Qui veut gagner des millions ? Comment expliquer les décisions politiques

Les pochettes surprises sont prêtes. C’est que pour gagner des électeurs il faut être le meilleur prestidigitateur au concours de la campagne : qui veut gagner des millions ?
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Qui veut gagner des millions ? Comment expliquer les décisions politiques

Publié le 7 octobre 2021
- A +

Par Serge Schweitzer.

Toujours plus.

La campagne électorale pour les présidentielles de 2022 est lancée. À dire vrai elle n’a jamais cessé depuis le soir du second tour de 2017, mais le signe concret de l’accélération est évidemment l’ouverture des boîtes de Pandore qui accompagnent chaque candidat. La corne d’abondance est pleine.

Les pochettes surprises sont prêtes. C’est que pour gagner des électeurs il faut être le meilleur prestidigitateur au concours de la campagne : qui veut gagner des millions ? À cela près qu’il s’agit plus exactement de milliards par dizaines. Avec l’argent des autres on est plus aisément dans les largesses qu’avec son propre argent.

L’entrepreneur politique n’est pas Saint Martin. Ce dernier ne donne au pauvre que la moitié de son manteau de centurion car l’autre moitié appartenait à l’Empereur. Saint Martin estime que l’on ne peut donner que ce qui nous appartient. Vieillerie que la charité. Soyons moderne et pratiquons la justice sociale. C’est le sésame paré de l’intérêt général qui permet d’acheter les voix nécessaires à l’élection ou à la réélection.

La course à l’échalote a commencé

Le millésime 2022 promet pourtant d’être historique.

Le président sortant a promis au cours des six dernières semaines plus de dix milliards d’euros de Marseille aux agriculteurs en passant par les collectivités locales. Madame Hidalgo, outrée de n’être pas, pour une fois, la plus dépensière de France, a frappé un grand coup : doubler le salaire des professeurs. Même Jean-Luc Mélenchon a été estomaqué et l’a traité d’irresponsable (quand l’hôpital se fout de la charité).

Xavier Bertrand a vite embrayé. Sur France 2, tous les sens sans nul doute émoustillés par l’esthétique d’Anne- Sophie Lapix, il prétend faire mieux encore. Sa prime au travail coûtera « seulement » cinq milliards d’euros… Furieux de ce coup de Jarnac de l’assureur de Saint-Quentin (ville Art Déco splendide à visiter impérativement), les gars de la Marine ont immédiatement rappelé que si elle est élue l’âge de la retraite baissera ce qui place bien la Blonde au Nobel de la démagogie (ou de la bêtise, le lecteur choisira).

Jadot embusqué jusque là surgit alors pour nous rappeler la fin programmée du nucléaire, ce qui certes enchérira la facture d’énergie du consommateur d’environ 70 % , mais soyez rassurés bonnes gens il y aura des chèques énergie (payés par qui ? On excusera la mesquinerie de cette parenthèse).

À ces mots le Roussel ne se sent plus de joie. Il ouvre le gousset des autres et promet un SMIC à 1800 euros. Qui franchira le Rubicon pour promettre le revenu universel pour tous ? Jean-Luc Mélenchon a la carrure nécessaire, mais il doit se méfier de Nicolas Dupont-Aignan qui à 1,5 % dans les sondages peut tenter d’abattre cet atout.

Pourquoi ce comportement de la course à l’échalote ? Pourquoi ce toujours plus sans limite ? Pourquoi ce « quoiqu’il en coûte » permanent (option covid ou pas) ?

Excluons l’hypothèse erronée des hommes de l’État en moyenne et de façon significative plus corrompus, pervers et méchants que la moyenne.

Ce peut être une hypothèse tentante, car pour choisir de vivre toute sa vie de l’argent capturé par la violence et la prédation sur les autres, il faut avoir une mentalité particulière. On veut dire que quelqu’un d’honorable gagne sa vie par le service rendu en soignant, éduquant, réparant, en fabriquant des biens et services qui permettent de satisfaire nos besoins, en protégeant etc.

Rien de tel chez l’homme politique dont les deux seuls métiers sont d’une part la fabrication de lois, décrets et règlements pour justifier l’existence de la bureaucratie, d’autre part l’invention d’impôts qui permettront de payer la bureaucratie et la logistique nécessaires à l’accomplissement de ses missions.

Écartons cependant cette hypothèse parce qu’elle n’est guère féconde en termes explicatifs pour décrire les innombrables traits qui caractérisent le marché politique.
C’est que désormais nous disposons d’une théorie robuste et dont le statut a été conforté par l’attribution du prix Nobel d’économie à l’un de ses principaux représentants (James Buchanan).

La théorie de la décision publique

En démocratie, les pouvoirs publics n’étant que les mandataires du citoyen, se pose alors le problème du mode de décision, de la nature, de la qualité et de la quantité de biens publics qu’ils vont produire. Cela nécessite une technique de révélation des préférences collectives.

Le paradoxe de Condorcet montre l’impossibilité de dégager une rationalité collective à partir du mode démocratique de consultation des préférences à la majorité des voix.

Presque deux siècles plus tard le théorème d’Arrow démontre à son tour l’impossibilité mathématique de dégager une préférence collective en faisant la somme des préférences individuelles. On définit alors le marché politique comme le processus grâce auquel des représentants élus, aidés de techniciens et de bureaucrates, dégagent une fonction de préférence collective à partir des vœux exprimés par la population lors des consultations électorales.

Le marché politique met en contact le citoyen demandeur de biens publics et l’État offreur de ces mêmes biens dont il allonge indéfiniment la liste en qualifiant la santé, l’école, le logement, le transport, l’énergie, la monnaie, le crédit… de biens publics.

Le citoyen demandeur est d’autant plus incité à en rechercher l’obtention qu’il a le sentiment qu’ils lui sont fournis gratuitement par la collectivité au nom de la solidarité nationale. C’est la sempiternelle phrase : « c’est super la France car l’hôpital, l’ école, la justice, la police… sont gratuites. » Illusion évidemment. Milton Friedman l’a résumé en une formule :

There is no such a thing as a free lunch.

En revanche il est peu enclin à s’opposer à des dépenses, même considérées comme abusives, parce qu’il n’en supporte qu’une part infime puisque répartie sur des millions d’unités de contribuables.

Les groupes de pression dépensiers ont un intérêt clairement identifié à se coaliser. Inversement la coalition économe est lourde à constituer et demeure passive. En effet une victoire sous forme de retrait d’une dépense incriminée rapporterait à chacun une somme minime inférieure dans tous les cas au coût d’opportunité engendré par la constitution d’une coalition économe.

Face à cette demande de dépenses, élus et fonctionnaires sont évidemment les offreurs. Ils agissent en entrepreneurs politiques soucieux d’écouler la quantité maximum de biens publics. Ils en retirent considération, influence, pouvoir et rémunération et sont très motivés au gonflement des dépenses de l’État et à la multiplication des interventions.

L’homme politique est un chef d’entreprise spécialisé dans la fourniture de biens publics. Il offre un produit (son programme) sur un marché (son canton ou sa circonscription ou France entière) contre un prix (le nombre de voix nécessaires pour être élu).

Évidemment il essaie de maximiser sa part de marché et d’éliminer la concurrence. Ses moyens sont multiples : bien sûr la subvention, ou encore sortir un secteur de la concurrence en le nationalisant ou en maintenant son monopole. Il peut réglementer. Il ne soudoie pas toujours son électeur potentiel et espéré.

Ainsi par exemple en restreignant l’accès à une profession cette mesure malthusienne lui assure la sympathie et sans doute le vote de ceux déjà en place fort satisfaits de ne pas subir de nouveaux entrants avec qui il faudrait partager le chiffre d’affaires de la branche.

Souhaitant maximiser son nombre d’électeurs l’entrepreneur politique segmente son marché en populations homogènes (les jeunes, les vieux, les femmes, les Arméniens, les catholiques, les homosexuels, les conservateurs, les sportifs…) à qui il fait des promesses spécifiques, éventuellement totalement contradictoires. Peu importe.

L’électeur est tel le lapin : il s’attrape par les oreilles. La grille de maximisation de l’entrepreneur politique est donc son élection ou sa réélection. Pour gagner il faut se garder d’un programme maximaliste.

En effet le noyau dur de sympathisants serait conforté mais par exemple un programme prévoyant l’appropriation publique de l’économie enthousiasmerait une cohorte mais évincerait tous les autres électeurs. Lorsque les candidats disent que les élections se gagnent au centre ils ont spontanément compris le mécanisme de l’électeur médian, même si ils ignorent bien sûr jusqu’au nom de Duncan Black, celui qui l’a théorisé en 1948.

Pour rester crédibles, une fois élus les entrepreneurs politiques doivent tenir au moins une partie de leur programme. Il leur faut donc des majorités dans les différentes assemblées. Nonobstant des règles majoritaires qui facilitent la chose, la procédure du donnant-donnant est une pratique courante. Sous le nom factice de majorité d’idées beaucoup de mesures se votent à une large majorité.

C’est la procédure qui consiste à voter pour la rénovation des HLM de l’un (élu de gauche dans une banlieue largement pourvue en la matière) contre la promesse d’un large vote pour les bouilleurs de cru (son collègue de droite étant élu par hypothèse de la circonscription de Cognac).

Cette procédure est aussi appliquée de façon implicite par les électeurs lorsqu’ils acceptent de voter pour un candidat dont le programme, certes leur déplaît, mais qui y trouvent une mesure qui les séduit particulièrement (par exemple le mariage pour tous).

Sur le marché politique un groupe de pression a un statut particulier. C’est la bureaucratie qui a un intérêt majeur et même vital pour justifier son existence, à voir s’étendre encore et encore les interventions publiques.

La fonction d’utilité du bureaucrate est corrélée positivement au montant du budget obtenu. On comprend aisément alors pourquoi les fonctionnaires ont un vote largement atypique. Les programmes libéraux qui prévoient une réduction du poids de l’État n’ont pas spontanément leurs sympathies.

Première conclusion

La fiction de la gratuité entretenue par le financement de nature fiscale alimente sur le marché politique une surenchère constante, mécanique, inéluctable.

C’est ce qui explique le bouleversement du passage des domaines régaliens à de multiples interventions au nom d’un dogme imparable : servir l’intérêt général qui est décliné indéfiniment sous le manteau de la justice sociale. Tunique de Nessus qui cache pudiquement la véritable finalité qui est l’achat de l’électeur.

Cadeau empoisonné car il faudra nourrir chaque jour le Moloch et le Léviathan et sous des artifices vicieux (TVA, TIPP, taxes sur l’électricité et le gaz) c’est chacun et tous qui y passent. Les prélèvements obligatoires en France étaient de moins de 10 % en 1913, 48 % aujourd’hui.

Les hommes de l’État étant arrivés presque au maximum de pression fiscale tolérable et tolérée, ils se sont largement redéployés dans des interventions non coûteuses mais qui plaisent à des cohortes d’individus qui sont autant d’électeurs demain (exemple la PMA).

C’est le génie de Bastiat de l’avoir compris le premier et complètement ce qui fait de lui incontestablement l’inventeur de la théorie de la décision publique.

Chacun connaît ou devrait connaître par cœur son extraordinaire aphorisme selon lequel :

L’État est la grande fiction par laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde.

Deuxième conclusion 

Les hommes de l’État et les bureaucrates ne sont ni meilleurs, ni plus dévoués, ni plus altruistes que la moyenne des lecteurs de Contrepoints. Mais ils ne sont pas plus méchants non plus que ces mêmes lecteurs.

Le propos consistait simplement à trouver, comme toujours en économie, la logique du comportement humain individuel.

En l’espèce le comportement de l’entrepreneur politique et du bureaucrate. Le seul travers très grave qui doit leur être attribué c’est d’avoir en un siècle réalisé ce qu’Oscar Wilde ne considérait que comme un bon mot dont lui-même sans doute n’a pas mesuré la profondeur et l’art prophétique en l’écrivant :

La démocratie ce sont les vices de quelques-uns mis au service du plus grand nombre.

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