Libéralisme : Français, adoptez les réformes suédoises

la France possède une réticence au libéralisme et à la mondialisation. Tribune de Fredrik Segerfeldt qui apporte un point de vue suédois.
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Libéralisme : Français, adoptez les réformes suédoises

Cet article en est un d’opinion. Il ne représente que le point de vue de son auteur
Publié le 6 octobre 2021
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Par Fredrik Segerfeldt.

Chers Français,

L’écrivain suédois Vilhelm Moberg a écrit une tétralogie sur l’émigration suédoise vers l’Amérique. Environ un quart de la population a abandonné le petit pays arriéré du nord entre 1870 et 1920. Vous ne feriez jamais une épopée nationale d’une série de romans sur le départ de la France. Votre attachement à sa grandeur est trop importante. Mais nous sommes comme ça. Comme on le verra dans cette lettre, notre arrogance se situe à un autre niveau.

Le quatrième livre de la série de Moberg s’intitule La dernière lettre au pays natal. On y rencontre une femme âgée face à la mort. Déjà dans sa jeunesse, elle avait quitté l’ancien pays, mais n’a jamais réussi à s’habituer ou à s’adapter au nouveau. Elle n’a jamais vraiment appris l’anglais. La Suède lui manque, ainsi que le pommier astrakan chez elle dans le sud du pays. Et à l’extérieur, les petits-enfants courent dans tous les sens, parlant anglais entre eux.

L’arrogance française

Son prénom est Kristina, mais parfois je me demande si ça ne devrait pas être Marianne. En 1967, votre chef d’État, Charles de Gaulle, en visite au Canada, a appelé au séparatisme français ou francophone : « Vive le Québec libre », a-t-il dit. Comme s’il ne pouvait accepter la perte de la guerre du XVIIIe siècle contre l’Angleterre.

Pendant un certain temps, durant les années 1990, j’ai vécu dans l’État américain du Wisconsin, dans une ville au nom français d’Eau Claire. Deux autres villes de cet État portent des noms d’origine française, Lacrosse et Fond du Lac. C’est donc une région où de nombreux Français ont vécu, mais elle est avant tout scandinave. C’est particulièrement vrai du Minnesota voisin, avec Lindstrom, la ville la plus célèbre à consonance suédoise. Mais il y en a d’autres.

Le chef de l’État suédois, le roi Carl XVI Gustav, de la famille française Bernadotte, s’est rendu à plusieurs reprises dans le Minnesota, notamment à Lindstrom et à l’université Gustavus Adolphus College, du nom du roi suédois de notre époque de grandeur, le XVIIe siècle, Gustav II Adolf. Avec entre autres, le soutien financier de Colbert, il a fait couler le sang en Allemagne, mettant le feu au pays pendant la guerre de Trente Ans.

Lors de ses visites, Carl XVI Gustav s’est abstenu de suggérer que le Minnesota devait sortir des États-Unis pour renforcer la position suédoise dans le monde, et de prononcer une phrase dans le style de « Vive le Minnesota libre ». S’il avait dit cela, il aurait rencontré ici et là un mélange de surprise et d’embarras, et s’il l’avait fait en suédois, personne ne l’aurait compris. L’héritage suédois y est à peine perceptible.

Alors, chers Français, il se peut que votre souci constant de vous-mêmes vous ait sauvé de l’extinction de la part du géant anglo-saxon. Vous faites peut-être raison chose d’insister sur la préservation de votre unicité. Après tout, au Québec, on parle toujours français.

De plus, je vous comprends sur le plan personnel. Je me suis aussi senti étranger toute ma vie, refusant de m’identifier à des catégories et des organisations, de suivre des règles rarement prononcées, mais toujours présentes. Je comprends l’instinct de résistance. Au fait, j’appelle cela le libéralisme.

Il y a aussi quelque chose de charmant dans le fait que vous refusez de vous adapter, que vous suivez obstinément votre propre chemin, même si vous restez la plupart du temps immobile. Prenons l’exemple de Citroën. Comme les pays de l’Est pendant la guerre froide, le président français s’est vraiment démarqué en arrivant dans son étrange limousine. Même vous ne pouvez pas penser que cette voiture est digne d’un chef d’État. Mais nous, Suédois, ne devrions peut-être rien dire, car la direction politique de la RDA se faisait conduire en Volvo.

Le village gaulois

Chers Français, vous connaissez évidemment Astérix mieux que moi, mais l’image qui me vient à l’esprit quand je pense à votre attitude envers le reste du monde est cette loupe qui cible le petit village, le seul de toute la Gaule que les Romains n’ont pas réussi à conquérir. De la même manière, vous n’avez pas du tout l’intention de vous prosterner, même si l’empire dont l’expansion menace votre indépendance cette fois n’est pas le romain, mais l’américain : les États-Unis, le commerce mondial, internet, les GAFA et la langue anglaise. « Ils sont fous ces Ricains. »

C’est charmant, je l’avoue. Même si vous m’énervez avec vos particularités, j’éprouve un sentiment de sympathie dans mon for intérieur. L’outsider refuse de s’incliner. Le problème est que vous n’avez pas de potion magique. Et que, contrairement à Astérix, Obélix & co, vous avez l’ambition d’être une puissance mondiale, de diriger. C’est contradictoire, cela ne tient pas.

Chers Français, on pourrait penser qu’il suffirait de vous accorder un peu plus de liberté et d’accéder à ce que le monde extérieur et surtout les Yankees ont à offrir. Mais j’ai compris que mon idéologie n’est pas la vôtre. Et je pense qu’il n’est pas rentable d’essayer de vous convaincre, tant l’anti-mondialisme, l’anti-américanisme, l’étatisme, le dirigisme, l’anti-libéralisme, l’anticapitalisme et votre volonté de résister sont profondément enracinés. Le mot français résistance fait à la fois référence à la Seconde Guerre mondiale et à une attitude générale. Vous aimez ça.

Ce qui est étrange est que vous embrassez la liberté dans la plupart des autres domaines. Vous êtes pourtan le pays de Charlie Hebdo, de la Révolution française, de la liberté d’expression et de conscience, des droits de l’Homme. Mais quand il s’agit d’économie, vous n’avez pas vraiment capté.

Le rejet du libéralisme est une impasse

Je remarque que je tourne autour du pot, que je ne semble jamais arriver à ce que je veux vraiment dire. L’essentiel est que vous ne pourrez jamais diriger sans être parmi les meilleurs. Vous ne pourrez jamais être parmi les meilleurs sans libéraliser. Et vous détestez les libéralisations. C’est pourquoi vous ne dirigerez jamais. C’est votre aversion pour la liberté économique qui est à l’origine de votre déclin.

Laissez-moi présenter quelques données, comparant la France aux autres pays de l’OCDE.

En niveau de vie (PIB par tête), vous êtes seizième, loin derrière les États-Unis et les pays d’Europe de Nord.

En liberté économique, vous occupez la 42e place.

En compétitivité, vous trainez à la 32e place, entre la Tchéquie et la Lituanie.

En revanche, aussi bien en pression fiscale (revenus fiscaux comme pourcentage du PIB) qu’en dépenses publiques pour la protection sociale en pourcentage du PIB, 2018 vous êtes Numéro un.

Donc, si vous voulez être une puissance de premier plan, abandonnez l’étatisme et le dirigisme. Modifiez votre attitude envers la plupart des sujets, y compris vous-mêmes et votre État. Adoptez l’ouverture.

Vous pouvez alors objecter que l’expérience de la Chine a montré que je me trompe. Les Chinois sont sur le point de conquérir le monde grâce à leur État et à leur dirigisme, et s’ils le peuvent, les Français devraient pouvoir le faire aussi. Mais la Chine a commencé à se développer parce que l’État s’est retiré, laissant à ses citoyens un peu plus de liberté pour créer de la valeur. Et c’est toujours un pays pauvre. Le Chinois moyen ne possède qu’environ un tiers du pouvoir d’achat du Français moyen. C’est le nombre de Chinois, et non leur niveau de vie, qu’il faut prendre en compte.

L’exemple suédois : une remontée grâce au libéralisme

Je vis dans un pays qui a en partie fait le chemin que vous devez faire.

Vous êtes obsédés par votre version des Trente glorieuses et le déclin qui a suivi. Puisque vous êtes un peu insulaire dans votre vision du monde, vous ne semblez pas être conscient que pratiquement tout le monde occidental a vécu la même chose, la Suède un peu plus que la plupart des autres.

Au début, les années 1950 et 1960, nous avons connu une croissance forte qui a ensuite pris fin. Entre 1975 et 1995, les salaires réels suédois et le niveau de vie sont restés les mêmes, ont stagné durant deux décennies. Nous sommes devenus un pays industriel de deuxième ordre. Au début, la Suède était comme la Suisse, à la fin, comme l’Italie. Mais nous avons appris une leçon et nous avons changé. Nous avons libéralisé, privatisé et mis en œuvre une variété de réformes institutionnelles et structurelles. Depuis lors, les salaires réels ont augmenté de plus de 66 %.

Vous auriez besoin de suivre un trajet similaire mais vous semblez refuser d’accepter la concurrence, le dynamisme et le libre-échange. Vous ne voulez pas d’un système de retraite fonctionnel qui ne sape pas l’économie et n’endette pas les générations futures. Une banque centrale indépendante et une discipline budgétaire vous ont été imposées par Bruxelles. Ou vraiment, c’était Berlin, pour que les Allemands vous prêtent leur crédibilité à travers l’euro.

Chers Français, vous êtes donc confrontés à un choix.

Soit la résignation, l’abandon des ambitions puis la décadence. Vous pourrez alors continuer comme d’habitude et devenir ce petit village gaulois sympa, un peu unique, d’un bon goût et d’une grande élégance, mais sans potion magique. Et donc sans la capacité de diriger.

Soit vous embrassez la dynamique de l’économie libérale, son pouvoir créatif quelque peu chaotique, l’esprit d’entreprise, l’ouverture et la transformation. Vous acceptez que le commerce international élève le niveau de vie, qu’il est bon qu’un pays riche se désindustrialise.

Vous ne perdrez pas votre identité ou votre caractère unique simplement parce que vous vous donnez plus de liberté. Au contraire, avec davantage de dynamisme, la culture française, sa langue et sa littérature, prendront une place encore plus grande dans le monde. J’adorerais revenir dans un pays qui a gardé ses cafés et ses boulevards. Qui est doté des meilleurs musées du monde, mais qui n’en est pas un.

Chers Français, ce sera ma dernière lettre pour vous. J’ai confiance en vous. Je suis convaincu que la culture française a quelque chose d’important à apporter au monde. Mais pour revenir sur la bonne voie, vous devez être pragmatiques, renouer avec votre bel héritage libéral et embrasser aussi bien la liberté que le monde qui vous entoure. Sinon, cela n’ira pas. Allez !

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  • il n’y pas de raison pourtant de penser que le français moyen est différent, c’est donc l’education et sans doute un piège idéologique..il SUFFIT de croire une absurdité..

    on en croit des tonnes..souvent exprimées d’une curieuse façon , par exemple » c’est pas NORMAL que les riches soient mieux soignés ( éduqués, logés, nourris…) que les pauvres »..

    or ..si… la richesse matérielle est effectivement associée à de meilleures conditions de vie..

    cessez de dénoncer les inégalités dénoncez les injustices …

  • Un caractère très français n’est pas cité dans l’article alors qu’il explique sans doute le tout : c’est le ressentiment. Comment expliquer les origines profondes, historiques et psychologiques, de cette haine du français contre celui qui est un peu mieux que lui, qui a un peu plus , qui lui est juste un peu meilleur, même naturellement, et même s’il s’est donné plus d’efforts et de courage pour y arriver ? Ce français va probablement invoquer les inégalités, l’injustice, les malversations et l’arrogance des « riches », sans jamais reconnaître qu’il est simplement envieux et qu’il ne rendrait pas son argent aux autres s’il gagnait à la loterie. Plus grave, ce ressentiment individuel est devenu systémique, alimente une littérature complaisante, se regroupe en partis politiques, et pèse sur la décision des gouvernements plus attachés à punir les nantis, redistribuer la ressource plutôt qu’encourager sa création, tenter d’augmenter les droits des pauvres plutôt qu’augmenter le nombre de riches. Toute l’énergie de ce pays est désormais consacrée à tirer l’ensemble vers le plus petit commun multiple.

    • Cela vient de la dernière guerre mondiale. Les résistants communistes étaient financés par Staline. À la fin de la guerre, cette idéologie est devenue le parti communiste.
      Staline avait peur de la France à l’époque à cause de son Empire et surtout du pétrole venait d’être découvert dans un de ses département (l’Algérie). D’où son financement du FLN.
      L’idéologie communiste n’a pas été combattue en France par la réalité de ce qu’elle est mais par plus de sociale.
      C’est à dire l’égalité. Le riche est ainsi devenu celui qu’il faut abattre et non celui qu’il faut imiter.

    • Le ressentiment n’est pas français, il est universel. Il n’y a pas d’exception culturelle française.
      Le mal vient de nos institutions, bien trop étatisées, bien trop jacobines.

    • Qu’est ce qui explique la haine contre votre propre peuple ?

  • Tellement vrai!!!! Ce matin, dans un quotidien de province, titre d’un article sur les manifestations d’hier: » stoppons la machine à fabriquer des riches ». Je n’en suis pas encore revenu! Tout est dit là…

    • si ils avaient ajouté et remettons en route celle à fabriquer des pauvres.. ph zut c’est la même!!!

  • Excellent. Une bonne petite claque pour se réveiller.
    Sans connaitre bien votre pays je le cite en exemple en regardant les chiffres d’un pays qui a su s’écarter du trou noir de l’état tout puissant. La gestion du Covid montre un esprit beaucoup plus libéral que chez nous.
    Le problème de la France n’est pas l’arrogance mais l’abrutissement et la mise sous tutelle de la population depuis trop longtemps. Les élites sont arrogantes mais le français moyen est un veau persuadé que Macron fait une politique de droite (ce qui es vrai du point de vue d’une presse assez rouge) et que le libéralisme est le mal absolu.

  • La Suède a notamment supprimé le statut de fonctionnaire et d’emploi à vie (sauf pour le régalien), travailler pour l’ état est soumis aux règles communes

  • La France est le seul pays qui rêve d’être maoïste ou stalinien. Toutes ses élites politiques ont élevés les Français dans ce rêve.
    Alors, le libéralisme, c’est bon pour les autres…

  • Merci à cet Auteur du miroir dans lequel le Gastéropode Pays devrait se regarder sans a priori… ni appréhension.

    Merci à Contrepoints.org de publier de tels articles qui remettent l’église au centre du village.

    Merci aux Commentateurs de leurs remarques: n’enrichissent-elles pas la réflexion?

    Une possibilité future de pouvoir les conserver lors de l’enregistrement de l’article.

    Par avance merci.

  • L’envie n’est que la conséquence de l’assistanat dans lequel tous les gouvernements depuis Giscard nous installent.
    Cette déresponsabilisation du citoyen rend ce dernier complètement coupé des réalités. Des droits et pas de devoirs; la main tendue en permanence et pour n’importe quoi; la dictature des minorités; la destruction permanente de l’entreprise; la mainmise des syndicats irresponsables…..etc…
    Or la potion magique ne fonctionne plus…. et pas sûr que le modèle Greta soit la solution…

  • Parait il, un certain ancien Président de l’URSS, Gorbatchev aurait dit  » La France est le dernier pays communiste qui a réussi » !

    D’une certains manière, il a raison. Certes, l’économie n’est pas (encore?) planifiée mais 80 % des citoyens sont attachés ( dans le sens même propre du terme) à la Sécu, retraite par répartition et avec cette haine des riches.
    …Sans parler du budget de l’Etat, un vrai budget Socialiste.

    Toutefois, on vous dira, que la France ,c’est pas pareil etc,etc…

    Aucun libéralisme n’est possible en France…. Ceux qui le souhaitent devront se résoudre à quitter le pays.

    D’ailleurs bon nombre de nos jeunes étudiants fortement diplômés l’ont compris !
    Et fini pour eux le chauvinisme : ils veulent bosser et qu’on leur laisse leur argent !
    Et peu importe ce fameux modèle social que le monde nous envie …et qu’étrangement personne ne copie !

    LA France restera ce vieux village gaulois, quitte a faire faillite..
    Faillite, soyez en sûr qui sera mise sur le dos du Libéralisme !

  • de prime alors on pourrait applaudir à l’article et féliciter l’auteur pour la pertinence de la démonstration, mais c’est sans prendre en compte l’essence du français, le français est différent du suédois tant mentalement que physiquement,

    la suède produit peu d’invidus d’Elite tels que les Mitterrand , Chirac ou hollande ou Macron, les présidents suédois sont quasiment anonymes et rabougris.
    non concernés par des projets de grandeur, les suédois peuvent continuer à compter vulgairement leur argent et faire prosperer des sordides projets égoïstes et boutiquiers.

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