28 septembre : la journée du droit à l’avortement

L'avortement est une question extrêmement complexe, qui fait appel autant à la science, qu'à l'éthique et à la notion de vie privée et de propriété de soi.
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28 septembre : la journée du droit à l’avortement

Publié le 28 septembre 2021
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Par Justine Colinet.

Nous sommes le 28 septembre et, bien que bénéficiant d’une couverture médiatique relativement faible, c’est aujourd’hui la journée internationale du droit à l’avortement.

Avortement : du pour et du contre

Le débat sur le recours à l’avortement est particulièrement polarisé avec d’un côté, les partisans de l’avortement – ceux qui défendent le droit à y accéder – et l’autre extrême, les défenseurs de la vie – ceux qui cherchent à interdire toute forme d’avortement. Il existe trois types d’interruption de grossesse : l’utilisation de ce que l’on appelle la pilule du lendemain, le recours à un traitement médicamenteux en tout début de grossesse et l’intervention chirurgicale.

Du côté des partisans, on défend notamment le besoin des femmes en situation de précarité de contrôler le nombre de leurs enfants pour échapper à la pauvreté. L’argument le plus courant en faveur de l’avortement découle du droit de la femme à disposer de son propre corps. Selon cette logique, le fœtus fait partie du corps de la femme, et celle-ci est libre de poursuivre la grossesse ou pas.

Les opposants à l’avortement évoquent généralement des arguments religieux, parmi lesquels l’existence de l’âme dès l’instant où un spermatozoïde et un ovule fusionnent pour former un zygote.

Une minorité argumente sur la base des droits humains fondamentaux. Dès qu’un zygote est formé, il existe un être humain doté de tous ses droits. Dès lors, les droits du fœtus sont égaux à ceux de la mère, et l’avortement est donc un meurtre.

La journée internationale du droit à l’avortement donne souvent lieu à des manifestations pro ou anti avortement ainsi qu’à divers débats sur ce qui est acceptable ou non qu’une femme décide de faire une fois enceinte. C’est également l’occasion de reprendre le débat sous l’angle des libertés et de la réalité concrète pour nuancer quelque peu les avis souvent très arrêtés sur le sujet.

Tout d’abord, il faut cesser la diabolisation de la femme qui décide d’interrompre une grossesse. Il ne s’agit généralement pas d’une décision faite de gaieté de cœur. La souffrance physique sera souvent accompagnée de détresse psychologique.

Certaines femmes ont eu recours à l’avortement pour éviter de tomber dans la pauvreté, la santé de certaines était mise en danger par la grossesse, d’autres ne vivaient pas dans un foyer leur permettant d’assurer la sécurité de l’enfant et d’autres encore ne voulaient tout simplement pas fonder une famille.

Parfois il s’agit d’une question de santé, physique ou mentale, ou un point de vue idéologique. Parfois, c’est une autre conception du bonheur et de la vie.

Ils vécurent heureux, et eurent beaucoup d’enfants…

Car comme le rappelait très justement Sophie Heine dans les colonnes de Contrepoints :

En plus des injustices subies par la majorité des individus, les femmes font face à des dominations spécifiques ; leur vulnérabilité sociale et physique, ainsi que les discours dominants sur le féminin et le masculin limitent leur potentiel de révolte et de mobilisation. Cette condition ne peut qu’avoir un impact sur le choix ou non d’avorter, d’autant plus que les contraintes subies par les femmes en matière de sexualité et de reproduction sont particulièrement fortes.

C’est sur ce dernier point que le débat est trop souvent mis en sourdine. La question de l’avortement – ou, plus largement, du contrôle des naissances – est intimement liée au rôle des femmes dans chaque société.

Les femmes endurent régulièrement et depuis la nuit des temps une pression sociale selon laquelle elles doivent être sexuellement actives avec leur partenaire et surtout fonder une famille, pas trop tard mais pas trop tôt non plus ; avoir beaucoup d’enfants, mais trop non plus.

Nous sommes au XXIe siècle, et pourtant, il semble toujours difficile pour l’opinion publique de réaliser que l’ambition de toutes les femmes n’est pas de créer un foyer et de s’occuper d’enfants. Heureusement, elles sont de plus en plus nombreuses à avoir le courage de s’extraire de ce carcan traditionnel pour se lancer dans l’entrepreneuriat, voyager, vivre de leur passion.

Ces femmes nous montrent qu’il ne faut pas nécessairement fonder une famille pour avoir de la valeur ou être reconnue socialement. Mais la pression de la société existe réellement et rend cette liberté de disposer de son corps et d’avorter bien relative. Cette pression ne disparaîtra qu’au fil du travail sur les mentalités et les idées reçues.

L’accès à l’avortement dans le monde

L’histoire de l’accès à l’avortement varie d’un pays à l’autre en fonction de la culture, du niveau de technologie et de l’importance de la religion. Par exemple, pour les pays à prédominance catholique l’avortement a souvent été interdit. C’est encore le cas en Europe, par exemple à Malte, pays catholique où la peine minimale encourue est de 18 mois de prison, ainsi que dans les trois micro-États d’Andorre, du Vatican et de Saint-Marin.

En Afrique, le Congo, l’Égypte, le Gabon, la Guinée-Bissau, Madagascar, la Mauritanie et le Sénégal interdisent aussi le recours à l’avortement, de même que le Honduras, le Nicaragua, le Surinam, Haïti, le Salvador et la République dominicaine en Amérique, ou les Philippines, l’Irak et le Laos en Asie.

Dans la plupart des autres pays du monde, si l’avortement n’est pas interdit, il reste très encadré par l’État. Au États-Unis, ce droit est régulièrement menacé et remis en question, comme récemment avec une nouvelle loi restrictive au Texas.

En Pologne, depuis octobre 2020, l’avortement est interdit pour malformation du fœtus. Il n’y est permis qu’en cas de viol, d’inceste ou lorsque la vie de la mère est en danger.

Un débat complexe qui mérite plus d’information

Enfin, un volet doit absolument être abordé : celui de l’éducation sexuelle absente dans de nombreux pays et insuffisante dans la plupart de ceux où elle est pratiquée.  Il y a un réel travail à effectuer en ce qui concerne l’information sur la sexualité et la connaissance des différents moyens de contraception dès l’adolescence.

C’est un sujet malheureusement tabou à l’heure actuelle, ce qui empêche un vrai apprentissage des risques, dangers et responsabilités que cela implique. Bien sûr, tous les jeunes ne sont pas actifs, mais un jeune averti en vaudra deux : être sexuellement actif, c’est également développer des responsabilités. C’est dans la  tranche d’âge des 20-29 ans que les avortements sont les plus fréquents en France.

L’avortement est un sujet extrêmement complexe qui fait appel autant à la science, qu’à l’éthique et aux notions de vie privée et de propriété de soi. La femme face à cette décision va forcément se poser la question du bien-être de l’enfant s’il venait au monde.

C’est une question à laquelle il est presqu’impossible de répondre à l’avance et un choix bien évidemment difficile, d’où l’importance de prendre en compte la réalité du terrain, qu’il s’agisse du statut socio-économique, de la santé ou du souhait d’élever un enfant. Plutôt que de réglementer la grossesse, il s’agirait d’être à l’écoute et d’accompagner ces décisions au cas par cas, dans le respect de la liberté et des droits de tous.

Pour terminer, une réflexion qui pourrait ouvrir le prochain débat sur l’avortement auquel vous participerez : dans ce monde où il reste tellement peu de libertés et de propriétés, nos corps appartiennent-ils à l’État ? Doit-il légiférer sur le fait ou non qu’une femme puisse mettre fin à une grossesse quel que soit son motif ? L’État est-il mieux placé que les médecins, les parents, les religieux ou les scientifiques ? Et si les femmes ne peuvent pas contrôler leur propre corps, comment peuvent-elles être véritablement libérées ?

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  • Dès que je vois dans un texte « depuis la nuit des temps… », j’ai des alarmes qui s’allument de partout, l’expression laissant apparaître une victime essentialisée surgissant dans la foulée tel Zorro, généralement je lâche l’affaire, ce qui fut effectivement le cas ici et ce très tôt dans l’article, économisant mon temps…

  • Un excellent article. Point fondamental : la liberté absolue pour une femme de disposer elle même de son propre corps. Sans même parler d’arguments religieux et autres infamies traditionalistes, qui veulent soumettre le comportement des femmes à la loi et à une condition de poules pondeuses ; il y a souvent un argument « rationnel » qui ressort, selon lequel un fœtus est déjà un être humain avec un cerveau et un coeur qui bat, et qu’il faut donc le protéger. Mais un fœtus n’est pas un bébé : il n’a pas (ou quasi pas) de mémoire, d’imagination, de conscience de soi, de langage, etc. De tout ce qui fait qu’un homme est humain, et qui se construit à partir des premiers âges de la vie d’un enfant. À ceux qui prétendent le contraire, j’ai envie de demander s’ils ont un souvenir de leur vie fœtale ? Non. Les poulets aussi ont un cœur et un cerveau.

    • Vos arguments sont quelque peu spécieux, et la comparaison avec les poulets plus que douteuse.

      De toute évidence, vos affirmations concernant le fœtus reposent sur des croyances : ceux-ci sont sensibles à la musique, à la voix de leur mère et à plusieurs stimuli extérieurs. Le « non-souvenir » de la vie fœtale n’est pas pertinent : vous souvenez-vous de votre vie jusqu’à vos 4 ans ? Pas moi en tout cas.

      Selon votre raisonnement, un enfant à naître aurait, 1h avant sa naissance, autant de droits qu’un poulet ? Charmant.

      Si la loi règlemente la vie humaine, le commencement de celle-ci doit être défini. La liberté « absolue » pour une femme de disposer de son propre corps ne peut entrer en jeu dès lors que le fœtus est considéré comme viable (et devient donc un être humain jouissant lui aussi de droits) dans la limite des connaissances scientifiques actuelles, généralement autour de 20 semaines. Et c’est le rôle de la loi de s’accorder avec la science en faisant fi de tout dogme religieux ou conviction personnelle.

      • Si justement, je trouve qu’il est assez pertinent. La « sensibilité à la musique » est surtout une sensibilité au bruit, non ?
        Maintenant, on ne pratique pas un avortement « une heure avant la naissance ».

        • Non, il n’est pas pertinent. Vous ne savez absolument pas ce que peut percevoir un fœtus et son état de conscience. Il n’a pas une simple sensibilité au « bruit », des études ont montré que l’apprentissage du langage débute de manière rudimentaire à l’état fœtal.

          De nombreux grands prématurés (6 mois) sont viables et survivent. C’est une donnée beaucoup plus objective et quantifiable pour décider d’une limite légale d’avortement plutôt que « il ne se souvient de rien ».

    • Même si vous n’êtes pas croyant -ce qui est mon cas- vous comprenez ce que dit un croyant en parlant de l’âme qui s’en arrive dans l’enfant. Et vous savez que vous ignorez à quel moment cette âme ou plus prosaïquement cette vie humaine est là. Par conséquent, l’avortement est forcément hasardeux, oscillant entre un meurtre véritable et une purge de viande, du niveau d’une liposuccion par exemple.

      Seul un fœtus pourra donner un être humain. Le respect de la vie humaine me paraît s’étendre jusqu’à ses bourgeons. Dire qu’un bourgeon ne donne pas encore de fruits et que seul le printemps en fera une fleur ne peut occulter la nécessité absolue de son existence pour qu’il y ait fruit et fleur. Les histoires sur le fœtus ne constitue qu’un argument technique qui essaye d’évacuer une réalité délégitimant l’avortement d’un point de vue moral.

      Personnellement, je suis pour le droit à l’avortement. Mais je ne comprends pas l’insistance qu’ont certains à vouloir absolument le légitimer. C’est une option, c’est à la discrétion de l’individu. Et ça reste un acte terrible qu’il faut à tout prix éviter d’avoir à faire. Je ne vois pas pourquoi je devrais faire passer des vessies pour des lanternes.

      L’avortement, c’est mal. C’est aussi simple que ça. Comme je l’avais lu quelque part, je ne saurais pas le définir mais, en face du truc, je saurais de quoi il en retourne.

      J’ai vu ce en quoi résulte un avortement. J’ai vu que c’était mal. Je n’ai pas eu besoin de me le dire ou d’y réfléchir. Vous le savez, la réalité en face vous révèle que vous le saviez déjà.

      Je crois que la grande majorité des défenseurs de l’avortement avancé n’ont jamais constaté de visu ce qu’il signifie. La liberté ouvre sur tout, le bon comme le mauvais. Je suis pour la liberté, notamment je suis pour laisser les gens prendre leur vie en main et donc, forcément, les laisser faire des erreurs. Cela n’empêche en rien de dénoncer par anticipation ce qui apparaît être une erreur. Et l’avortement est une erreur manifeste, sauf rares exceptions qui ne change rien au propos.

      • « L’avortement, c’est mal » – il faudrait donc qu’une femme qui a décidé d’avorter à cause d’un viol, d’une malformation du fœtus, d’une capote éclatée, ou même (oui même) parce qu’elle a compris en quelques semaines qu’elle ne pourrait pas assumer une maternité et qu’elle a changé d’avis ; il faudrait donc qu’une femme qui a pris une telle décision soit affublée d’un quelconque fardeau moral ? Et pour la vie sans doute? Et bien sûr qui la pointera du doigt ? Des hommes. Ou des religieux qui idolatrent un mec torturé qui crève sur une croix et qui viennent donner des leçons sur ce qui est bien ou mal.
        Sinon, je pense effectivement qu’on ne peut pas forcer des médecins à pratiquer des avortements s’ils ne le souhaitent pas.

        • Vous commencez à parler de viol or je parie que la plupart de ceux qui ont lu mon commentaire, vous compris, savent que je ne me référais pas à ce cas de figure mais bien au dernier que vous mentionnez.

          Je ne vais pas aller chercher les femmes pour les agonir ou les fouetter sur une croix pour qu’elle expie. Je ne vais même pas la pointer du doigt. Mais si elle ou un autre me demande ce que j’en pense, je dirais que c’est mal. Parce que c’est ce que j’ai constaté.

          Je me battrais quand même pour son droit à avorter. Et je suis d’accord avec vous: on ne peut pas forcer les médecins.

      • Vous semblez ignorer que les femmes qui avortent savent que c’est mal, elles n’ont même pas besoin de le constater de visu. Elles savent qu’elles font une erreur, qu’elles penseront toujours à ce qui aurait pu être, parfois elles se diront « il aurait tel âge » etc.
        Mais là, tout de suite, c’est ne pas avorter qui serait une erreur.

    • Oui, liberté absolue à disposer (pour une femme, un homme, un enfant… ) de son propre corps.
      Le seul problème avec l’avortement c’est que le femme dispose dans cet acte d’un corps qui n’est pas le sien. Enfin, je veux bien croire que c’est le sien, dans ce cas un petit test génétique le prouvera. Dans le cas contraire elle aura disposé du corps d’un autre. « Un autre » qui est vivant selon toutes les conceptions scientifiques modernes de la vie (néguentropie, auto-organisation, etc.) et qui est humain, là aussi selon la science (code génétique, potentiel développemental, etc.).

      Après le débat peut se poser, comme pour la peine de mort, comme pour l’exécution sans discussion possible d’une personne entrant sans mon autorisation sur ma propriété. Débat effectivement compliqué si on s’en tient à une pure conception libérale.

      Mais « liberté à disposer de son corps » ? Pitié, c’est tellement médiéval, anti-science, égotiste et ridicule (surtout à une époque ou on oblige les gens à se faire vacciner, à se confiner, etc.) !

      • Oui, vous avez raison, la liberté de disposer de son corps est une horreur. La seule liberté qui vaille, c’est celle de payer moins d’impôts.

      • Un corps qui n’est pas le sien mais qui ne peut pas se développer sans le sien. Vous faites comment pour permettre à ce corps de se développer sans celui de sa mère ? (oui je dis mère car il n’y a que les donneurs de leçons centro-centrés sur leurs idéaux pour croire que les femmes qui avortent ignorent qu’elles retirent la vie à un petit-d’homme).
        Donc, « elle aura disposé du corps d’un autre »… mais cet autre étant totalement dépendant de son corps, j’ai du mal à vous suivre ! N’est-ce pas plutôt le fœtus qui dispose du corps d’une autre ?

        • Tous les vieux en EHPAD sont dépendants des autres. Idem les blessés dans le coma, les malades du COVID en réa. On peut donc s’en débarrasser sans souci puisqu’ils ne vivent que parce que nous acceptons de payer pour ça, et pour certains de travailler pour ça, bref ils sont dépendants de nos corps, nous pouvons légalement les éliminer.
          On en revient toujours au point (seule vraie comparaison logique) de la possibilité de tuer sans sommation quelqu’un qu’on trouverait chez nous sans qu’on le veuille (ou en l’ayant voulu mais en ne le voulant plus).
          C’est en effet un sujet qui peut se discuter (il y a eu un certain nombre d’articles intéressants sur le sujet dans les revues « autrichiennes » type Review of Austrian Economics ou Quarterly Journal of Austrian Economics) mais qui est un poil plus complexe que « c’est mon corps je fais ce que je veux »… Parce que si je croise quelqu’un au chômage (et donc dépendant de mon corps) qui ne me revient pas et se trouve sur ma propriété, je ne suis pas sûr que vous ferez des manifs pour me défendre si, sans autre forme de procès, je l’égorge sur place, je le démembre…

    • Quoiqu’on pense par ailleurs de ses arguments féministes éculés, Mlle Colinet avait été assez fine pour ne pas nous expliquer CE QUI fait, sans l’ombre d’un doute, un être humain…

      Vous conditionnez le statut de « personne humaine » au fonctionnement cérébral normal d’un adulte en bonne santé (bien malin du reste si vous pouvez définir la conscience ).

      Ces arguments mécanistes peuvent (et vont inévitablement,) être utilisés pour justifier l’infanticide décontracté (un bébé n’a pas de mémoire… On n’a pas ou peu de souvenirs de la vie avant trois ans…) ou encore l’euthanasie des séniles, des handicapés mentaux, ou de Marlène Schiappa.

      Soyez bien certain que des propositions dans ce sens continueront d’émerger grâce à la célèbre fenêtre d’Overton, laissée grande ouverte par le « droit à l’avortement ».
      Ainsi les cerveaux-légers de la majorité parlementaire ont-ils proposé de rendre légal l’avortement au neuvième mois pour « détresse psychosociale: » youpi, à dix jours près vous êtes une personne ou un déchet organique, ça dépend de l’humeur de la génitrice. Le même hôpital fera des efforts surhumains pour sauver un prématuré, tout en exécutant un gamin viable.
      La différence? La valeur accordée à cet enfant par une tierce personne. La personne humaine ne vaut donc rien en soi: elle n’a de prix que par son utilité sociale.

      J’ajoute, et cela me tient à cœur depuis l’établissement de la République Insanitaire d’Absurdistan, qu’il est imprudent de laisser à nos « chers représentants », plus vautours que prométhéens, le soin de définir la frontière entre la personne humaine et le « quasi-poulet ».
      Vu leur haute intégrité morale, leur absence totale de complaisance pour des groupes extrémistes geignards, et vu leur répugnance à gérer les humains comme des bestiaux, qu’est-ce qui pourrait mal tourner?

      • Je pense que par « droit à » il faut juste entendre « acte légalement reconnu ».

        • On a bien compris. C’est pas libéral pour un sous, mais bon…
          Déjà si on avait un avortement légalement reconnu mais non remboursé, non encouragé, non célébré, ça serait un poil moins pire. Un peu comme la « doctrine du château » (chez moi je peux user de toute violence, y compris létale contre qui je veux qui n’est pas aussi « chez lui » puisque « For a man’s house is his castle, et domus sua cuique est tutissimum refugium ») : un mal socialement nécessaire ou toléré pour permettre l’ordre.

          Je n’accepterait la célébration de l’avortement que quand on célébrera la doctrine du château partout, qu’on fera des articles laudatifs à ce sujet, que des célébrités passeront à la télé pour dire à quel point ils sont contents d’avoir tué à coup de machette un cambrioleur…

  • La question de l’avortement me passionne. Elle a comme deux versants, l’un intellectuel : les opinions divergent sur une largeur invraisemblable, à grand renfort d’ideléologie, de croyance, d’a priori ou de recherche philosophique. L’autre versant est affectif, parce que nous avons tous été foetus, il serait illusoire de se considérer comme capable d’une neutralité sur la question. Depuis qu’il s’est banalisé, certains peuvent même se considérer comme des survivants de cette pratique. L’avortement est sans doute un des sujets où l’humain essaie par son raisonnement de justifier son agir, un peu comme quelqu’un sous l’emprise de la passion croirait conduire sa vie par des illusions de choix libres. La manière dont nous avons vécu notre gestation, la manière dont nous avons été désiré ou pas détermine sans doute la plus grande partie de notre adhésion ou de notre révulsion à l’égard de l’avortement, et cela indépendamment des raisonnements brillants ou idiots. C’est d’abord une question de tendresse, c’est à dire, la manière dont se sont liés en nous amour et fragilité. Et je trouve que cet angle de réflexion est intéressant pour les partisans de la liberté: le chemin du bonheur en dépend.

  • J’ai un petit problème avec les prémisses même de ce texte.
    « Droit à l’avortement »… hum, depuis quand dans une conception libérale, un acte impliquant sans leurs consentement au moins 3 personnes peut-il être un droit ?
    On était bien sur une approche plus jusnaturaliste de ce qu’est un droit, non ? Un truc qui impliquait l’action d’autrui pour vous en priver et qui n’impliquait personne d’autre. Le genre d’acte qu’on pouvait exercer sans problème seul sur une ile déserte.
    Sauf que sur une île déserte on ne « tombe » pas enceinte.
    Que sur une ile déserte on n’a pas de médecin qu’on peut forcer par la loi à vous avorter.
    Que l’action en question implique également l’enfant/foetus qui n’est pas, ne peut pas scientifiquement, être « le corps de la mère/femme/personne avec utérus ».
    Donc c’est pas un droit, du moins pas un droit négatif.
    Tout au plus un droit comme le droit à manger du fois gras une fois par mois, à avoir un « logement décent » (entendre 150m² avec au moins deux salles de bain) ou un travail « bien payé ».

    Bref un truc pas libéral, peut-être libertaire, à tout prendre plutôt socialiste. Qu’on puisse avorter se débat. Comme le fait de pouvoir tirer une balle dans la tête sans sommation à quelqu’un qu’on trouverait chez nous. Pas plus, pas moins. Mais allez vous avoir un jour et écrire des articles pour célébrer le « droit d’exécuter les personnes non invitées » (ou pour pousser le parallèle avec 99% des avortement, qu’on a invité mais dont finalement on ne veut plus ?)

    J’attends cet article ! Avec impatience !

  • La question essentielle à se poser : un foetus n’est-il qu’un amas de chair ou un être humain en développement ? La réponse clôturera à tout jamais la question de l’avortement.

    Reste d’autres questions qui se poseront ensuite : la responsabilité des parents vis à vis de leurs enfants à venir, le rôle de la femme dans la société, l’avenir d’un peuple, l’adoption pour les couples stériles, la contraception, etc…

    • C’est une réponse que la science a déjà plus ou moins apportée. Le problème c’est que c’est un débat politique donc les scientifiques qui s’expriment en public changent les réponses quand on parle d’humain… parce que « droit à l’avortement, toussa ».

      Sur des bases scientifiques, si vous détruisez l’œuf d’un animal protégé, genre aigle, vous encourez la même peine que si vous abattez l’animal adulte.

      « Tout le monde » sait que dès que les codes génétiques des deux gamètes se sont mêlées (le point précis est difficile à estimer de l’extérieur mais ça ne dépasse pas quelques heures) on a affaire à un organisme vivant, que cet organisme est distinct de celui de la mère et du père, qu’il est de telle ou telle espèce. Ce « fœtus » ne peut que devenir un humain, un humain ne peut que provenir d’un fœtus de ce type, il n’y a entre le stade de « l’œuf fécondé » et celui de l’adulte aucune frontière nette que certains passeraient d’autre pas, aucun stade marqué où l’on puisse dire « à cette seconde précise ça change ».

      Après, comme vous dite, d’autres questions se posent. Mais la question de la vie et de l’humanité, non… Sauf étrangement dans le cas de l’avortement, pour des gens qui pensent « être du coté de la science » 😉

  • « Mais la pression de la société existe réellement [pour avoir des enfants] »

    C’est essentiellement un besoin biologique fondamental.
    Tout notre corps est façonné pour perpétuer la vie, dire qu’une femme se réalisera mieux à tamponner des formulaires dans une COGIP plutôt que de concevoir et voir grandir un petit être humain me semble aussi navrant que ceux qui veulent nourrir leur chat au légume (surtout qu’on peut concevoir ET tamponner si on est maligne et que l’état n’a pas flingué l’économie).
    .
    Bref, la propagande du temps est passée par là, mais chacun son choix.
    .
    Comme tout il y a un juste milieu, l’avortement est un acte sérieux qui nécessite une certaine responsabilisation pour ne pas devenir un moyen de contraception comme un autre.

  • Ce qui est complexe, c’est surtout l’acte d’avorter en soi et plus encore de vivre avec. Ce qui rend le sujet encore plus complexe, c’est le maelström d’hypocrisie qu’on constate essentiellement d’un seul bord: celui qui défend le droit à l’avortement… et dont je fais partie. Je n’aime pas beaucoup cet article qui emploie ces expressions hypocrites usuelles alors que, pourtant, logé en plein milieu…

    « Les souffrances physiques seront très souvent accompagnées de séquelles psychologiques. »

    Ben si cela ne constitue pas une bonne raison pour ne pas avorter… On avancera mieux sur ce sujet dès qu’on arrêtera de raconter des sornettes. Comme « libre de son corps » ou « interruption de grossesse » ou encore « éducation sexuelle ».

    Vient un moment où il faut dire les choses: faire l’amour sans protection revient à s’accoupler. Il n’y a rien de mal à faire l’amour et il n’y a rien de mal à s’accoupler non plus. Mais, c’est drôle, j’ai l’impression qu’il y a plus de pudeur autour de l’accouplement qu’il n’y en a autour du sexe…

    Je note qu’on est là dans un narratif sous les auspices de la gauche politique. D’ailleurs on parle des lois, des mœurs, de la pression sociale… Elles ont bon dos! Mais, historiquement, l’avortement était aussi employé pour préserver la paix sociale et éviter que ça ne jase dans les chaumières. Et là, ce n’était pas la femme qui choisissait. Il est intéressant de ne retrouver que rarement mentionné ce cas où la femme subissait l’avortement quand on défend le droit à l’avortement. Serait-il possible que la défense de ce droit s’accompagne souvent de tentatives de légitimation de son emploi? Rappeler que les femmes ont pu subir l’avortement fait alors un peu tâche.

    Dans ce sillage de bienséance sociale, l’article omet d’ailleurs une situation qui, à mon avis, n’est pas du tout insignifiante en réalité: la femme vit seule ou dans un couple amené à se défaire, elle réalise qu’elle est enceinte, comprend qu’elle devra subir le regard des autres et aussi que ça va être dur de retrouver quelqu’un. Mais est-ce que l’article omet vraiment cette situation? Quand on me dit qu’une femme ne veut pas tomber dans la pauvreté ou ne se sent pas capable d’offrir une vie décente à son enfant, est-ce qu’on ne me suggérerait pas qu’elle soit seule? Alors qu’au moins à un moment, il y a forcément eu un homme.

    Au fait, pourquoi ne pas abandonner le bébé après la naissance, dans la nature? Est-ce que ne serait pas une forme d’avortement? Il passe souvent pour synonyme de stopper la grossesse mais ne serait-il pas le refus d’être mère? Je crois que l’abandon rend trop évident ce que l’avortement masque: il y a deux corps bien séparés, c’est clairement le bébé qui prend et la mère qui inflige, et elle doit le faire elle-même, sans possibilité de déléguer à un médecin.

    Enfin, une discussion sur l’avortement n’en serait pas une sans l’inévitable nœud gordien du fœtus pas encore être humain. Il y a pourtant un autre nœud: à quel moment la femme devient mère, dans sa tête? Je pense que dès qu’on considère l’avortement, alors on a intégré qu’on était mère. Et je crois donc qu’on ne peut que se faire du mal en avortant.

    Je pense que le fil conducteur, c’est qu’on ne prend pas soin de soi en avortant et qu’on n’a pas pris soin de soi et de sa vie quand on en arrive à cette extrémité. L’avortement est une échappatoire qui ne résout pas le problème fondamental. Quand à savoir ce qui peut le résoudre, j’avoue platement n’en avoir aucune idée. Mais verbiage et circonvolutions ne font que rendre les choses plus inextricable. Et si c’était le but?

    • Le sujet est vaste et compliqué et il est tard alors je vais faire court : il faut être deux pour se retrouver enceinte, eh oui, mais où l’homme est-il donc passé ? Si la femme a la solution, que certains croient facile, d’avorter, l’homme lui se contente un jour de disparaître dans la nature.
      Prenez les mères adolescentes, combien se retrouvent seules au bout de moins d’un an avec l’enfant à assumer ? Le père va poursuivre sa vie sans subir aucune pression sociale.
      Oui l’avortement est douloureux psychologiquement, croire que la majorité des femmes y ayant recours le fait suite à un changement d’avis capricieux est le raisonnement d’hommes ne s’étant jamais soucié de mettre une capote. Combien sont-ils, les beaux-parleurs, à pouvoir être absolument certains qu’aucun (grand) enfant ne viendra sonner à leur porte parce que tel soir ils n’ont pas pris le temps de mettre / ils n’avaient plus de capote ?
      La femme, elle, se retrouve enceinte, avec une vie à assumer, un enfant à épanouir. Peut-on vraiment la condamner de ne pas se sentir à la hauteur, seule ? De ne pas vouloir mettre au monde un enfant dont elle pense qu’elle ne pourra pas lui apporter la stabilité et l’équilibre nécessaires ? C’est un engagement d’une vie, avoir un enfant ce n’est pas rien comme responsabilité ! L’amour est le seul point positif en face de tous les négatifs (revoir « Kramer contre Kramer » quand D. hoffman dresse la liste des + et des – (sauf que lui, son enfant est déjà né, il le connaît, l’aime et l’assume déjà, ce n’est pas un monde inconnu)
      Combien aussi d’enfants malheureux sont-ils des enfants non désirés, non-avortés ?
      Ce qui est « drôle » dans ces discussions, c’est que quoiqu’elle fasse, la femme sera critiquée par des gens comme certains commentateurs : elle avorte, c’est une inconsciente qui change d’avis sans se préoccuper de tuer ! Elle n’avorte pas mais ne parvient pas à joindre les 2 bouts ? Une assistée ! Très jeune elle n’avorte pas et est donc mère adolescente ? Elle passe pour une écervelée ou une traînée. Etc.
      Mais… où sont les pères ? Oblige-t-on le père à assumer réellement ? Non, il disparaît de la vie de cet enfant quand il le veut et 0 opprobre. Montand a refusé l’examen pouvant prouver ou infirmer le fait qu’il était le père d’une gamine et hop, tranquille, il a juste eu à refuser ! J’espère que ça vous choque un peu, mais c’est une situation sur laquelle rien n’est fait.
      Combien de pères sont dans cette situation ? Lorsque leur compagne leur annonce cette grossesse, certains partent. Sont-ils moins « coupables » que les mères ? Pourtant, on ne parle jamais d’eux.
      Alors, vous fustigerez le fait que des femmes avortent, qu’elles osent dire qu’elles ont le droit de refuser une grossesse, lorsque les hommes n’auront plus le droit de refuser d’assumer l’enfant. Mais non, eux, leur défense, c’est toujours : elle me l’a fait dans le dos.
      L’argument qui consiste à dire que le fœtus est un être à part entière ne tient pas non plus : sans le corps de sa mère, il ne peut pas se développer. Je trouve scandaleux d’allonger le délai légal d’avortement, mais le conserver à 3 mois ne me choque pas, ce n’est pas une décision qui se prend à la légère, justement, contrairement à ce que certains croient. Nombre de grossesses non planifiées donnent ainsi de jolies naissances.
      Pour revenir sur les raisons de décider d’avorter, il faut noter que nombre de femmes avortent pour grossesse malgré la pilule, il y a celles à qui on a dit qu’elles n’auraient jamais d’enfant, qui ne prennent donc plus de contraception passé un certain âge et démarrent une grossesse à plus de 43 ans mais l’heure est passée pour elles, etc. Des femmes tout à fait normales, tout à fait respectables, qui, dans une situation autre aurait gardé l’enfant « imprévu ».
      Finalement, j’ai écrit beaucoup… j’irai bien voir si je trouve des études sur les raisons des avortements. Il me semble qu’il y en a 200 000 par an, chiffre stable.

      • « Interrogées, d’une part, sur la (les) dernière(s) méthode(s) contraceptive(s) utilisée(s) et, d’autre part, sur le maintien de cette méthode au cours du mois où la grossesse a débuté et sur le motif de survenue de la grossesse, deux femmes sur trois ayant eu recours à une IVG en 2007 mentionnent au moins un type de contraception en cours. 24 % des femmes mentionnent deux méthodes et 10 % en citent trois ou plus, sans que l’on puisse savoir si l’utilisation a été simultanée ou successive. Parmi les femmes « sous contraception » (encore en cours), 45 % utilisent une méthode médicale (pilule, stérilet, implant ou patch) et 25 % le préservatif en méthode principale. Il faut noter que plus d’une femme sur quatre cite des méthodes naturelles : 16 % mentionnent le retrait comme leur méthode contraceptive et 11 % l’abstinence périodique. Au total, les femmes concernées par une IVG sont donc « sous contraception » deux fois sur trois, mais sous contraception médicale seulement une fois sur deux. Neuf femmes sur dix n’ont pas utilisé la pilule du lendemain, non pas parce qu’elles en ignorent l’existence mais essentiellement car elles n’y ont pas pensé ou ne pensaient pas risquer d’être enceintes.
        Au total, les résultats de l’enquête permettent d’anticiper qu’en moyenne quatre femmes sur dix seront concernées par une IVG au cours de leur vie féconde, vraisemblablement dans une période de transition (changement de partenaire, de situation, de contraception…). »

        Étude un peu ancienne mais mieux que rien.
        https://www.cairn.info/revue-francaise-des-affaires-sociales-2011-1-page-116.htm

        Il faut aussi sortir du militantisme (« droit à disposer de mon corps » contre « un fœtus est un être humain ») car on parle là de situations humaines individuelles, difficiles, qui ne se résument pas à des slogans. On ne parle pas seulement de donner la vie ou non, on parle de mettre au monde un enfant, de l’élever, de l’accompagner, de l’entourer, et ce durant une vie entière.
        Alors prendre les femmes à qui cette responsabilité fait peur (trop jeunes, trop seules) ou qui ont au contraire bien conscience de l’investissement que cette responsabilité demande, pour des irresponsables, j’me marre.

        • Ecoutez, je crois que ma position est claire: je n’ai jamais dit que c’était des caprices, je n’ai jamais traité les femmes d’irresponsables et je ne suis absolument pas contre le droit d’avorter.

          Je dis que l’article se trompe quand il présente « les partisans de l’avortement – ceux qui défendent le droit à y accéder – et l’autre extrême, les défenseurs de la vie – ceux qui cherchent à interdire toute forme d’avortement ».

          Oui, un des extrêmes, ce sont les conservateurs sur cette question, « ceux qui cherchent à interdire toute forme d’avortement ». Mais l’autre extrême n’est absolument pas ceux qui défendent ce droit (comme moi) mais ceux qui légitiment l’avortement en soi et à tire-larigot. C’est ça que je critique.

  • L’avortement, c’est un peu comme l’alcool, la drogue ou la prostitution.

    C’est pas la meilleure chose qui peut arriver dans la vie, mais c’est un fait que sa prohibition :
    1. n’en limitera jamais la pratique
    2. complique singulièrement la vie de celles qui y recourent, parfois même de manière fatale.

    Accessoirement, les mecs sont-ils les mieux placés pour en parler ?

    • Sa prohibition n’en limitera pas la pratique… Bien sûr. Mais sa promotion l’augmentera.
      Pour beaucoup c’est un mal parfois nécessaire, qu’il soit dépénalisé peut se comprendre. Mais qu’on crée un « délit d’entrave », qu’on utilise l’argent public pour le promouvoir, qu’on crée un « jour du droit à » est à tout le moins choquant. Reprenez le parallèle avec l’alcoolisme, la drogue et la prostitution…

      Sinon, les mecs sont aussi bien placé pour parler d’avortement que les gens qui n’ont jamais tué ni été tué pour parler de meurtres. Les gens n’ayant jamais réalisé de long métrage pour parler du dernier film sorti : autant, sinon peut-être plus n’ayant pas les biais d’attache psychologique associés.

      • Sa promotion l’augmentera, dites-vous.
        Le terme « promotion » me semble bien excessif. On ne parle pas du dernier smartphone en vente chez Amazon. Il s’agit tout au plus de contrer les sirènes conservatrives qui rêvent secrètement (ou pas) de revenir à la situation des années 50 ou 60.
        Dans ce contexte, le terme « droit à », s’il peut paraître impropre, est un juste rappel que l’avortement est légal, ou doit le devenir, et que sa pratique ne saurait être entravée, surtout lorsqu’il est légal.
        Il ne s’agit bien sûr pas de pousser les femmes à se faire avorter, seulement de leur rendre cela possible en toute sécurité quand elles l’ont décidé.
        Mais ces querelles de mots ne doivent pas occulter l’essentiel : la légalisation de l’avortement a amélioré une situation sanitaire dramatique. A partir de 1972, année de la dépénalisation de fait de l’avortement (procès de Bobigny), le nombre de décès liés aux avortements a été divisé par 10.
        Par ailleurs, il semble que le nombre d’avortements n’ait pas augmenté du fait de sa légalisation. Les estimations basses donnaient 250000 annuels en France avant sa dépénalisation/légalisation. Depuis, ce chiffre est remarquablement stable, autour de 220-230000.
        Ce qui infirme votre hypothèse de départ. Il n’y a pas de « promotion » ou pas d' »effet promotionnel »…

  • « [L’Etat] doit-il légiférer sur le fait ou non qu’une femme puisse mettre fin à une grossesse quel que soit son motif ?  »

    Disons qu’il le peut, dans l’intérêt général.

    Je n’ai pas fait de recherches historiques poussées, mais j’ai noté deux cas: dans le Code pénal napoléonien de 1810, qui réprimait l’avortement, et dans une lois de 1920 dont les partisans de la libéralisation de l’IVG, avant la loi Veil, faisaient l’alpha et l’oméga de la répression, alors qu’elle ne faisait que réprimer la propagande (ou l’information, comme on voudra) en faveur de l’IVG.

    Dans les deux cas, il fallait gérer les suites de guerres qui avaient empêché nombre d’hommes de procréer, certains définitivement, provoquant un déficit de naissances visible dans les pyramides des âges (les « classes creuses »), outre les morts dans les combats.
    Dans ces conditions, l’IVG était un luxe incivique.

    • « [L’Etat] doit-il légiférer sur le fait ou non qu’une femme puisse mettre fin à une grossesse quel que soit son motif ? »
      Autant que sur le fait qu’on puisse tuer ou pas des SDF, des vieux ou des handicapés dépendants, quel qu’en soit le motif, non ?

  • Église et IVG: le moins qu’on puisse en dire, est que la position de l’Église sur la question a été quelque peu variable. Assez paradoxalement, ce sont les connaissances scientifiques qui ont poussé à la dureté de sa position actuelle.

    Un petit résumé: http://www.gallican.org/avortmen.htm
    Mais il y a matière à passer du temps sur la question.

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