’agir sur le nombre d’emplois. C’est oublier que le vrai drame du chômage c’est sa durée. Un demandeur d’emploi le reste en moyenne 390 jours ! Chaque semaine gagnée sur cette moyenne est une victoire contre la précarité… et un gain de plus d’un milliard d’euros pour la collectivité. Et si le (ou la) futur président libérait l’accompagnement des chômeurs ?

« Contre le chômage, on a tout essayé ».

Nous sommes le 25 octobre 1993, François Mitterrand intervient devant les Français. Il y a dix ans qu’il a pris le tournant de ce que l’on appelle alors la rigueur et les résultats ne sont pas au rendez-vous. Le constat est sévère, le nombre de chômeurs ne cesse de croître. Plus de 80 % d’augmentation depuis l’arrivée de son équipe en 1981. Il prononce alors cette phrase qui résume toute l’impuissance d’une classe politique qui avait cru que quelques mesures simples suffiraient et que prendre aux riches pour donner aux pauvres ferait redémarrer la machine économique. « Contre le chômage, on a tout essayé », c’est une capitulation : l’État providence dépose les armes devant le Général Chômage et la succession de crises économiques. 

Trente ans après, où en sommes-nous ?

Malgré les renoncements du vieux socialiste, l’État ne s’est jamais vraiment résolu à accepter son impuissance et continue d’essayer d’agir. Et tous les gouvernements se cassent les dents sur le sujet. François Hollande, en attendant une inversion de la courbe qui n’est jamais venue, en a été la dernière victime.  Pour sa part, Emmanuel Macron, avec la crise sanitaire et le « quoi qu’il en coûte », a dû boxer dans une tout autre catégorie… 

« Sauvons l’emploi ! » chantent en chœur politiques de gauche comme de droite à l’unisson des différents syndicats. Il n’y a pas un ministre de l’Économie qui ne vienne plastronner en venant expliquer qu’il faut sauver à coups de milliards l’emploi de tel ou tel site industriel. L’argent du contribuable vient ainsi régulièrement éponger les pertes de canards boiteux pour permettre aux grands groupes de délocaliser en gardant bonne conscience. 

Ça ne marche pas, mais l’État continue à faire semblant d’agir sur une variable qu’il ne maîtrise pas – ou si peu – puisque ce sont les entreprises, et elles seules, qui créent l’emploi. Il a pourtant tant à faire dans son domaine de compétence. 

Le problème, ce n’est pas d’être au chômage mais d’y rester 

Chaque mois, Pôle Emploi publie les chiffres du stock de demandeurs d’emploi.

Au 31 juillet 2021, il y a ainsi 3 261 780 demandeurs d’emploi de catégorie A (chômeurs à plein temps pour faire simple) et plus de 6 millions si l’on additionne tous ceux qui ont un petit boulot, une formation, etc.  Mais s’il y a un stock, il y a aussi un flux. Ce sont les deux faces d’une même réalité. Et augmenter le flux est tout aussi important que diminuer le stock. 

Pour mesurer ce flux, le chiffre le plus important est le nombre de jours moyen de durée du chômage. C’est étrangement une information plus confidentielle. Et pourtant… le problème n’est pas d’être au chômage, mais d’y rester, de s’y enkyster en perdant un peu chaque jour de son employablilité et de ses compétences. Cette durée atteint aujourd’hui 390 jours. Et encore, c’est une moyenne. Pour les seniors ou les salariés qui ont été licenciés, on dépasse allègrement les 600 jours !

Concrètement, cela signifie que si vous êtes au chômage, vous le resterez en moyenne un an, et près de deux ans si vous avez plus de 45 ans. C’est là le véritable drame. Mais la bonne nouvelle c’est que, sur ce sujet, l’État peut et doit agir. En expérimentant les « parcours de remobilisation » pour les chômeurs de longue durée, il fait un petit pas dans cette direction. Mais outre le nom de la démarche qui sous-entend que le problème d’emploi est uniquement une question de mobilisation personnelle, elle reste bien timide par rapport à l’ampleur du problème.  

L’État a pourtant tout intérêt à s’en préoccuper. Un jour de gagné sur cette moyenne, c’est une économie de 170 millions d’euros pour la collectivité ! Selon les économistes un demandeur d’emploi coûte entre 15 et 28 000 euros par an en additionnant les indemnités et le manque à gagner en cotisations et consommation. 

Avec cet indicateur, on commence à identifier des solutions opérationnelles pour faire bouger les lignes et motiver la décision publique. Par exemple, en France, la durée moyenne d’un recrutement est de 32 jours, une des plus élevées du monde. Elle est de 23 aux États-Unis (enquête Glassdoor). En simplifiant les procédures pour permettre d’arriver au niveau américain, l’État économiserait déjà près de 1,5 milliard par an.

Libérer l’accompagnement des demandeurs d’emploi de longue durée

Et cette somme n’est rien par rapport à ce que permettent d’autres actions. En renforçant l’accompagnement des seniors vers l’emploi pour les amener à une durée de chômage équivalente à la moyenne des demandeurs d’emploi, on atteint carrément près de 10 milliards d’économie, sans évidemment prendre en compte les retombées sociales et sociétales d’une telle action. Instituer l’emploi des seniors en cause nationale est ainsi non seulement une obligation au regard de notre évolution démographique et du financement des retraites, mais aussi un intérêt collectif bien compris.

Mais pour agir sur la durée du chômage, il faut travailler sur l’accompagnement des demandeurs d’emploi pour les transformer rapidement en « offreurs de compétences ». Et sur l’accompagnement, l’État peut beaucoup. Son bras armé, Pôle Emploi, affronte une sorte de mission impossible : reclasser 6 millions de personnes avec 20 000 employés (chiffre qui correspond aux effectifs dédiés à l’accompagnement extrait d’un rapport de la Cour des comptes de 2018) et un conseiller pour 3 à 400 personnes, si l’on considère que dans cette population on trouve également l’activité administrative d’accompagnement, les relations entreprises…

Le résultat et le sentiment d’accompagnement des demandeurs d’emploi s’en ressentent évidemment. Une enquête de l’Insee de 2017 soulignait que seuls 9 % des demandeurs d’emploi estimaient que Pôle Emploi les avait aidés à trouver un travail. À peu près comme Indeed.

La qualité du travail des conseillers, qui subissent un insupportable bashing permanent, n’a rien à voir avec cela. Aussi compétent soit-on, on ne vide pas un lac avec un seau. Et quand on se rend compte qu’il faudrait tripler les effectifs d’un service public, on comprend que le problème n’est pas l’effectif, la compétence ou la motivation mais plutôt les choix politiques d’organisation. 

Un chèque éducation pour l’emploi

Et si l’on tentait de mieux s’appuyer sur la créativité des territoires, sans confondre le local et la région ?

Loin d’être la solution, la régionalisation de Pôle Emploi, qui consiste à repasser la patate chaude aux exécutifs locaux, n’aboutirait qu’à remplacer un mammouth par un troupeau de treize pachydermes se marchant allègrement dessus. Les délimitations régionales ne sont qu’administratives. Les recruteurs proposent des postes sur des réseaux nationaux et les travailleurs se déplacent. La régionalisation ce n’est que de nouveaux freins, là où l’on a besoin d’un maximum de souplesse et de créativité. 

Plutôt que de se fier aux mammouths, jouons la flexibilité et la responsabilité. La flexibilité en s’appuyant sur l’extrême créativité et l’efficacité des structures locales et la responsabilité des demandeurs d’emploi en leur laissant le choix de leur mode d’accompagnement. Pour réussir ce pari, il faut financer les structures alternatives dédiées au soutien des chômeurs.

Une des solutions nous vient d’une vieille idée libérale conçue à l’origine pour libérer l’enseignement : le chèque éducation, déjà mentionné dans les écrits de Friedrich Hayek ou Milton Friedman… Il consiste à fournir un chèque à chaque famille qui le dépensera en choisissant librement l’école de son enfant. 

Le Chèque de Retour vers l’Emploi pourrait fonctionner de la même façon. Au lieu que l’État ou les collectivités financent directement les structures d’accompagnement, ce sont les demandeurs d’emploi de longue durée qui recevraient un Chèque Retour vers l’Emploi pour payer leur accompagnement vers le marché du travail. Ils choisiraient ensuite à quelle structure agréée – publique, associative ou commerciale – le remettre. Cette dernière ne serait payée qu’après une période d’au moins 6 mois sans chômage suivant le recrutement.

Concrètement, le dispositif peut être enclenché dans un premier temps après un an de chômage (peut-être 6 mois sur certaines catégories plus âgées). Et l’État peut même garder la main en modulant le montant du chèque en fonction des difficultés du candidat et de ses priorités politiques (âge, localisation dans certains quartiers, RSA…).

Une solution autofinancée par les résultats obtenus

Cette solution repositionne l’activité de Pôle Emploi sur ses missions – indemnisation, contrôle – et sur l’accueil des nouveaux chômeurs non suivis par les Missions locales et plus faciles à placer. 

Elle offre aux demandeurs d’emploi la possibilité de choisir librement, après un an de chômage, le service qui leur convient le mieux. Certains ont besoin de contacts, d’autre de se rassurer, d’autres encore d’acquérir telle ou telle compétence… Autant se tourner vers un service personnalisé et spécialisé.

En imposant aux structures d’obtenir des résultats pour être rémunérées, elle finance à bon compte le tissu associatif en y créant de l’activité. Et la collectivité génère des économies en ne payant qu’après avoir économisé 6 mois de prestations.

Un tel dispositif n’empêcherait nullement les collectivités de financer le lancement d’activités associatives nouvelles qui trouveront ensuite un revenu récurrent grâce au Chèque Retour vers l’Emploi.

L’objectif du dispositif est de faire rapidement baisser le temps moyen de chômage en instituant une nouvelle dynamique autour de l’accompagnement renforcé des chômeurs de longue durée.

Il peut être lancé dans un premier temps à titre expérimental sur la population des bénéficiaires du RSA en partenariat avec les départements. Pour mémoire, le RSA leur coûte environ 10 milliards d’euros par an. Il est facile de comprendre l’intérêt de concentrer les efforts sur de tels enjeux sociaux et économiques…

De belles économies et de beaux objectifs qui pourraient donner envie aux candidats et candidates de la future élection présidentielle d’intégrer le sujet de l’accompagnement des demandeurs d’emploi dans leurs projets.

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  • MDR… ça marche pas, alors il faut faire plus !

    • Une mauvaise recette, même dans un vieux pot reste de la « tambouille »!
      De mémoire, il me semble avoir cherché en vain ce qu’une association pouvait produire ayant une quelconque valeur marchande?

  • Il y aurait bien un moyen simple ( mais peut-être trop simpliste aussi?), c’est de faciliter la création et le développement chez nous d’entreprises de production de biens, efficaces, compétitives, dont la croissance induirait la création d’emplois et donc boosterait la demande de main-d’œuvre locale, à condition bien sûr qu’elle soit formée, compétente et motivée ce que ne favorise pas le « traitement social du chômage » quand il est plus avantageux de toucher un revenu sans rien faire!
    Peut-on encore rêver dans ce pays? J’en doute de plus en plus!

  • Mitterrand a tout essayé contre le chômage sauf ce qui marche. C’est à dire d’arrêter de massacrer les entreprises par des impôts pour payer un tas de fainéants fonctionnaires dont l’efficacité n’est plus à démontrer en France.
    Grâce à tous ses essais, il a désindustrialisé la France en appliquant la nationalisation des entreprises sur le modèle bolchevique. Naturellement, depuis cet exploit, les entrepreneurs ont délocalisé pour éviter toute nouvelle spoliation (qui inclut le matraque fiscal). Et ils ne sont pas près de relocaliser après le passage de (Gr) Hollande ; quoique que le gouvernement nous chante.
    Le seul grand pays du monde à avoir un tel niveau de chômage est la France. Et tous nos génies énarques fonctionnaires grassement rémunérés depuis 1980 (40 ans) n’ont toujours pas résolu le problème. C’est quand même curieux non ?
    À quoi ça sert de les rémunérer ?
    Dans les autres pays développés, pas d’enarque et pas de chômage de masse. Comment est-ce possible ?

  • Exact. Le problème est sa durée qui n’incite pas aux changements d’emploi, encourage à rester dans un emploi non satisfaisant et freine un turnover souhaitable!

  • La surprotection des salariés et certaines indemnisations, aides dites sociales, en sont la cause principale freinant l’utilité des autres mesures!

    • Comment peut-on écrire de telles inanités ? c’est catastrophique c’est lamentable c’est honteux vous n’avez manifestement jamais subi le chômage dans votre vie et je ne le vous souhaite pas.
      la cause réelle du chômage en France est bien évidemment l’obésité morbide de l’État, les millions de fonctionnaires recrutés qui ont obligé le privé à se serrer la ceinture et donc à licencié en contrepartie vous avez peut-être l’air de le découvrir mais lorsqu’on crée un poste de fonctionnaire on est obligé de supprimer entre 2 et 3 postes dans le privé. Lorsqu’on augmente dépenses de l’État en pourcentage du PIB c’est exactement le même phénomène on accroit le chômage de masse car la seule variable d’ajustement dans une entreprise c’est la masse salariale.

      • Navré pour vous, j’ai subi plusieurs fois le chômage dont une période de plusieurs mois sans être indemnisé. Mais je maintiens et signe, le problème est la durée due à un turnover insuffisant. Rester sans emploi plusieurs fois dans sa carrière mais quelques semaines seulement n’est pas un drame. Le drame est que plus le temps passe, plus vous êtes mis au ban de la société.

        • Oui je connais de nombreuses personnes qui se sont suicidés d’ailleurs mais cet article reste à côté du sujet car le problème du chômage c’est d’abord la quantité de chômeurs et le chômage de longue durée lui n’est que la conséquence de ce chômage structurel il s’installe progressivement

  • C’est toujours bizarre de chercher à améliorer la recherche d’emploi sans se poser la création de la création de ces derniers.
    Par ailleurs, on se pose de plus en plus de questions sur les chômeurs indemnisés dans un pays qui cherche à embaucher autant de personnes.

  • Je suis pas sur que le duree de recrutement (23 j aux USA 32 en France) ait quoique ce soit a voir avec l etat francais.
    Ayant travaillé dans plusieurs pays, je dois reconnaitre qu en France on cherche le mouton a 5 pattes (jeune, avec experience, pas cher) et qu on n hesite pas a vous faire venir plusieurs fois en entretien (en RFA c est l entreprise qui vous rembourse les frais, ca dissuade de faire venir la personne 5 fois comme j y ai eut droit en France)

    Autre probleme : le logement. C est pas pour rien qu il y a plus de chomeurs proprietaires que locataires. Penez l ex de rodez ou une usine bosch va fermer. Si la personne retrouve un emploi en banlieue parisienne c est stupide pour lui d accepter !
    Il va avoir du mal a vendre sa maison et avec ce qu il en a tiré il va devoir se serrer lui et sa famille dans un minuscule appartement
    Il faudrait donc inciter les gens a ne pas acheter mais rester locataire (l inverse de la politique actuelle) afin d avoir comme en RFA ou en Suisse une majorité de locataire dans la population

    • A une époque déjà lointaine, on parlait ( parlait seulement hein!) de décentralisation, de mettre les entreprise à « la campagne », en gros, de mieux répartir les bassins d’emploi sur le territoire. En fait on n’a fait que parler, ou subventionner l’installation de filiales étrangères ( Bosh et autres) qui restent 3 ans et se barrent dès que la rentabilité n’est pas là! C’est vrai quoi! faut être con alors qu’on peut vivre comme les gens du voyage dans une grande caravane tirée par un beau fourgon flambant neuf en ayant pratiquement aucune charge et avec la possibilité de travailler partout!
      Quant à aller travailler en région parisienne? pouah!!!! Rodez est quand même plus sympa non?

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