Les relocalisations impossibles en France

Il existe de nombreux freins aux relocalisations qui sont liés au droit du travail et à l'ingérence de l'Etat dans le milieu industriel.
Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Les relocalisations impossibles en France

Publié le 6 octobre 2021
- A +

Par Jean Rochn.

La crise de la Covid-19 a montré le manque des moyens de production en Europe et en France. Consécutivement à ce constat, nos hommes politiques ont promis au peuple français que des entreprises allaient être relocalisées. Mais la promesse est loin de se réaliser.

Des freins historiques sont très présents dans l’esprit des industriels.

La spoliation des moyens de production par l’État

L’élection de François Mitterrand en 1980 a laissé dans les mémoires des entrepreneurs français des traces indélébiles. Comme en son temps Lénine, François Mitterrand nationalise les entreprises en 1982. Cette opération a vidé les caisses de l’État. Et comme en URSS, les sociétés nationalisées ont périclité, managées par des incompétents choisis pour leur proximité du pouvoir et non pour leurs compétences managériales. L’obligation de revente de ces entreprises suite à leur mauvaise gestion n’a pas permis de remplir les caisses de l’État car leurs valeurs s’étaient effondrées.

Cette spoliation a laissé des traces chez tous les entrepreneurs : ils savent que l’État français peut à tout moment spolier un entrepreneur en France.

La destruction du secteur industriel intermédiaire empêche les relocalisations

La seconde action de François Mitterrand est d’augmenter drastiquement les impôts sur les sociétés et sur la classe moyenne : c’est la clé de la réussite du socialisme dont le but avoué par Mitterrand lui-même est l’éradication des classes moyennes bourgeoises. En effet, avec l’augmentation des impôts sur les sociétés, de nombreuses petites entreprises vont licencier leurs employés ou se mettre en faillite. Avec l’augmentation des impôts sur les classes moyennes, beaucoup de ceux qui appartenaient à cette classe descendent vers les classes populaires.

Tout est ainsi fait pour que les entreprises s’effondrent car par manque de moyens, il leur est impossible d’investir et de rester compétitives.

Il ne leur reste qu’une solution pour survivre : délocaliser. De cette façon il n’y aura plus de spoliation et l’entreprise restera compétitive.

Ainsi en France ne restent plus que des entreprises de service nécessitant peu d’investissement à amortir. En cas de nationalisation, la spoliation sera faible et en cas d’augmentation des taxes, il sera peu coûteux de délocaliser l’activité.

L’assistanat vaut mieux que le travail

La troisième action de François Mitterrand a été de proposer l’assistanat aux travailleurs avec le RMI ancêtre du RSA et les 35 heures. Ainsi, un travailleur peu qualifié a le choix entre un SMIC et un RSA souvent complété par une activité complémentaire non déclarée et accompagnée d’autres avantages sociaux dont la liste ne cessera d’augmenter au fil des 40 dernières années.

De plus François Mitterrand décidera que seul le SMIC sera indexé sur l’inflation. Les autres salaires proches du SMIC vont par conséquent mécaniquement tendre vers le SMIC, car non indexés. Grâce à cette situation, les salaires tendent tous vers le SMIC : un salaire unique comme en URSS.

Pour des raisons électoralistes, le montant du SMIC n’est pas fixé en fonction du marché (comparaison à compétences égales et travail égal avec les salaires concurrents étrangers), mais de façon arbitraire. Comme le consommateur français, y compris le smicard, préfère acheter un jean fabriqué en Chine à 15 euros plutôt qu’un jean fabriqué en France à 45 euros, automatiquement, les entreprises délocalisent pour ne pas mettre la clé sous la porte. Et les travailleurs au SMIC finissent dans l’assistanat.

Cette main-d’œuvre peu qualifiée qui forme la majorité de nos chômeurs et de nos bénéficiaires de l’assistanat a un coût non compétitif et est ainsi inemployable.

L’État annonce aujourd’hui vouloir relocaliser le travail en France par des aides.

Pour cela, il annonce une aide publique aux relocalisations. Ainsi, en mars 2021, 268 millions d’aide publique sont alloués avec pour objectif la création de 3000 emplois directs qui vont conforter (ne pas créer) 7000 emplois déjà existants. Présenté de cette façon, Bruno Le Maire a de quoi être satisfait et faire la publicité de son efficacité gouvernementale.

Mais…

Si la délocalisation est gratuite, pourquoi la relocalisation ne l’est-elle pas ? Tout simplement parce que les entreprises ne veulent pas revenir sauf à être largement couvertes des trois freins précédemment présentés. Et encore, rien ne garantit que ces relocalisations et leurs emplois seront pérennes comme le montrent des fermetures d’usines qui ont grassement bénéficié de subventions avant de repartir en Europe de l’Est ou ailleurs.

Si nous faisons abstraction des personnes au RSA, il y a 6 millions de chômeurs en France toutes catégories confondues. Pour mettre cette population au travail via les relocalisations, l’état devrait ainsi sortir 536 milliards d’euros. Cette somme colossale montre bien l’inefficacité de la méthode qui n’est en réalité que poudre aux yeux.

Ainsi, cette méthode de relocalisation est entièrement vouée à l’échec.

Des méthodes pour diminuer assistanat et chômage et aider les relocalisations

Ces méthodes auraient beaucoup plus d’impact sur les relocalisations à condition que la classe politique dans son ensemble cesse d’être clientéliste.

Le premier constat basique qui vient à l’esprit est le suivant : sans assistanat, les 250 000 postes non pourvus à l’ANPE le seraient rapidement ; lorsqu’on n’a rien à manger, on n’hésite pas à se lever le matin pour faire un travail alimentaire, quitte à effectuer une formation au préalable.

Le SMIC étant trop élevé par rapport à des pays à faible taux de main-d’œuvre, plutôt que de subventionner des individus à rester chez eux avec un RSA, pourquoi ne pas, avec cette somme, subventionner les travaux à faible valeur ajoutée. En 2021, le montant du RSA s’élève à 565 euros et celui du SMIC à 1589 euros. Si le montant du RSA est versé à une entreprise qui emploie un travailleur à très faible valeur ajoutée et que pour ce travail, l’entreprise complète pour verser un SMIC, on permet à une personne peu employable de le devenir. Au lieu d’être assistée, elle devient ainsi productive et contribue à l’augmentation de la création de richesse du pays.

De plus, ayant désormais un SMIC, ses autres aides complémentaires disparaissent de facto. Ces aides complémentaires peuvent à leur tour être utilisées pour, à nouveau, financer des travaux ayant encore moins de valeur ajoutée.

Naturellement, on objectera que la personne ainsi employée aura un travail sans intérêt. Sans doute, mais travailler permet d’acquérir des compétences qui peuvent être valorisantes pour changer de travail et évoluer au lieu de rester chez soi.

Cette méthode est appliquée en Allemagne. Lorsque vous entrez dans la phase sociale après la période de chômage, l’assistance sociale ne vous propose pas d’argent, mais un poste à faible valeur ajoutée. En cas de refus du poste, aucune aide en argent ne sera proposée et aucun autre poste ne sera proposé.

Le taux de chômage en Allemagne est inférieur à 4 % et l’industrie ne s’est pas délocalisée.

Voir les commentaires (12)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (12)
  • Enfin quelqu’un qui a compris le principe des  » 1 euro job » allemands :
    un emploi à 1 euro, au temps de travail relativement limité, ouvre les droits à l’ensemble des prestations fournies par les différents organismes allemands, selon le principe ‘Aides toi et le ciel t’aidera’…

  • Vouloir créer une entreprise en France est une faute professionnelle grave de la part d’un entrepreneur…

  • A croire que les hommes politiques croient au père Noël : une entreprise délocalisée reste chez celui qui a tous les moyens de coercition pour que ça ne se fasse pas ? on parie ?

  • Très bon article. Mais bon, Mitterand c’était il y a 30 ans. Entre temps il y a eu Chirac et Sarkozy. Alors, si le but est de faire croire que la droite vaut mieux malheureusement ce n’est pas gagné…Le pays est foutu.

    • La droite ne vaut pas mieux car c’est un parti de suiveurs qui n’ont jamais eu les c*****es pour détricoter les lois mortifères votées par la gauche en 30 ans! Personne ici n’essaie de promouvoir la droite qui n’a jamais été libérale que ce soit en esprit ou en actes. Comme vous dites et je suis bien d’accord, CPEF!

  • Millesabords : pourquoi ne parle t on jamais de l’incidence du financement de la solidarité par les travailleurs. Cela représente 50% du coût salarial. Pour relocaliser, il faut d’abord restaurer la compétitivité du travailleur français et remplacer le financement de la solidarité nationale par un impôt sur les consommateurs via une augmentation forte de la TVA ( TVA sociale) compensée par une augmentation équivalente des salaires et revenus en versant au salarié l’équivalent des prélèvements sociaux et en augmentant les revenus non salariés dans la même proportion !

    • C’est sur qu’il y a un problème avec les prélèvements sociaux. Il est indispensable que les salariés retrouvent un salaire complet.

      Mais si on part sur une tva sociale on ne fait que déplacer le problème. Est ce juste que la PMA/GPA soit prise en charge par la sécurité sociale ou les cures ou avant l’homéopathie et bientôt les séances chez les psys ?
      Idem pour la future cinquieme branche de la dépendance. Pourquoi ce serait encore et toujours aux jeunes de financer pour les anciens qui ont accumulé du capital toute leur vie ?

      Je propose donc plutôt qu’il n’y ait plus de « solidarité ». Ce n’est pas aux politiques de décider ce qui doit etre remboursé ou non ou de qui peut en bénéficier.
      Chacun doit se rendre compte que la santé a un coût et qu’une retraite ça se prépare.

      • La TVA est l’impôt le plus juste dans la mesure où elle est proportionnelle à la consommation, et donc au pouvoir d’achat de chacun à son niveau. Le salaire complet permettrait au salarié de s’affilier à l’assurance maladie de son choix et capitaliser pour sa retraite sans « l’aide »(?) de la sécu, ce qui clarifierait bien les choses en lui faisant prendre conscience de ce qu’il paie rapporté aux services qu’il reçoit. Le « service public » serait alors tout le reste financé par la TVA.

  • excellentes suggestions mais avec une obligation indispensable: faire sauter le droit du travail et mettre fin à la nuisance des syndicats!
    Mission impossible en France….

  • Parfaitement clair. La voie à suivre est indiquée mais j’ai bien peur qu’en France, justement, les gouvernants aillent d’un autre côté ! Par arrogance ou par bêtise?

  • « Ces méthodes auraient beaucoup plus d’impact sur les relocalisations à condition que la classe politique dans son ensemble cesse d’être clientéliste. »
    Vous avez tout dit, donc pour la France, c’est mort !!
    CPEF

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Claude Robert.

Lorsque l’on vient de séjourner à Mayotte puis à la Réunion, il est complètement troublant de voir combien ces deux territoires d’outre-mer nous renvoient une image de la métropole selon deux stades de sa propre organisation, l’un passé et l’autre à venir.

Mayotte ou le retour du chaos

Lors du référendum du 22 décembre 1974 lancé par le gouvernement Chirac au sujet de l’indépendance des Comores, Mayotte avait été la seule île de l’archipel à voter contre. Dont acte, depuis lors[1. En dépit des questions juridi... Poursuivre la lecture

Par Bill Wirtz.

Les lois sur le salaire minimum existent depuis un certain temps, de sorte qu’il devient de plus en plus difficile de contester leur existence. Pour la plupart des gens, même ceux qui prétendent être en faveur du libre-échange, la garantie du SMIC pour tous les travailleurs semble une évidence.

Augmenter le salaire minimum : facile !

Pour les syndicats et les politiciens, l’augmentation du salaire minimum est facile à vendre : une fois instauré, le taux horaire minimal peut être progressivement augmenté sans frai... Poursuivre la lecture

Par Daniel Pigeon-Angelini.

Depuis 40 ans, les politiques publiques de l’emploi tentent en vain de lutter contre le chômage en essayant d’agir sur le nombre d’emplois. C’est oublier que le vrai drame du chômage c’est sa durée. Un demandeur d’emploi le reste en moyenne 390 jours ! Chaque semaine gagnée sur cette moyenne est une victoire contre la précarité… et un gain de plus d’un milliard d’euros pour la collectivité. Et si le (ou la) futur président libérait l’accompagnement des chômeurs ?

« Contre le chômage, on a tout essayé ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles